Soula Saad, une réalisatrice intéressée par l’humain.
Censuré, et pourtant la réalisatrice n'a aucune vocation politique et n'en a jamais eu. Son discours et son message sont essentiellement humains dans une parenthèse artistique et émotionnelle de sa vie et de son parcours. « Ce film, dit-elle, est né instinctivement, au fil d'événements qui se sont enchaînés et que personne n'avait prévus. » Il s'est construit tout seul, dans la tête et le regard de la réalisatrice, finalisé en deux versions, française et anglaise, de 90 minutes et 52 minutes, respectivement. « J'ai voulu montrer ce qui rassemblait les Libanais. Cet élan du cœur qui a uni un peuple entier, condamné au silence pendant 30 ans. J'ai raisonné de l'intérieur. » Le documentaire de Beyrouth qui s'est éveillée, avant de sombrer à nouveau dans un silence amer, reste un témoignage, un bel hommage à l'histoire de l'indépendance du Liban. Pour elle, l'essentiel a surtout été de montrer que ce moment a existé et a été vécu, avec la même ferveur spontanée, par tous ceux qui y ont cru. « Je ne cherche pas, dit-elle, à être une ambassadrice activiste ; je laisse au film le loisir d'avoir sa propre vie. Moi, j'étais juste au bon endroit au bon moment. »
Capter les sensibilités du monde
Ce « bon moment » dans la vie de Soula Saad ressemble à de nombreux autres qui lui ont permis de faire de « bonnes » rencontres partout dans le monde. Jonglant entre Paris, Beyrouth et LA, la jeune femme s'est diversifiée en essayant de ne pas se disperser. Entre 2000 et 2010, elle a réalisé de nombreux films, la plupart tournant autour des musiques du monde. « Il y a, dans chacun de ces films, comme un métissage de cultures. » En 2005, elle fonde DreamAgo avec la scénariste Pascale Rey, une « association internationale de cinéma chargée d'aider des projets forts, qui inspirent et qui peuvent faire la différence, à passer de l'écrit à l'écran. Cela grâce à un atelier d'écriture annuel, "Plume et Pellicule", qui se tient au château Mercier, à Sierre, en Suisse, et des rencontres avec des producteurs ». Le premier parrain a été le cinéaste Stephen Frears, suivi par le réalisateur Alain Corneau, le poète et journaliste José F. Lacaba, l'acteur Jorge Perugorria et l'acteur et scénariste Guillermo Arriaga.
Puis, tout comme pour ces musiques, porteuses de symboles de diversité, Soula Saad a entamé le tournage d'une série de documentaires sur la voix des femmes de la planète. « Des femmes qui osent, pionnières dans leur domaine et dans leur culture. Je suis, poursuit-elle, particulièrement intéressée par toutes celles qui souffrent pour sortir des limites imposées par la société à laquelle elles appartiennent. » De l'humain, dans chaque projet, car la réalisatrice ne cesse de le rappeler, « je crois en ce qui nous lie profondément ».
En attendant de pouvoir le visionner un jour au Liban, pour se rappeler que cette révolution du Cèdre était bien la première dans le monde arabe, et pour espérer des jours meilleurs, Beirut Rising, Beyrouth s'éveille sera programmé ce mois-ci au festival de Courbevoie à Paris et au festival des Films francophones à Los Angeles.


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