Rechercher
Rechercher

Liban - Célébration

L’université à la reconquête de l’homme

« L'université à l'heure de la mondialisation » est cette année le thème de réflexion du recteur de l'Université Saint-Joseph, René Chamussy s.j., pour la fête patronale de l'université.

Le père Chamussy prononçant son discours.

À l'occasion de la fête patronale de l'Université Saint-Joseph (19 mars), une cérémonie réunissant les différents corps de la communauté éducative et leurs amis, recteurs universitaires, présidents d'ordre ou d'association professionnelle, médias, s'est tenue hier soir au campus des sciences et technologies de Mar Roukoz. Comme chaque année, le recteur de l'USJ s'est livré, à cette occasion, à une réflexion en profondeur sur l'identité et le rôle de cette « institution étrange qu'est l'université ».
Le recteur René Chamussy s.j. a choisi, cette année, de réfléchir sur « l'université à l'heure de la mondialisation », ou encore sur les effets du phénomène de la mondialisation sur la société, et la réponse que peut - que doit - lui apporter l'université, comme espace d'apprentissage et de savoir, de recherche et d'innovation, enfin de service de la cité.
La réflexion du Pr Chamussy s'est attardée, en particulier, sur la réponse possible que l'université peut apporter au relativisme triomphant et à la crise des valeurs que charrie avec elle la mondialisation.
Sur ce thème, le Pr Chamussy est allé à la source, citant le supérieur général des jésuites, le P. Adolfo Nicolas, et le sociologue Edgar Morin.
« (...) Dans une adresse aux responsables jésuites de l'enseignement supérieur, le R.P. Adolfo Nicolas, supérieur général de la Compagnie de Jésus, développe longuement cette perspective », précise le Pr Chamussy, qui cite ce dernier, affirmant : « (...) Nos nouvelles technologies ainsi que les valeurs qui les sous-tendent, comme le relativisme moral et le consumérisme, sont en train de façonner le monde intérieur de nombreuses personnes, notamment des jeunes qui nous sont confiés, limitant ainsi le vrai développement des personnes humaines et limitant aussi leurs réponses dans un monde en mal de convalescence intellectuelle, morale et spirituelle. »

Le grand tohu-bohu
« Je ne pense pas qu'il soit facile de contredire une telle vision des choses, commente le Pr Chamussy. La mondialisation a peut-être ses bons côtés - n'ouvre-t-elle pas la voie à des solidarités nouvelles ? - Le plus souvent, cependant, elle nous conduit, au nom d'une facilité relationnelle évidente, à des visions du monde parfaitement impressionnistes, où plus rien ne se tient. Superficialité, relativisme, consumérisme : autant de traits d'un monde nouveau contre lequel se dressent aussitôt les fondamentalismes et extrémismes de toutes sortes ; autant de défis qui nous sont lancés et qu'il nous faut relever. Le caractère superficiel des relations issues de la mondialisation, note encore le supérieur général des jésuites, nous lance un vrai défi car derrière lui c'est toute une procédure de déshumanisation qui apparaît. On retrouve ici ce que disait récemment le sociologue Edgar Morin : " La mondialisation, loin de revigorer un humanisme planétaire, favorise au contraire le cosmopolitisme abstrait du business et les retours aux particularismes clos... (Le Monde, 09/01/11). " »
« Les quelques propos que nous ont suggérés les réflexions du supérieur général des jésuites relèvent avant tout du constat, poursuit le Pr Chamussy. La mondialisation est ce qu'elle est et il serait vain de la nier, elle a ses conséquences. Il nous importe de les considérer non comme des fatalités, mais comme des défis à relever, comme des sommations qui devraient nous conduire à travailler différemment, à nous situer de façon très spécifique dans le grand tohu-bohu qui secoue le monde aujourd'hui (...). »

Trois axes de travail
En présence de ce constat, souligne Chamussy, « trois axes de travail nous semblent devoir être, ici, mis en valeur : l'environnement qui se dégrade, la pauvreté qui s'étend, les crises relationnelles et spirituelles qui se font plus dramatiques ». C'est surtout à ce troisième axe que le recteur accordera son attention.
« (...) Il va de soi, souligne Chamussy, que pour nous l'engagement social de l'université ne peut se limiter à des implications - si approfondies soient-elles - dans le développement durable ou la lutte contre la pauvreté ; il ne peut en effet être question de passer à côté du problème que nous soulevions avec le supérieur général des jésuites et qui met en relief les fruits pernicieux de la mondialisation dont la conséquence première nous renvoie à une crise profonde de la culture et un éloignement de toute spiritualité. »
Et d'ajouter : « Il va de soi pour nous qu'un tel effondrement des valeurs primordiales qui nous font vivre ne peut être que catastrophique. Il se traduit par une incapacité à communiquer en profondeur avec l'autre, à élaborer tout aussi bien une pensée qui ne se résume pas à quelques slogans sans âme. Il se traduit a contrario par le renvoi de certains à des attitudes, comportements et propos tout à fait fanatiques et bornés ; de toute façon, plus personne ne communique avec personne puisqu'il n'y a plus rien à communiquer, sinon de vagues stéréotypes, sinon tout aussi bien des formules toutes faites, issues de lointains catéchismes. »

Le sens des mots
« Confrontés à de telles situations, il nous revient à nous, universitaires, de redonner sens aux mots, de faire revivre nos intelligences, de réapprendre à tous ceux qui nous entourent le poids des choses vraies et vivantes. Il n'y a pas de cours à inventer pour tout cela. Il y a seulement à vivre avec tous ceux qui sont là en les respectant, en leur indiquant qu'il est des chemins de vérité, des rencontres de poids qui valent mille fois les raccourcis découverts sur Internet. Il y a seulement à tout faire pour que l'on puisse faire comprendre à tous que par-delà les mille et une découvertes des nouvelles technologies, il est des innovations qui peuvent naître du silence, de la méditation ou d'un échange en profondeur entre chercheurs. La mondialisation, telle qu'elle se présente, peut détruire l'homme, le désagréger ; elle peut tout aussi bien être le point de départ d'une reconquête de l'humanité de l'homme tout autant que de son ouverture sur Dieu, sur l'infini, sur l'Autre, le tout Autre. Les universitaires peuvent se noyer et s'affadir dans le monde de la connaissance tel qu'il se présente aujourd'hui, ils peuvent devenir ces êtres sans relief qui vivent en troupeau à la lumière des flashes ; mais ils peuvent, ils doivent en fait se resituer comme des créateurs. Toute notre éducation aujourd'hui doit être éducation à l'innovation et à la créativité en fonction de valeurs qui restent pour nous intangibles », poursuit-il.

Les valeurs
« (...) Des valeurs ? Pourquoi faudrait-il éternellement revenir sur ce chapitre. Il est en fait essentiel à tout ce qui peut être dit, fait, vécu par le groupe social auquel nous appartenons. Notre communauté universitaire n'existe, par-delà les individus qui la composent, qu'en fonction de ces concepts qui devraient structurer la personnalité composite de ceux qui l'habitent : le souci permanent de la vérité et de la justice, la volonté d'engagement au service de tous, la reconnaissance de la dimension spirituelle qui se doit d'habiter le cœur de chacun, le respect de tous les autres, le rêve de bonté qui pourrait nous habiter...
« En arrière-fond d'un tel appareil, il y a, bien sûr, ce qui fait la marque de notre université, une université catholique mais totalement ouverte à tous ceux qui vivent d'autres traditions religieuses, à tous ceux qui adoptent d'autres façons, plus laïques, d'envisager leur engagement civique », dit-il.
Et le recteur de l'USJ de conclure : « (...) Notre université, mesdames et messieurs, vit, comme tant d'autres, au rythme des changements de notre monde. Et ces changements ne sont pas toujours réjouissants. Nous citions tout à l'heure Edgar Morin. » Il faut l'écouter encore : « La marche vers les désastres va s'accentuer dans la décennie qui vient. À l'aveuglement de l'homo sapiens, dont la rationalité manque de complexité, se joint l'aveuglement de l'homo demens possédé par ses fureurs et ses haines. La mort de la pieuvre totalitaire a été suivie par le formidable déchaînement de celle du fanatisme religieux et celle du capitalisme financier. Partout les forces de dislocation et de décomposition progressent. »
« Il est évident qu'en ce cœur du Proche-Orient, où sévissent tant de porteurs de malheurs, les tensions sont tout aussi vives. À nous de savoir affronter toutes ces mutations, en nous ouvrant aux autres sans hésiter, en inventant de nouveaux engagements, en restant fidèles à des traditions qui ont fait le bonheur de tant de générations anciennes et qui se fondaient déjà sur la prise en considération de droits universels : droit à la connaissance, droit au respect, droit à la capacité créatrice. Il n'y a pas à choisir entre ceci ou cela, il y a à exister avec tout cela. C'est ainsi que notre communauté universitaire remplira sa mission. »
À l'occasion de la fête patronale de l'Université Saint-Joseph (19 mars), une cérémonie réunissant les différents corps de la communauté éducative et leurs amis, recteurs universitaires, présidents d'ordre ou d'association professionnelle, médias, s'est tenue hier soir au campus des sciences et technologies de Mar Roukoz. Comme chaque année, le recteur de l'USJ s'est livré, à cette occasion, à une réflexion en profondeur sur l'identité et le rôle de cette « institution étrange qu'est l'université ».Le recteur René Chamussy s.j. a choisi, cette année, de réfléchir sur « l'université à l'heure de la mondialisation », ou encore sur les effets du phénomène de la mondialisation sur la société, et la réponse que peut - que doit - lui apporter l'université, comme espace d'apprentissage et de savoir, de...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut