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Moyen Orient et Monde - Libye

Kadhafi cherche l’esquive

Après l’adoption de la résolution de l’ONU, le régime libyen a annoncé hier un cessez-le feu. Sceptiques, Paris, Londres, Washington et des pays arabes ont lancé un ultimatum à Kadhafi appelant à la fin « immédiate » de « toutes les attaques » contre la population.

À Benghazi, une femme exprime son enthousiasme pour la diplomatie française sur le dossier libyen. Patrick Baz/AFP

Le régime libyen, sous la menace de frappes aériennes après une résolution de l'ONU dans la nuit de jeudi ouvrant la voie à un recours à la force, a annoncé hier un cessez-le-feu. La Libye « a décidé d'observer immédiatement un cessez-le-feu et de mettre fin à toutes les opérations militaires », a déclaré le ministre libyen des Affaires étrangères, Moussa Koussa, en début d'après-midi à Tripoli.
À Benghazi, bastion de l'insurrection, le commandant des rebelles, Khalifa Heftir, a dénoncé un coup de « bluff » du numéro un libyen Mouammar Kadhafi. « Le monde entier sait que Mouammar Kadhafi est un menteur. Lui, ses fils et sa famille, et tous ceux qui sont avec lui sont des menteurs », a-t-il insisté. Un porte-parole des rebelles a assuré que les forces gouvernementales ne respectaient pas le couvre-feu, dénonçant des « bombardements soutenus » sur Zenten et Misrata dans l'ouest et sur Ajdabiya dans l'est. Des journalistes de l'AFP ont entendu des combats se poursuivre à 100 km au sud de Benghazi, ainsi que six à huit détonations fortes mais lointaines, d'origine indéterminée, depuis le centre de Tripoli.
« Les forces armées libyennes sont à présent déployées hors de Benghazi et nous n'avons pas l'intention d'y entrer », a affirmé le vice-ministre des Affaires étrangères Khaled Kaaïm tout en assurant que son pays respectait le cessez-le-feu. « Le cessez-le-feu que nous avons décrété signifie pour nous qu'aucune opération militaire, grande ou petite, ne soit menée », a dit M. Kaaïm.

Ultimatum
La communauté internationale a toutefois réagi avec circonspection à l'annonce du régime libyen. La France a convoqué pour aujourd'hui un sommet international sur la Libye à Paris, qui devrait être « décisif ». Ce sommet vise à associer les pays arabes et africains aux Occidentaux et se tiendra en présence du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon et de la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton. Le Premier ministre britannique David Cameron, en pointe avec Nicolas Sarkozy sur le dossier libyen, et la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays s'est abstenu jeudi soir lors du vote du Conseil de sécurité de l'ONU, seront aussi là. Tout comme le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy, la diplomate en chef de l'UE Catherine Ashton ainsi que le président de la Commission de l'Union africaine Jean Ping.
Hier soir, Paris, Londres, Washington et des pays arabes avaient lancé un ultimatum à Tripoli, appelant à la fin « immédiate » de « toutes les attaques » contre la population libyenne, sous peine d'une intervention. « Kadhafi doit mettre fin à l'avancée de ses troupes sur Benghazi et les retirer d'Ajdabiya, de Misratah et de Zawiyah. L'approvisionnement en eau, électricité et gaz doit être rétabli dans toutes les zones. La population libyenne doit pouvoir recevoir l'aide humanitaire », affirme le communiqué commun diffusé par la présidence française.

Obama menace Kadhafi
« Les États-Unis ne vont pas déployer de troupes au sol en Libye et nous n'allons pas user de la force pour aller au-delà d'un objectif bien défini, à savoir la protection des populations civiles libyennes », a affirmé pour sa part Barack Obama. « Sans contrôle, Kadhafi pourrait commettre des exactions contre son peuple. Des milliers de personnes pourraient mourir. Une crise humanitaire s'ensuivrait », a insisté le président américain.
La résolution 1973 adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies instaure une zone d'exclusion dans le ciel libyen et autorise « toutes les mesures nécessaires » pour assurer la protection des populations civiles face à l'armée de Kadhafi.
Une coalition menée par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, avec la participation du Qatar, a pris forme hier en vue d'intervenir. L'OTAN, toujours en retrait, semblait appelée à jouer un rôle d'appoint. Le Canada, la Norvège, le Danemark et la Belgique ont fait part de leur intention de se joindre à la coalition, en lui apportant avions ou navires pour participer aux raids ou soutenir une opération humanitaire. L'Italie, ancienne puissance coloniale, a fermé son ambassade à Tripoli et annoncé qu'elle était prête à « mettre à disposition ses bases » militaires.
La Chine, qui, comme la Russie, l'Allemagne, le Brésil et l'Inde, s'est abstenue pendant le vote jeudi à l'ONU, s'est dit « opposée à l'usage de la force militaire ». Berlin a mis en garde contre des « risques » et Moscou a exclu toute participation.

Les analystes divisés
Le colonel Kadhafi avait menacé de « transformer en enfer la vie » de ceux qui attaqueraient la Libye, dans une interview quelques heures avant le vote. Mais pour Barak Seener, spécialiste du Proche-Orient au Royal United Services Institute (RUSI) de Londres, les forces armées libyennes ne peuvent faire le poids face à une mobilisation militaire internationale. « Je leur donnerais un mois, ça ne devrait pas durer plus », dit-il.
Shashank Joshi, également expert au RUSI, rappelle que la priorité est de soulager la pression sur les insurgés dans la région de Benghazi. Ensuite, dit-il, on peut espérer qu'il y aura un coup d'État contre Kadhafi ou qu'on assistera à une désintégration du régime « par le haut ». Un scénario auquel ne croit guère Richard Dalton, ancien ambassadeur britannique à Tripoli. « Les Libyens ont appris depuis longtemps à résister aux pressions étrangères et Kadhafi saura utiliser cette aptitude pour resserrer les rangs », dit-il.
De nombreux analystes pensent que les premières attaques pourraient être lancées d'ici à un ou deux jours, peut-être dès aujourd'hui, après la réunion de Paris. Mais certains d'entre eux se demandent s'il n'est pas déjà trop tard pour éviter une partition de la Libye. « Il semble que Kadhafi pourra rester quelque temps au pouvoir à Tripoli, ce qui pourrait déboucher sur une partition entre l'est et l'ouest du pays », dit Henry Wilkinson, de Janusian Security Consultants.
Pour Shashank Joshi, il est impossible de dire combien de temps dureront les opérations. « Kadhafi peut dire à ses forces de se retirer sur Syrte et montrer ainsi qu'il ne menace plus Benghazi. Ce sera alors à la coalition de décider si elle bombarde les pro-Kadhafi à Syrte, ce qui pourrait apparaître comme une provocation », dit-il. « On peut aboutir à une impasse et cela pourrait durer des mois. Le temps travaillerait alors contre la coalition, avec un risque de retournement de l'opinion arabe et l'apparition de divergences au sein de l'alliance, qui est quelque chose de très artificiel », explique-t-il.
D'autres analystes soulignent le coût d'une campagne militaire qui s'étendrait dans le temps, en cette période de crise économique et d'austérité.
(Source : agences)
Le régime libyen, sous la menace de frappes aériennes après une résolution de l'ONU dans la nuit de jeudi ouvrant la voie à un recours à la force, a annoncé hier un cessez-le-feu. La Libye « a décidé d'observer immédiatement un cessez-le-feu et de mettre fin à toutes les opérations militaires », a déclaré le ministre libyen des Affaires étrangères, Moussa Koussa, en début d'après-midi à Tripoli.À Benghazi, bastion de l'insurrection, le commandant des rebelles, Khalifa Heftir, a dénoncé un coup de « bluff » du numéro un libyen Mouammar Kadhafi. « Le monde entier sait que Mouammar Kadhafi est un menteur. Lui, ses fils et sa famille, et tous ceux qui sont avec lui sont des menteurs », a-t-il insisté. Un porte-parole des rebelles a assuré que les forces gouvernementales ne respectaient pas le couvre-feu,...
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