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Les nouvelles technologies, outil du révolutionnaire arabe - Interview

Pour les jeunes Palestiniens, le changement vient avec l’unité

Propos receuillis par R. M.
Fin 2010, au moment où la révolte commençait à prendre forme en Tunisie, un groupe de jeunes Palestiniens de Gaza avait publié un manifeste poignant appelant au « changement » (voir encadré). Ce groupe, appelé « Gaza Youth Breaks Out » (« Les jeunes de Gaza se révoltent »), y exprime avec force la frustration de toute une jeunesse palestinienne, dénonçant tant les politiques du Hamas et du Fateh, que l'occupation et l'agression israéliennes, ainsi que l'indifférence de la communauté internationale. Aujourd'hui, les jeunes Palestiniens se mobilisent sur le terrain, inspirés par les soulèvements dans le reste du monde arabe. Ils réclament la « fin des divisions interpalestiniennes » et appellent à une manifestation massive le 15 mars à Gaza, en Cisjordanie et dans les camps de réfugiés palestiniens à l'étranger. Pour en savoir plus, L'Orient-Le Jour est entré en contact avec une militante du groupe. Par peur de représailles, elle préfère se faire appeler Em Faisal pour préserver son anonymat.

L'Orient-Le Jour - Pouvez-vous me parler de votre mouvement ? Quelles sont vos revendications et que comptez-vous faire le 15 mars ?
Em Faisal - « Gaza Youth Breaks Out » (GYBO) est un groupe de jeunes qui œuvre pour le changement et la sensibilisation du public local et international à notre situation. Nous voulons attirer l'attention des gens sur notre souffrance et notre lutte pour la récupération de nos droits. Nos revendications sont simples : nous voulons la liberté, la sécurité et la paix.
Notre priorité est de mettre fin à la division interpalestinienne. Pour ce faire, nous comptons manifester le 15 mars pour réclamer haut et fort nos demandes et faire entendre notre voix à nos dirigeants. « Non à la division ! »

Pensez-vous que le message du manifeste que vous avez publié fin 2010 est plus puissant aujourd'hui, après le succès des révoltes populaires en Égypte et en Tunisie ? Avez-vous réussi à attirer un plus grand soutien sur le plan local ?
Tout à fait. La série de soulèvements dans le monde arabe a renforcé notre appel et a donné au reste de la population palestinienne le sentiment d'espoir qui nous manquait tant.

Au Caire, à Tunis, à Alger, au Yémen, à Tripoli, les jeunes ont appelé à la chute de leur régime. Votre groupe, quant à lui, appelle à la réconciliation entre le Fateh et le Hamas. Est-ce une variation pour un même mot d'ordre ?
Nous avons choisi « l'unité » comme slogan parce que la division (entre le Fateh et le Hamas) a coûté très cher à la cause palestinienne. Et à plus d'un égard, cette division est devenue en soit le « régime ». Nous sommes donc convaincus que la réconciliation est le seul moyen pour faire avancer la cause palestinienne contre l'occupation sioniste, notre ennemi principal.
Lundi dernier, le Hamas a dispersé à Gaza un sit-in de jeunes appelant à l'unité. Que s'est-il passé au juste ? Y a-t-il eu des arrestations ?
Quatre jeunes hommes ont pris l'initiative d'organiser un sit-in pour promouvoir les manifestations (du 15 mars). Ils ont été attaqués et arrêtés par les forces de sécurité (palestiniennes), parce qu'ils n'avaient pas obtenu l'autorisation des autorités. Ils ont ensuite été relâchés après avoir été battus et blessés. Ils ont également dû signer une attestation dans laquelle ils promettent de ne plus participer à de telles activités.

Avez-vous reçu des menaces récemment ?
Aucune. Nous veillons à préserver notre anonymat.

Collaborez-vous étroitement avec les jeunes de Cisjordanie ? Est-ce qu'ils soutiennent votre initiative ?
Oui, nous travaillons avec plusieurs groupes à l'intérieur de la Cisjordanie et à travers la bande de Gaza. Ils sont nombreux à propager le même message et nous espérons que la fièvre (du changement) atteindra tous les Palestiniens avant le 15 mars.

Vendredi dernier, le Hamas a organisé une manifestation à Gaza réclamant l'unité. Le Fateh, de son côté, à déjà plaidé en faveur de la réconciliation. Que pensez-vous de tout cela ?
Nous saluons ces démarches prises par les factions rivales, mais nous sommes toujours très méfiants (à leur égard). Il est possible qu'ils aient enfin compris la volonté du peuple et notre mouvement les poussera peut-être à prendre des actions concrètes. Notre seul espoir est qu'ils règlent leurs différends d'une manière sérieuse et qu'ils placent l'intérêt du peuple palestinien avant toute autre chose. Nous ne voulons pas de leurs jeux politiques qui ne visent qu'à démotiver et à distraire le peuple. Nous sommes tous conscients de nos droits et de nos demandes et nous ne reculerons pas avant de les atteindre.

À quel point les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter vous ont-ils été utiles pour propager votre message dans les territoires palestiniens et dans le monde ?

Les réseaux sociaux ont joué un très grand rôle pour faire entendre notre voix, ce qui nous a valu un soutien international. Une telle initiative aurait peut-être pu avoir lieu sans l'Internet, mais je ne crois pas qu'elle aurait été aussi réussie. En tout cas, pas dans un laps de temps aussi court.

Ne vous sentez-vous pas surveillés, étant donné que les discussions sur les réseaux sociaux sont ouvertes et visibles de tous ?

L'ouverture et la visibilité de nos discussions nous ont beaucoup aidés à promouvoir notre vision. Mais, d'un autre côté, nous sommes constamment angoissés, par peur d'être sous surveillance. Nous faisons donc attention de ne pas révéler certaines informations qui risqueraient de révéler notre identité ou qui pourraient être mal interprétées.
Fin 2010, au moment où la révolte commençait à prendre forme en Tunisie, un groupe de jeunes Palestiniens de Gaza avait publié un manifeste poignant appelant au « changement » (voir encadré). Ce groupe, appelé « Gaza Youth Breaks Out » (« Les jeunes de Gaza se révoltent »), y exprime avec force la frustration de toute une jeunesse palestinienne, dénonçant tant les politiques du Hamas et du Fateh, que l'occupation et l'agression israéliennes, ainsi que l'indifférence de la communauté internationale. Aujourd'hui, les jeunes Palestiniens se mobilisent sur le terrain, inspirés par les soulèvements dans le reste du monde arabe. Ils réclament la « fin des divisions interpalestiniennes » et appellent à une manifestation massive le 15 mars à Gaza, en Cisjordanie et dans les camps de réfugiés palestiniens à...