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Moyen Orient et Monde - Libye

La France, premier pays à reconnaître l’opposition libyenne

Critiquée pour ses retards en Tunisie et en Égypte, la France est devenue hier le premier pays à reconnaître l'opposition armée au régime du colonel Kadhafi comme « représentant légitime » du peuple libyen, estimant dans un communiqué commun avec la Grande-Bretagne que « Kadhafi et sa clique doivent partir ». L'OTAN s'est par ailleurs dit prête à agir si elle en a le mandat.

La télévision d’État libyenne a annoncé hier que Ras Lanouf avait été « purgé » des insurgés et que les forces pro-Kadhafi se dirigeaient vers Benghazi, notant l’intensité des combats. Goran Tomasevic/Reuters

Critiquée pour ses atermoiements face aux révoltes en Tunisie et en Égypte, la France est devenue hier le premier pays à reconnaître l'organe de l'opposition au régime de Mouammar Kadhafi. Lors d'un entretien de près d'une heure au palais présidentiel de l'Élysée, Nicolas Sarkozy a annoncé à trois émissaires de l'opposition sa décision d'envoyer un ambassadeur à Benghazi, le siège de la contestation. Rendue publique à la veille d'un sommet exceptionnel, à Bruxelles, des chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, l'initiative française a été annoncée par les émissaires du Conseil national de transition (CNT) et confirmée par l'Élysée.
Selon une source proche du dossier, M. Sarkozy a également fait savoir à ses interlocuteurs libyens qu'il proposerait aujourd'hui à l'UE de mener des « frappes aériennes ciblées » sur des objectifs stratégiques libyens afin de mettre un terme aux représailles meurtrières exercées par les troupes du colonel.
La riposte du colonel Kadhafi, que M. Sarkozy avait reçu en grande pompe fin 2007 à Paris, ne s'est pas fait attendre : Tripoli a menacé Paris de rompre les relations diplomatiques.
En choisissant clairement le camp des rebelles à la veille du sommet de Bruxelles, Nicolas Sarkozy, qui a réclamé le départ du colonel Kadhafi, souhaite entraîner les autres pays européens, jusque-là divisés. À Berlin, le secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Werner Hoyer, s'est toutefois montré sceptique, jugeant la situation « encore trop confuse » ; Angela Merkel s'est montrée quant à elle « surprise » de la décision française et a mis en garde contre « l'emploi de moyens militaires ». Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a, lui, jugé « préférable d'attendre la position de l'ensemble de l'UE » avant de se prononcer. Mercredi, la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton avait refusé de soutenir la demande du CNT d'être reconnu comme seule autorité légitime en Libye, pourtant appuyée par le Parlement européen.
L'OTAN a estimé de son côté que le temps presse en Libye, selon le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen, en marge d'une réunion des ministres de la Défense des 28 pays alliés. Ils ont fait le point sur la planification des différentes opérations possibles, passant en revue les options, les moyens à leur disposition et les tâches à privilégier. Ils ont pris deux décisions concrètes, l'une de renforcer la présence maritime de l'OTAN dans la zone proche de la Libye, et l'autre d'évaluer l'assistance humanitaire que l'ONU pourrait requérir. Trois conditions, néanmoins, a rappelé M. Rasmussen, doivent impérativement être remplies avant que l'OTAN n'entre vraiment en scène. « Si le besoin en est démontré, si le mandat juridique est clair et le soutien régional ferme, nous nous tenons prêts à apporter notre aide », a-t-il indiqué. Or, le Conseil de sécurité de l'ONU n'a toujours pas tranché sur la zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye proposée par la France et le Royaume-Uni.
Côté américain, la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a souligné la nécessité d'un consensus international sur les prochaines mesures à prendre, estimant que toute action unilatérale des États-Unis pourrait avoir des conséquences imprévisibles. Elle a en outre ajouté que son pays a décidé de suspendre « les liens avec l'ambassade de Libye à Washington et s'attend à la fermeture du poste. La Maison-Blanche a en outre indiqué dans la soirée qu'elle avait établie un » contact direct avec l'opposition, « via de nombreux canaux ».
Dans la région, la Ligue arabe ne devait se réunir que samedi pour parler du sujet tandis que les monarchies du Golfe ont estimé que le régime libyen était « illégitime ». Damas s'oppose pour sa part à « toute forme d'intervention étrangère » en Libye.
Sur le terrain, les insurgés fuyaient hier Ras Lanouf, base la plus avancée de l'opposition dans l'Est, située à 650 km de la capitale, sous une pluie de roquettes et d'obus. Un hôpital a dû être évacué par les médecins et leurs patients à pied ou dans des ambulances, au moins quatre personnes y ont été tuées et 35 blessées. « Nous sommes vaincus. Ils bombardent à coups d'obus et nous fuyons. Cela signifie qu'ils sont en train de reprendre Ras Lanouf », a reconnu un insurgé. La télévision d'État libyenne a annoncé que la ville avait été « purgée » des insurgés.
À 40 km à l'ouest de Tripoli, Zawiyah était sous contrôle des pro-Kadhafi, après de violents combats, selon des témoins. Cette ville, qui abrite la principale raffinerie de pétrole alimentant la capitale et l'ouest du pays, était jusque-là le bastion des insurgés le plus proche de Tripoli.
En revanche, les rebelles continuaient de contrôler Misrata à 150 km à l'est de Tripoli, de même que plusieurs villes du Nord-Ouest notamment, dans la région du Jabal al-Gharbi.
Face à ces violences, le directeur des services de renseignements américains, James Clapper, a estimé que les forces fidèles à Kadhafi, mieux équipées que les insurgés, finiraient par l'emporter.
Par ailleurs, le journaliste brésilien du quotidien O Estado de São Paulo, Andrei Netto, a été libéré hier soir après huit jours de détention.
Malgré la vaste offensive menée par les forces pro-Kadhafi, le fils du colonel, Seif al-Islam, a déclaré hier que l'heure d'une vaste offensive contre les insurgés avait sonné. « Le temps est écoulé maintenant. Le moment de l'action est venu. Nous leur avions donné (aux insurgés) deux semaines (pour des négociations) », a-t-il ajouté. « Nous ne céderons jamais. Nous ne nous rendrons jamais. C'est notre pays. Nous combattons ici en Libye », a-t-il ajouté.
(Source : agences)
Critiquée pour ses atermoiements face aux révoltes en Tunisie et en Égypte, la France est devenue hier le premier pays à reconnaître l'organe de l'opposition au régime de Mouammar Kadhafi. Lors d'un entretien de près d'une heure au palais présidentiel de l'Élysée, Nicolas Sarkozy a annoncé à trois émissaires de l'opposition sa décision d'envoyer un ambassadeur à Benghazi, le siège de la contestation. Rendue publique à la veille d'un sommet exceptionnel, à Bruxelles, des chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, l'initiative française a été annoncée par les émissaires du Conseil national de transition (CNT) et confirmée par l'Élysée.Selon une source proche du dossier, M. Sarkozy a également fait savoir à ses interlocuteurs libyens qu'il proposerait aujourd'hui à l'UE de mener des « frappes...
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