Des bombardements ont visé la sortie ouest d’Ajdabiya, carrefour routier vital entre plusieurs villes de l’Est. Patrick Baz/AFP
Comme dans les autres localités cibles de la contre-offensive des forces fidèles à Mouammar Kadhafi, la ville a été pilonnée par l'artillerie avant l'entrée en action des chars. L'armée libyenne a annoncé que les soldats qui ont rejoint les insurgés seront « graciés » s'ils se rendent, selon la télévision d'État.
La ville-clé d'Ajdabiya se préparait, quant à elle, à subir un assaut des forces de Kadhafi qui avancent sur la « capitale » des rebelles, Benghazi. Dans la matinée, des bombardements ont visé la sortie ouest d'Ajdabiya, carrefour routier vital entre plusieurs villes de l'Est que les rebelles ont promis de défendre, tandis que de nombreux civils fuyaient la ville.
Benghazi, fief de l'insurrection situé à 160 km au nord d'Ajdabiya, pourrait vite se retrouver menacée, les forces gouvernementales ayant repris l'une après l'autre plusieurs villes aux rebelles, notamment Brega dimanche, à coups d'artillerie lourde et de raids aériens. La ligne de front se déplace davantage vers l'est, signe de la détermination du colonel Kadhafi à venir à bout de l'insurrection malgré les protestations et sanctions internationales.
À 6 km à l'ouest d'Ajdabiya, désormais en première ligne, des rebelles sur place ont affirmé que quatre obus étaient tombés à proximité d'un rond-point, faisant cinq blessés selon un médecin à l'hôpital de la ville. Un officier de l'aviation libyenne ayant rejoint l'insurrection, Jamal Mansour, a indiqué qu'il s'agissait de raids aériens menés par des bombardiers Sukhoï 24, de fabrication russe. Sur la route entre Ajdabiya et Benghazi, de nombreux civils fuyaient la ville à bord de camionnettes chargées de valises, de sacs et de matelas. « Les forces de Kadhafi pratiquent la politique de la terre brûlée », a affirmé le colonel Mansour, dans un bâtiment autour duquel sont déployés des pick-up équipés de batteries antimissiles pointées vers le ciel.
À Tripoli, les forces gouvernementales répriment toute opposition « avec brutalité », à coups d'arrestations arbitraires, de disparitions forcées, voire de tortures, selon l'organisation Human
Rights Watch.
À Benghazi, deuxième ville du pays à un millier de kilomètres à l'est de Tripoli, l'euphorie des premières semaines de la révolte a fait place à l'inquiétude, et les regards sont tournés vers l'étranger. Mais, divisés sur les moyens de mettre un terme à la répression - bombardements, zone d'exclusion aérienne, fourniture d'armes à l'opposition -, les Occidentaux sont pris de vitesse par les victoires du régime sur le terrain. La zone d'exclusion aérienne, réclamée avec force par les rebelles et soutenue par la Ligue arabe, ne semble pas convaincre la Chine ni la Russie, toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. Moscou a toutefois interdit hier au dirigeant Mouammar Kadhafi et à sa famille de pénétrer en Russie et d'y mener des opérations financières.
Les autorités britanniques ont de leur côté gelé des actifs libyens au Royaume-Uni d'une valeur de 12 milliards de livres (13,9 milliards d'euros), a annoncé le Premier ministre David Cameron, alors que la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a décidé de dépêcher une mission à Benghazi, dans le cadre des efforts de « planification » pour répondre à la crise.
Les dirigeants turcs ont réaffirmé, quant à eux, leur opposition à une intervention de l'OTAN en Libye, estimant qu'une telle opération aurait des conséquences « dangereuses ».
Enfin, le colonel Kadhafi a invité des firmes de Chine, de Russie et d'Inde à venir exploiter du pétrole en Libye, après le départ de la majorité des compagnies étrangères.
(Source : agences)

