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Moyen Orient et Monde - Le Point

L’inévitable engrenage

Propos d'un responsable du Pentagone - qui a, bien entendu, requis l'anonymat : « Après des mesures discutables, les services de sécurité ont fait par la suite montre de retenue. Aussi, nous ne croyons pas que Bahreïn soit sur le point de s'effondrer, encore moins qu'il soit sur la corde raide. » Le rôle de l'Iran ? Inexistant, selon lui. Mais si la crise venait à se prolonger, la République islamique « pourrait y voir l'occasion de causer des remous ». De telles petites phrases supposées être lénifiantes se multiplient alors que le royaume s'apprête à entrer dans son second mois de tension. Le secrétaire à la Défense, Robert Gates, était à Manama en week-end pour des entretiens avec le prince héritier et « pour manifester notre soutien au dialogue national en cours », a dit son porte-parole. Avant lui, l'amiral Mike Mullen, chef d'état-major interarmes, avait évoqué avec cheikh Salman ben Hamad al-Khalifa « les développements régionaux, les relations bilatérales et une coopération accrue entre les deux parties, particulièrement dans le domaine militaire ». En somme, des démarches et des déclarations peu susceptibles de provoquer des froncements de sourcils interrogateurs ou irrités.Oui, mais elles survenaient après le déclenchement d'un mouvement de protestation qui, loin de s'apaiser, ne fait que prendre de l'ampleur au fil des jours.
Nouveau sujet d'inquiétude, hier, avec l'arrivée dans l'île, à quelques heures d'intervalle, d'abord d'un millier de soldats du Conseil de coopération du Golfe, ensuite d'une force des Émirats, appelés en renfort pour rétablir l'ordre. Le premier contingent, composé pour l'essentiel d'éléments saoudiens, avait emprunté le pont digue qui enjambe sur 25 kilomètres la zone du Golfe et relie le pays à l'est du royaume wahhabite, une région pétrolifère abritant une importante minorité chiite en proie depuis quelque temps à une agitation timide pour l'instant. Mais que, demain, soit réalisée la     jonction entre les deux parties, et l'embrasement gagnerait l'ensemble d'une zone - incluant le Koweït en sus de l'Arabie - qui assure une partie non négligeable de l'approvisionnement en or noir de l'économie mondiale. D'où, ces jours-ci, l'envolée des cours du baril et la crainte d'une crise comme celles de 1973, 1979, 1987, 1993 et 2000-2001.
Les renforts envoyés il y a vingt-quatre heures font partie d'une force commune créée en 1984 par les Six (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn, Qatar, Oman, Koweït) et formant le fameux « Bouclier de la péninsule ». En outre, un fonds de 20 milliards de dollars vient d'être constitué pour venir en aide aux Khalifa ainsi qu'au sultan Qabous d'Oman, dans le même temps que l'engagement était pris de riposter « avec fermeté » à toute tentative de déstabilisation d'un pays membre. La démarche a été mal accueillie par l'opposition qui voit dans cette « présence militaire étrangère » une « occupation » en bonne et due forme, et « un réel danger pour le peuple, celui d'une guerre contre les citoyens bahreïnis sans déclaration de guerre ».
Le minuscule archipel d'un total de 750 kilomètres carrés compte officiellement 1 234 596 habitants parmi lesquels on dénombre 800 000 autochtones (recensement de 2010), dont près de 70 pour cent, selon le New York Times, appartiennent à la confession chiite. Sur ce chiffre, les étrangers, à en croire des sources concordantes, représentent une proportion de quarante pour cent. Devenu royaume en 2002, l'ancien émirat est gouverné par la dynastie des al-Khalifa depuis 1783, année qui mit fin à l'emprise de la Perse. Peu à peu, on a observé un durcissement de ton, les trois grandes formations de l'opposition chiite, dont le Mouvement pour la liberté basé à Londres, en venant à réclamer l'instauration d'une république. Lundi, l'Iran s'est manifesté en invitant le gouvernement bahreïni à « éviter la violence et la force contre la population » et « à répondre avec sagesse aux demandes du peuple ». À l'évidence, Téhéran n'a pas oublié qu'au plus fort de la guerre avec Bagdad, dans les années 80, son ancien protégé voyait déjà d'un mauvais œil les revendications pour une meilleure représentation politique au sein d'un système bicaméral où les membres de la Chambre haute sont nommés par le roi.
Dimanche, un accord semblait se dessiner entre le prince héritier et l'opposition, prévoyant un système parlementaire jouissant des pleins pouvoirs et la formation d'un gouvernement représentatif de la volonté du peuple. L'entrée en lice des Saoudiens et des Émiratis risque de tout remettre en cause et de provoquer dans les rangs de l'opposition un net durcissement dont les effets ne tarderaient pas à se répercuter sur l'ensemble de la région du Golfe. Avec le concours d'un régime voisin, celui de l'Iran, qui ne demande qu'à souffler sur la braise.
Propos d'un responsable du Pentagone - qui a, bien entendu, requis l'anonymat : « Après des mesures discutables, les services de sécurité ont fait par la suite montre de retenue. Aussi, nous ne croyons pas que Bahreïn soit sur le point de s'effondrer, encore moins qu'il soit sur la corde raide. » Le rôle de l'Iran ? Inexistant, selon lui. Mais si la crise venait à se prolonger, la République islamique « pourrait y voir l'occasion de causer des remous ». De telles petites phrases supposées être lénifiantes se multiplient alors que le royaume s'apprête à entrer dans son second mois de tension. Le secrétaire à la Défense, Robert Gates, était à Manama en week-end pour des entretiens avec le prince héritier et « pour manifester notre soutien au dialogue national en cours », a dit son porte-parole. Avant lui,...
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