Un cadre du 14 Mars affirme que le grand rendez-vous de dimanche certifie que ce camp retrouve toutes ses forces. Tant par l'appui populaire qu'il a su mobiliser que par l'unité de ses rangs, auparavant plutôt égarée. La devise proclamée étant « Oui à la chute de l'armement hors légalité face à l'armement de la légalité ». Ce cadre rappelle que la majorité des indépendants, défenseurs de l'idée d'État, rejoint à ce propos la position des souverainistes. À preuve que c'est sans nul doute grâce à son apport qu'il y a eu un tel afflux dimanche, place des Martyrs, les cortèges provenant de toutes les régions, Montagne druze comprise. Cependant, force est de reconnaître que depuis le congrès du BIEL le 14 février, en commémoration de l'assassinat de Rafic Hariri, le 14 Mars tout entier n'a cessé de mettre le paquet, comme on dit familièrement, pour assurer un énorme rassemblement populaire le 13 mars. En tablant bien plus, et avec succès, sur le slogan rassembleur du refus des armes miliciennes tournées vers l'intérieur, vers la poitrine des Libanais, que sur les moyens matériels d'organisation. En d'autres termes, si des foules considérables ont pu être regroupées, c'est pour dire non à la menace et à la spoliation du pouvoir, à la falsification de la volonté populaire exprimée dans les urnes, que le chantage a permise. Au prix de la perte du projet d'État.
Et maintenant ? Le cadre cité promet qu'une feuille de route va bientôt être élaborée pour une action diligente visant à l'abrogation de l'armement hors légalité. S'attachant à cet objectif de fond, les souverainistes n'évoquent donc plus la régulation de cet armement. Ils entendent maintenir, en effet, un haut degré de mobilisation. En esquivant, disent-ils, les polémiques sur des sujets secondaires pour rester concentrés sur l'armement. Et ils vont s'efforcer d'organiser le courant populaire acquis à leur cause en réformant leurs mécanismes de fonctionnement interne. Sans doute, indique la même source, en mettant sur pied un comité d'orientation comprenant les leaders, les députés, les indépendants et des représentants de la société civile.
En face, les nouveaux majoritaires s'étonnent que leurs adversaires aient renoncé à des constantes déterminées, dont l'entente. Ou encore à des points importants de la dernière déclaration ministérielle, dont l'équation armée-peuple-résistance pour adopter une attitude de défi et d'escalade à la veille de la formation du gouvernement, comme s'il s'agissait de lui bloquer la voie, au lieu d'avancer des propositions positives afin de renforcer la coexistence. Ils ajoutent que le 14 Mars sait bien qu'il est impossible de toucher à l'armement de la résistance car il est dirigé contre l'ennemi israélien. Donc, pour eux, sa position n'a qu'un seul vrai objectif, provoquer la discorde. En misant, encore et toujours, sur un soutien des Occidentaux.
En pratique, selon des sources informées, la nouvelle majorité songerait à riposter au rassemblement de dimanche dernier en organisant à son tour une marche massive en direction du ministère de la Justice pour réclamer la rupture d'avec le Tribunal spécial pour le Liban et dénoncer l'acte d'accusation, dirigé, selon les fuites divulguées jusqu'à présent, contre le Hezbollah. Tout comme pour exiger l'ouverture du procès des faux témoins. À cette neutralisation du TSL pour riposter à la demande d'abrogation de l'armement hors légalité, le 8 Mars ajouterait par la suite une campagne en vue de l'abolition du confessionnalisme politique.
En tout cas, la sacralité de l'armement de la résistance, défendue par le Hezbollah, est désormais, après la vague du 13 mars, bien ébranlée. C'est ce que relèvent des diplomates en poste à Beyrouth, qui indiquent que d'une manière générale, leurs gouvernements soutiennent à ce propos le 14 Mars dans le prolongement des résolutions de l'ONU.

