« Les deux premières semaines, j'étais très bien traitée, raconte Grace, employée auprès d'une famille libanaise à Tyr. Tout s'est écroulé le jour où j'ai voulu contacter ma famille, aux Philippines. » « L'époux de ma patronne m'a demandé de payer la communication en nature. Chaque matin, il m'obligeait à le masser, pendant que son épouse dormait encore. C'était d'abord le dos, puis le corps entier, jusqu'au sexe », affirme-t-elle. « Il m'a même forcée à lui pratiquer des fellations, avoue-t-elle en larmes. J'ai bien essayé de refuser, mais il a tenté de m'étrangler. »
Grace raconte sa peur, ses pleurs, ses supplications, ses tentatives vaines d'informer sa patronne. « Elle m'a accusée de mentir. Elle m'a maltraitée et a menacé de me tuer. J'ai voulu appeler le bureau de recrutement, mais le couple m'en a empêchée », poursuit-elle, précisant que son employeur travaillait à domicile.
C'est son propre époux, alerté, qui a appelé l'agence depuis les Philippines. « Au départ, le responsable de l'agence ne m'a pas crue. C'est son épouse qui a réagi, lorsque mon mari a menacé de porter plainte », dit-elle. « Elle m'a alors encouragée à quitter le domicile de mon employeur pour me rendre à l'ambassade. »
Deux mois après son arrivée, Grace a pris la fuite, le 15 janvier dernier. Sans preuves des abus dont elle a été victime, elle n'a qu'une envie, celle de tourner la page et « d'avoir la paix ». Mais l'ambassade semble, elle, déterminée à réclamer justice pour la jeune femme.
Enfermée à clé nuit et jour
Arieza a vécu une autre forme de maltraitance : la violence physique et morale. Travaillant chez une famille à Achrafieh, ayant la cuisine pour chambre à coucher, elle indique que sa patronne était très stricte. « Elle trouvait toujours quelque chose à redire concernant mon travail ou mon attitude », se souvient-elle. « La première fois qu'elle m'a giflée et qu'elle m'a tiré les cheveux, je séchais mes cheveux au balcon. Elle m'a accusée d'avoir un petit ami. » La jeune femme raconte le second litige entre elle et sa patronne concernant le téléphone portable. « Elle m'autorisait à avoir une ligne téléphonique philippine, mais pas de puce locale. Car elle refusait que j'aie des contacts avec des ressortissantes de mon pays », raconte-t-elle.
À la moindre erreur, Arieza recevait des gifles et des coups, comme lorsqu'elle a utilisé de l'eau chaude pour faire une lessive. « Ce jour-là, ma patronne m'a aussi menacée de me faire payer le prix du gaz. » Arieza a tenu le coup un an et demi, enfermée à clé dans l'appartement, nuit et jour, jusqu'au jour où son employeur s'est mis de la partie et lui a « donné des coups de pieds à la hanche pour avoir fait briller son pantalon en le repassant ». « Il m'a poussée contre le mur, se souvient-elle. Je me suis brûlé la main, car j'étais en train de repasser. Au lieu de prendre ma défense, ma patronne m'a tiré l'oreille. C'en était trop. »
Une nuit de janvier 2011, profitant de la distraction de ses patrons qui avaient oublié de fermer à clé la porte d'entrée, la jeune femme a pris la fuite pour rejoindre son ambassade. Elle espère aujourd'hui rentrer chez elle, le plus rapidement possible.
Comme près de 45 de leurs compatriotes qui ont trouvé refuge dans les locaux de l'ambassade, Grace et Arieza attendront quelques mois le feu vert des autorités libanaises avant leur rapatriement aux Philippines. Elles ne sont pas près d'oublier leur
cauchemar...

