En face, le camp arabe, bien que très supérieur numériquement, n'a jamais été aussi divisé. L'Égypte, État-clé jadis du champ de bataille, flirte avec le défaitisme. Idem pour la Jordanie (qui joue les Ponce Pirate), et l'Irak a volé en éclats de par le génie d'un George Bush qui a a quité l'histoire par la porte de service. Le reste du monde arabe, coupé en deux entre durs et modérés, tiraillé par d'autres conflits comme le Soudan ou le Yémen, est loin de présenter un front uni qui seul pourrait menacer réellement Israël. Benjamin Netanyahu le sait d'ailleurs fort bien, lui qui se permet de défier l'ensemble du monde arabe et occidental en quintuplant les implantations sauvages sans que quiconque, de Washington à Paris, ne bouge le petit doigt.
Malgré la puissance « arsenicale » de leurs arsenaux, les sionistes sont pourtant inquiets de l'avenir. Inquiets surtout de la nucléarisation progressive du « délirant » Ahmadinijad. Certes, Israël a toujours le monopole dans ce domaine. Mais pour encore combien de temps ? Quatre, cinq ans au plus, avant que l'Iran ou la Libye n'obtiennent ici ou là les moyens de faire la « bombe ». Inquiets enfin de l'hostilité croissante de gouvernement européen à l'égard de leur politique insensée. Cette inquiétude ressentie confusément par l'opinion publique apparaît plus nettement parmi les spécialistes de défense et de politique étrangère. Ils sont unanimes : les années 2010-2020 s'annoncent particulièrement difficiles, sinon cruciales pour l'avenir du pays. « Le navire prend l'eau », déclare l'un d'eux en énonçant les deux grands problèmes qu'Israël devra résoudre au cours de cette décennie. D'abord éliminer le Hezbollah et surtout apprendre à vivre avec un Iran en passe de se nucléariser rapidement. Les données du premier problème tiennent en quelques faits : Israël n'a jamais pu remporter une victoire sur sayyed Hassan et sa dernière « randonnée » au Liban lui a démontré que ce ne serait pas une promenade s'il s'avisait de recommencer, surtout que le Hezbollah s'est considérablement réarmé depuis. On dit qu'avec ses nouveaux missiles, il peut frapper en profondeur le territoire israélien. Or, et c'est le deuxième fait important, les soldats sont de moins en moins motivés pour aller se faire tirer comme des lapins par les hezbollahis. Troisième fait : l'évolution de la technologie. Le Moyen-Orient est devenu la zone d'expérimentation privilégiée des derniers gadgets de l'industrie militaire des grandes puissances. Des avions antiaériens, tous les derniers-nés de la technologie militaire y sont déployés. Avec une guérilla bien adaptée au terrain, Israël ne pourra plus gagner les guerres comme dans le passé, avec un minimum de pertes. D'où la tentation de Netanyahu de frapper le premier dès que certaines lignes rouges auront été franchies. Mais beaucoup de modérés à Tel Aviv pensent qu'il a tort. Israël a déjà suffisamment d'ennemis comme cela sur place pour se payer le luxe d'une croisade de déstabilisation régionale. Et pourtant, c'est le rêve d'un Lieberman (moitié parano, moitié schizo). Pour préserver cette accalmie précaire, Netanyahu devra jeter du lest (at least) afin qu'il ne « lost » pas, at « last ». Il ne pourra pas tenir longtemps et surtout compter indéfiniment sur les Yankees. Le temps joue contre lui... Il doit composer avec ses ennemis, car le crépuscule pointe à l'horizon et l'empire des ténèbres s'ouvre devant lui. Le problème palestinien reste donc toujours posé. Mais peut-il, et surtout veut-il, le résoudre ? J'en doute, et c'est là que réside le dilemme. Il est l'otage de son racisme et surtout de sa bêtise. Alors, « to beat or not to beat », that is the question !

