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Liban

La révolution du Cèdre retrousse ses manches

Saad Hariri retirant sa veste au début de son intervention. Photo Anwar Amro / AFP


S'il devait y avoir une symbolique politiquement forte dans ce gigantesque bis produit hier par l'alliance du 14 Mars, elle se résumerait à l'image de Saad Hariri tombant la veste et la cravate et retroussant ses manches, au tout début de son intervention face à la foule enthousiaste.
En se débarrassant ainsi de ses vêtements officiels et se mettant au diapason d'un public des plus bariolés, le Premier ministre sortant cherchait, en effet, à illustrer sa volonté de se libérer totalement des contraintes qu'il s'était imposées, principalement dans l'exercice de ses fonctions, mais aussi depuis le lendemain de la première révolution du Cèdre.
La tonalité de son discours, les tabous qu'il a définitivement brisés, comme son souci permanent - jusqu'à ces dernières semaines - de ménager le président de la Chambre, la clarté retrouvée de son argumentation contre la « suprématie » ou la « tutelle » des armes, tout cela ne laisse guère de doute sur la nature et l'ampleur du combat que le nouveau chef de l'opposition entend conduire désormais face à la politique du camp adverse.
Ce combat, Saad Hariri et ses principaux alliés en ont reçu hier un mandat clair de la part d'un public du 14 Mars qui, quoi qu'on ait pu dire à ce sujet, demeure capable de se mobiliser massivement, d'envahir les routes du pays et de venir se répandre en une marée humaine sur la place des Martyrs, rebaptisée pour l'occasion place de la Liberté. Comme il y a six ans.
Combien étaient-ils ? La question, cela va de soi, taraude autant les pour que les contre. La maigre présence des médias étrangers, concentrés sur une actualité plus immédiatement tragique au Japon et dans le monde arabe, rendait quasiment impossible tout constat plus ou moins neutre et objectif dans ce domaine. On a dû donc se rabattre sur les sources locales qui, du fait justement de sympathies allant dans un sens ou dans l'autre, offraient une fourchette aux proportions ridiculement caricaturales.
Cela va du chiffre anorexique de soixante-dix mille manifestants, observé notamment par la chaîne aouniste OTV (qui aurait pu aussi bien dire que plus de trois millions de Libanais ont obéi au mot d'ordre du général Michel Aoun de « dormir » en ce dimanche), au million avancé par des sources nettement moins déchaînées contre le 14 Mars. Selon ces dernières, qui se fondent, en effet, sur des calculs effectués par les FSI, il y aurait eu entre 800 000 et 1 000 000 de personnes concentrées dans une surface de 290 000 mètres carrés. En outre, à en croire des sources proches des Forces libanaises, le manque à gagner dû à la désaffection du CPL (en comparaison avec 2005) a été largement compensé par une plus grande mobilisation dans les milieux chrétiens favorables au 14 Mars.
Que la réalité soit ici, là ou au milieu ne changerait rien à la donne, dans la mesure où, en premier lieu, les images parlent d'elles-mêmes ; et ensuite - et surtout - que ce 13 mars 2011 a démontré une fois de plus la capacité de la nouvelle opposition parlementaire de mobiliser son public en masse et de manière pacifique, pour peu qu'elle soit en mesure de lui transmettre un message politique clair et simple, autant que possible dépouillé des tactiques politiciennes, parfois inévitables, on le sait.
« Non aux armes illégales qui confisquent la vie politique et institutionnelle du pays », voilà un message simple sans être simpliste, car il implique tout un programme politique au sens le plus noble du terme. Tout un peuple peut y adhérer sans que l'on puisse parler de démagogie. En ce sens, le rassemblement du 13 mars est un incontestable succès. S'agirait-il, comme l'a souligné le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, du signal de départ de la « Deuxième révolution du Cèdre » ? Peut-être, car cela dépendra précisément de ce que les protagonistes politiques du 14 Mars comptent en faire. Pour ce qui est de M. Geagea, il assure que cette révolution ne s'arrêtera qu'avec la disparition du « mini-État » et l'édification de l'État. Cela suppose, pour le moins, de la part du 14 Mars, qu'il ne cautionnera plus désormais la formule « peuple-armée-résistance », entrée jusqu'ici dans toutes les déclarations ministérielles des gouvernements d'avant et d'après 2005.
Mais le rassemblement est aussi un important succès pour bien d'autres raisons, malgré quelques couacs, comme la présence injustifiée - quoique compréhensible - d'un portrait géant du roi d'Arabie saoudite dans le cadre d'un mouvement censé rejeter la politique des axes ; ou encore l'absence d'un orateur druze alors que près de dix mille Libanais de cette confession avaient fait le déplacement, à en croire les organisateurs, et que les intervenants ont été choisis précisément en fonction de leur appartenance communautaire.
D'autre part, il restait bien aussi quelques soucis d'ordre tactique. L'absence d'attaques contre la politique syrienne au Liban en témoigne, alors même que le contentieux demeure entier entre les deux pays. Mais il est vrai que lorsque la préoccupation majeure est de clarifier le message, il vaut mieux ne pas multiplier les cibles.
En tout état de cause, qu'ils aient été 70 000 ou 700 000, les Libanais qui ont répondu hier à l'appel du 14 Mars ne méritent sûrement pas que les armes « se retournent contre eux », comme l'affirmait samedi sans ambages le général Aoun. En revanche, c'est le Liban qui mérite qu'on les entende.
S'il devait y avoir une symbolique politiquement forte dans ce gigantesque bis produit hier par l'alliance du 14 Mars, elle se résumerait à l'image de Saad Hariri tombant la veste et la cravate et retroussant ses manches, au tout début de son intervention face à la foule enthousiaste.En se débarrassant ainsi de ses vêtements officiels et se mettant au diapason d'un public des plus bariolés, le Premier ministre sortant cherchait, en effet, à illustrer sa volonté de se libérer totalement des contraintes qu'il s'était imposées, principalement dans l'exercice de ses fonctions, mais aussi depuis le lendemain de la première révolution du Cèdre. La tonalité de son discours, les tabous qu'il a définitivement brisés, comme son souci permanent - jusqu'à ces dernières semaines - de ménager le président de la Chambre, la...
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