- Qui a écrit : « La Libye est un allié important dans la guerre contre le terrorisme (...). Parfois, les ennemis font d'excellents amis » ?
Réponse : le sénateur Joseph I. Lieberman (indépendant, Connecticut).
- Qui a brossé ce saisissant portrait du guide de la Jamahiriya : « Un dévoreur vorace d'informations, un homme d'humeur changeante qui évite de regarder son interlocuteur dans les yeux et se réfugie parfois dans d'interminables silences (...). Il a une solution au grand problème régional : la création d'un seul État qui prendrait le nom d'Isratine » ?
Réponse : les diplomates de l'ambassade US à Tripoli, à la veille d'une visite en 2008 de Condoleezza Rice, la première depuis 1953 d'un officiel américain de haut rang.
- Qui, au lendemain du Nouvel An 2009, a versé un million de dollars à Mariah Carey pour quatre chansons devant un groupe d'invités dans un hôtel de l'île antillaise de Saint-Barthélemy ?
Réponse : Mou'tassem, troisième fils de Mouammar Kadhafi - et non pas un autre fils, Seif el-Islam, lequel s'était empressé de nier être l'auteur de cette largesse, dictée semble-t-il par un profond amour de la culture.
Et l'on continuera longtemps encore à s'interroger sur les raisons pour lesquelles les dictatures vieillissent mal, pourquoi l'Occident n'est jamais parvenu à prévoir les événements dans cette partie du monde - « East is East and West is West and ne'er the twain shall meet », écrivait jadis Rudyard Kipling -, comment les idées reçues, qui paraissent si évidentes de prime abord, ne sont jamais les bonnes, ni pourquoi les révolutions croient pouvoir se purifier en dévorant leurs enfants.
L'ébullition qui s'est emparée ces jours-ci d'une population libyenne que l'on croyait imperméable à tout ce qui ne figure pas dans le Livre vert, parvenant à éclipser les bouleversements survenus en Tunisie puis en Égypte, dépasse tout entendement. Une superficie de 1 770 000 kilomètres carrés et une population de 6 500 000 âmes, dont une majorité de jeunes, un revenu par tête d'habitant de 12 000 dollars mais des réserves pétrolières estimées à 39 milliards de barils, un taux d'alphabétisation de 88 pour cent... Sur tout cela plane l'ombre d'un leader de 68 ans, dont le règne sans partage remonte à 1969, qui prétendait hier encore donner à ses pairs arabes des leçons de bonne gouvernance et qui s'arroge désormais le droit de pourchasser les protestataires « jusque dans leur repaire », convaincu d'être en mesure de jouer les tribus l'une contre l'autre et d'aller jusqu'à l'éclatement du pays. De plus, ne vient-il pas de se proclamer « Mouammar Kadhafi dans l'histoire, la résistance, la liberté, la gloire, la révolution » ?
L'Est, en début de semaine, avec sa capitale, la turbulente Benghazi autant que la placide Tobrouk (l'Antipurgos des Anciens), paraissait s'être détaché de Tripoli la capitale, repliée sur elle-même en attendant des ralliements de plus en plus problématiques. Désormais, c'est presque la moitié de la côte méditerranéenne, longue d'un bon millier de kilomètres, qui est contrôlée par les adversaires du pouvoir central. Au fil des heures, le tableau prend forme, ressemblant presque point par point à la situation antérieure aux années trente, quand existaient trois entités distinctes : la Tripolitaine, le Fezzan et la Cyrénaïque. Il est évident que le bouillant « aqid » (colonel) table sur l'absence, chez ses adversaires, d'une organisation susceptible de prendre le commandement du mouvement et de planifier la conquête du reste du pays. De plus, la coupure est nette entre la zone orientale et le cœur de la Jamahiriya, protégé par les séides du régime et par des mercenaires importés en catastrophe d'Afrique.
Le facteur tribal est moins déterminant qu'on cherche à le faire croire. C'est que, le temps aidant, l'exode rural a commencé par s'accélérer les premières quinze années qui ont suivi 1969 : de 50 pour cent à cette date, la population des cités est passée à un taux de 75 pour cent avant que le mouvement ne se ralentisse progressivement, le pourcentage entre 1985 et 2005 n'atteignant pas plus de 77 pour cent, à en croire les chiffres de la Banque mondiale. Cet élément ainsi que les nets progrès accomplis dans le domaine de l'enseignement font que l'appartenance clanique ne jouait plus le rôle qui fut le sien jusqu'à l'élimination de la royauté. Ce n'est plus le cas. Au fur et à mesure que pâlissait l'aura du guide, le tribalisme effectuait, sous son impulsion, un retour en force, cette fois au sein de la caste militaire, où l'on se remettait à parler des Kadhafat, Mazariha, Warfalla et autre Zintan. Les Zuwayya aussi refont surface depuis qu'ils ont menacé d'interrompre les exportations de pétrole, un risque qui a fait bondir les cours sur les marchés.
Alors, ennemi ou ami de l'Occident, recruteur ou chasseur de terroristes, père nourricier de l'économie mondiale ou son affameur, Mouammar Kadhafi est-il encore l' « habile manœuvrier » décrit par l'ambassadeur américain Gene A. Cretz dans un rapport adressé le 28 janvier 2009 au département d'État et révélé par WikiLeaks ? Il est permis d'en douter en ces heures où il donne la nette impression d'avoir perdu son toucher.


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