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Moyen Orient et Monde

Sarkozy veut relancer sa diplomatie en se débarrassant d’Alliot-Marie

France
OLJ
28/02/2011
Le président français Nicolas Sarkozy a tenté hier de relancer une diplomatie laissée sans voix par les révolutions arabes, avec un important remaniement de son gouvernement marqué par la démission forcée de sa chef de la diplomatie. Lors d'une allocution radiotélévisée, M. Sarkozy a annoncé la nomination d'Alain Juppé, jusqu'alors ministre de la Défense, au ministère des Affaires étrangères en remplacement de Michèle Alliot-Marie.
En fonctions seulement depuis la mi-novembre, Michèle Alliot-Marie, 64 ans, a fini par jeter l'éponge après avoir focalisé sur elle pendant plus d'un mois toutes les critiques contre la politique étrangère de la France, accusée d'être passive et attentiste face au mouvement de libération en Tunisie et en Égypte. « Bien qu'ayant le sentiment de n'avoir commis aucun manquement, j'ai (...) décidé de quitter mes fonctions de ministre des Affaires étrangères et européennes », a écrit Michèle Alliot-Marie dans une lettre remise en début d'après-midi à M. Sarkozy. Elle avait pourtant accumulé erreurs de jugement et maladresses, de ses vacances fin 2010 en Tunisie à une offre de coopération policière à l'ex-régime Ben Ali, le 11 janvier, trois jours avant la chute de l'ex-président tunisien.
Alain Juppé, 65 ans, a déjà été chef de la diplomatie entre 1993 et 1995. Il se positionne désormais comme le nouveau poids lourd du gouvernement dirigé par François Fillon. Certains commentateurs utilisaient même hier les termes de « vice-président » ou de « sauveur » de la politique extérieure française.
« Certains peuples arabes prennent leur destin en main » et « ces révolutions arabes ouvrent une ère nouvelle dans nos relations avec ces pays dont nous sommes si proches par l'histoire et la géographie », a déclaré M. Sarkozy pour justifier sa décision de remaniement ministériel, tout en qualifiant les révolutions dans les pays arabes « d'immense bouleversement ». Le changement dans les pays arabes « est historique » et « nous ne devons pas en avoir peur ». « Il porte en lui une formidable espérance car il s'est accompli au nom des valeurs qui nous sont les plus chères, celle des droits de l'homme et de la démocratie », a ajouté M. Sarkozy. Il a en outre estimé que le moment était « venu de refonder » l'Union pour la Méditerranée, dont il fut l'instigateur en 2008 mais qui a connu, depuis, une série de coups durs. L'Union pour la Méditerranée a surtout souffert de l'impasse dans les pourparlers de paix israélo-palestiniens.
M. Sarkozy a aussi nommé un sénateur et ex-ministre, Gérard Longuet, au ministère de la Défense, et remplacé aussi son ministre de l'Intérieur controversé, Brice Hortefeux, par son plus proche collaborateur, Claude Guéant. À l'approche de la présidentielle de mai 2012, celui-ci est chargé de gagner la bataille contre la criminalité et l'insécurité, enjeux électoraux primordiaux.
Avec ses déclarations et son remaniement gouvernemental, M. Sarkozy reconnaît de facto que la diplomatie française n'avait plus de cap. Au cours des derniers jours, de multiples groupes de diplomates anonymes se sont manifestés dans la presse pour dénoncer une absence de vision, un manque de moyens, ou « une peur du changement ».
Pour Nicolas Sarkozy, il devenait urgent de redresser la barre alors que la France assure la présidence en exercice du groupe des Huit pays les plus industrialisés (G8) et de son extension aux pays émergents, le G20. L'opposition socialiste a toutefois jugé que le départ de la chef de la diplomatie ne réglait « pas le problème » de la politique extérieure de la France, pointant la responsabilité du chef de l'État.
(Source : AFP)

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