Ras Lanouf a été la cible d’intenses bombardements hier. Roberto Schmidt/AFP
« Leur suprématie est totale. Ils ont tiré depuis des bateaux, et ils contrôlent les airs », a expliqué un médecin à Brega, ville située plus à l'est.
Selon une source médicale, les combats de jeudi à Ras Lanouf ont fait plus de 10 morts et des dizaines de blessés parmi les insurgés. Hier, un journaliste de l'AFP a aussi vu au moins cinq corps évacués de cette ville.
Les intenses bombardements qui ont touché Ras Lanouf ont bloqué la progression des insurgés partis de Benghazi à la conquête des villes côtières jusqu'à Tripoli. Samedi dernier, les insurgés avaient progressé jusqu'à Ben Jawad, une localité à quelques dizaines de kilomètres à l'ouest de Ras Lanouf, mais en avaient été chassés dès le lendemain par les pro-Kadhafi dont les frappes n'ont cessé de s'intensifier depuis.
À Zawiyah, à 40 km de Tripoli, les forces du régime fêtaient hier leur victoire dans ce bastion rebelle tombé officiellement mercredi après plus de deux semaines de résistance acharnée, selon un journaliste de l'AFP. Selon des secouristes à la frontière entre la Tunisie et la Libye, un homme arrivé de Zawiyah dans la nuit a raconté que la situation y était « catastrophique » et qu'« il y avait des morts partout ».
Ailleurs, les rebelles contrôlaient toujours Misrata (150 km à l'est de Tripoli) et plusieurs villes du Nord-Ouest, en particulier dans la région montagneuse du Jabal al-Gharbi, selon des témoins.
À Benghazi (Est), les rebelles demeuraient déterminés à combattre les hommes de Kadhafi, en dépit des revers enregistrés ces derniers jours. « Nous n'avons pas peur de cette armée composée à 90 % de mercenaires. Nous pouvons les battre », assure Khaled, oncle de Fathi Ali, un insurgé de 21 ans tué jeudi à Ras Lanouf et enterré vendredi. Plus de 10 000 personnes se sont par ailleurs rassemblées dans cette ville pour réclamer le départ du colonel Kadhafi.
Les dirigeants européens ont accru la pression sur le dirigeant libyen, au pouvoir depuis près de 42 ans, en qualifiant le Conseil national de transition de l'opposition (CNT), basé à Benghazi, d'interlocuteur « légitime ». La France a reconnu jeudi le CNT comme « le représentant légitime du peuple libyen ». Tripoli a riposté hier en suspendant ses relations diplomatiques avec Paris. Par ailleurs, au sujet du « grave secret » pouvant entraîner la chute du président français, le vice-ministre libyen des Affaires étrangères a invité hier soir la justice à « enquêter sur les sources de financement de la campagne électorale » de Nicolas Sarkozy.
Lors d'un sommet à Bruxelles, les chefs d'État et de gouvernement des 27 pays de l'UE ont décidé d'étudier « toutes les options » possibles, dans une allusion à une éventuelle intervention militaire, mais en précisant qu'il faudrait « une nécessité démontrée, une base juridique claire et le soutien de la région ». Dans ce but, un sommet tripartite doit se tenir prochainement entre l'UE, l'Union africaine et la Ligue arabe, qui se réunit de son côté aujourd'hui au Caire, réunion à laquelle les émissaires du régime libyen ne seront pas autorisés à participer.
De son côté, le président américain Barack Obama a annoncé hier qu'il allait se doter d'un représentant auprès de la rébellion libyenne. Les États-Unis et leurs alliés resserrent lentement leur étau autour de Kadhafi, a assuré M. Obama en notant qu'une zone d'exclusion aérienne demeurait un choix possible pour faire pression sur le dirigeant libyen. Kadhafi « est de plus en plus isolé sur la scène internationale, à la fois en raison des sanctions et de l'embargo sur les armes », a dit le chef de la Maison-Blanche. « Je n'écarte aucune option », ajoute-t-il.
Sur le plan humanitaire, à Ras Lanouf, des médecins ont appelé la Croix-Rouge internationale à l'aide. L'Organisation internationale pour les migrations a indiqué de son côté négocier avec les autorités libyennes l'envoi d'une mission humanitaire en Libye où des milliers d'immigrants attendent d'être rapatriés.
Depuis la mi-février, plus de 250 000 personnes ont fui la Libye pour les pays voisins, selon l'ONU, et la répression sanglante de la révolte a fait des centaines de morts. Une mission humanitaire de l'ONU est attendue aujourd'hui en Libye pour évaluer les besoins humanitaires, a annoncé en soirée le vice-ministre libyen aux Affaires étrangères, Khaled Kaaim.
(Source : agences)


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