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Moyen Orient et Monde - Le Point

Des maux et des chiffres

Les prix de l'immobilier atteignent des himalayas à donner le vertige à tous les alpinistes-spéculateurs ; les problèmes se multiplient à la vitesse grand V et les retraites vieillesse demeurent désespérément bloquées à 709 euros. Sur son blog Facebook, Ségolène Royal ébauche la litanie, fort incomplète, des lamentations de ses concitoyens : six millions et demi de personnes mal chauffées, un renchérissement de 20 pour cent du gaz et de l'électricité, l'essence qui flambe, pour atteindre le niveau de 2008, quand le baril valait 147 dollars alors qu'aujourd'hui il frôle les 112 dollars. Et que font les Français ? Ils jouent à se faire peur, l'autre sport national avec les voitures incendiées, les manifestations et les joutes télévisées pour ne rien dire.
Depuis dimanche dernier, date à laquelle il a été publié par Le Parisien, un sondage Harris Interactive donne de l'urticaire à l'ensemble du landernau politique, où l'on s'active à élaborer un plan de bataille tenant compte de la nouvelle donne. Imaginez donc : Marine Le Pen arriverait en tête au premier tour de la présidentielle avec 23 pour cent des intentions de vote contre 21 pour cent à Nicolas Sarkozy et autant à Martine Aubry. Du jamais-vu dans un gallup ! Du coup, les (pas si) vieux démons se réveillent, francisque au vent et verbe célinien aux lèvres. Comme s'il ne suffisait pas de célébrer le cinquantenaire de la disparition de l'auteur du Voyage au bout de la nuit et de Bagatelles pour un massacre...
Chacun se prend aujourd'hui à envisager le précédent cauchemardesque du 21 avril 2002, quand le socialiste Lionel Jospin avait été éliminé dès le premier tour par Jean-Marie Le Pen. Les pourcentages : 19,88 pour cent à Jacques Chirac, 16,18 pour cent au Premier ministre sortant, 16,82 pour cent au chef du Front national auquel d'ailleurs son ancien adjoint Bruno Mégret avait pris 664 836 voix, soit 2,34 pour cent. Bien entendu, au second tour, l'outsider avait été laminé, mais au préalable il avait fait mordre la poussière à la gauche (pour la deuxième fois sous la Ve République). Tout de même, on avait eu chaud ; le représentant de la gauche plurielle (paix à ses cendres !), qui ne se remettra jamais de la cruelle épreuve, devait tirer la conclusion de la journée et renoncer à la vie publique.
À la célèbre réflexion de Paul Morand « L'histoire, comme une idiote, mécaniquement se répète » répond la non moins fameuse observation de Louis-Ferdinand Destouches (tiens, encore lui...) : « L'histoire ne repasse pas les plats. » Cela pour dire que, dans dix-huit mois, il serait fort hasardeux de voir, au second tour, Marine Le Pen opposée... Au fait, opposée à qui ? Car le pronostic du sondeur, dans ce cas précis, ne tenait pas compte d'une candidature Dominique Strauss-Kahn. Voilà pourquoi il a été prié de revoir sa copie. Absents il y a trois jours - au profit de la seule Martine Aubry -, le patron du Fonds monétaire international mais aussi l'ancien premier secrétaire du PS François Hollande vont figurer, nous promet-on, dans un nouveau sondage dont les résultats pourraient promettre quelques surprises.
La nouvelle patronne du FN dépasse de deux points le chef de l'État, soit. Toutefois, il y a lieu de s'interroger sur l'issue d'un duel l'opposant à DSK, l'homme qui n'est pas encore tout à fait candidat tout en l'étant mais sans l'être, et en qui chacun voit déjà, malgré les savantes analyses de M. Sarkozy, le futur hôte de l'Élysée. Entre-temps, le rappel est important, il lui faudra franchir la haie des primaires de son parti, en octobre de cette année. Quoi qu'il en soit, l'ancien superministre (Économie, Finances, Industrie) dans le cabinet Jospin de la « troisième cohabitation » est bien parti pour faire figure de grand rassembleur de la gauche et de pôle de ralliement des déçus du sarkozysme.
À ce jour, la stratégie présidentielle a consisté à chasser sur les terres de l'extrême droite, en s'appropriant certains thèmes chers à celle-ci, notamment en posant une question, celle de l'islam, comme si elle représentait le principal problème en France. On a vu que cela a conduit à la suppression de la ligne rouge séparant l'UMP du Front national. Avec l'effet pervers que l'on pouvait prévoir : pourquoi se contenter de la copie quand on peut avoir l'original ? Mais le tableau comporte une inquiétante zone d'ombre représentée par le fait que, s'agissant de la gauche comme du centre, on n'a pas encore vu - pas assez nettement en tout cas - l'ébauche d'un candidat et d'un programme d'action, lesquels existent à l'autre extrémité du tableau.
Rama Yade se gaussait fin janvier de l'« imposture Marine Le Pen » et d'un discours qui se nourrit de l'épuisement d'une certaine caste politique. Faux danger ou vrai épouvantail ? À l'heure des grands choix, il serait dangereux d'ignorer les réalités, celles des chiffres pour commencer.
Les prix de l'immobilier atteignent des himalayas à donner le vertige à tous les alpinistes-spéculateurs ; les problèmes se multiplient à la vitesse grand V et les retraites vieillesse demeurent désespérément bloquées à 709 euros. Sur son blog Facebook, Ségolène Royal ébauche la litanie, fort incomplète, des lamentations de ses concitoyens : six millions et demi de personnes mal chauffées, un renchérissement de 20 pour cent du gaz et de l'électricité, l'essence qui flambe, pour atteindre le niveau de 2008, quand le baril valait 147 dollars alors qu'aujourd'hui il frôle les 112 dollars. Et que font les Français ? Ils jouent à se faire peur, l'autre sport national avec les voitures incendiées, les manifestations et les joutes télévisées pour ne rien dire.Depuis dimanche dernier, date à laquelle il a été publié...
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