Après la Finlande et l'Allemagne, la France et le Luxembourg sont montés au créneau hier pour demander qu'on sévisse à l'encontre du numéro un libyen et des auteurs de la sanglante répression dans le pays, qui a fait plusieurs centaines de morts. Le président français Nicolas Sarkozy s'est prononcé en faveur de « sanctions concrètes » de l'UE, ciblées contre des caciques du régime, et a souhaité la suspension des relations économiques et financières avec Tripoli.
« C'est un homme dérangé, un homme malade, qui a parlé, mais aussi un homme dangereux », a jugé le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn, pour qui les sanctions de l'UE sont imminentes.
L'Espagne et l'Allemagne ont déclaré hier que le colonel Kadhafi, au pouvoir depuis près de 42 ans, n'était plus un interlocuteur légitime pour l'Europe.
La Grande-Bretagne souhaite que le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution condamnant le recours à la force par le régime libyen contre les manifestants, a déclaré pour sa part le Premier ministre britannique, David Cameron.
Même le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini a haussé le ton, après n'avoir cessé de plaider en faveur d'une extrême retenue face à la Libye du fait du risque d'un afflux d'immigrés clandestins sur les côtes de son pays. Il y a « une limite » au-delà de laquelle on ne peut « rester silencieux », a-t-il dit hier.
Plusieurs idées de sanctions étaient sur la table des ambassadeurs permanents de l'UE à Bruxelles hier après-midi, a indiqué la porte-parole de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, Maja Kocijancik. Outre un gel d'avoirs libyens et des interdictions de visa à l'encontre du clan Kadhafi, l'Europe dispose d'un levier potentiel autrement plus important : l'arrêt de ses importations d'hydrocarbures en provenance de Libye. Les livraisons à l'UE représentent une part importante du produit intérieur brut (PIB) libyen, alors qu'à l'inverse elles pèsent peu dans les importations de l'Europe, selon la Commission européenne. Les exportations d'armes européennes vers la Libye sont elles aussi suspendues, a souligné Mme Kocijancik.
Pour leur part, les États-Unis envisagent « toute une gamme d'options » pour faire face aux violences en Libye, et les « sanctions » en font partie, a déclaré le porte-parole du département d'État.
En outre, l'Union africaine (UA) a condamné dans un communiqué l' « usage disproportionné de la force contre les civils » en Libye et déploré les pertes en vies humaines.
Seul le Premier ministre du Qatar a déclaré que l'émirat ne voulait pas que la Libye soit isolée, mais a réclamé l'arrêt des violences dans ce pays en proie des manifestations durement réprimées.
Parallèlement, de nombreux pays dans le monde évacuaient hier, dans des conditions difficiles, les dizaines de milliers de leurs ressortissants travaillant en Libye, pris au piège des violences.
En Asie, les autorités se préparaient à mettre en place de gigantesques opérations d'évacuation pour rapatrier 100 000 travailleurs en dépit du chaos que traverse le régime de Mouammar Kadhafi. La Chine a entamé hier son plan d'évacuation pour ses 30 000 ressortissants, dont de nombreux ingénieurs travaillant dans des projets pétroliers, ferroviaires ou dans le secteur des télécommunications.
L'UE a par ailleurs annoncé qu'il restait 10 000 de ses ressortissants en Libye et qu'elle mobilisait des moyens pour être en mesure de les évacuer, y compris par voie de mer, au cours des prochaines heures et prochains jours. De nombreux pays occidentaux poursuivaient ainsi leur processus de rapatriement. Les opérations de secours pourraient toutefois être fortement perturbées, la compagnie maritime française CMA-CGM ayant annoncé que l'ensemble des ports et terminaux étaient paralysés en Libye.
La situation à l'aéroport de Tripoli était en outre « chaotique », des passagers se battant pour monter dans les avions, selon le témoignage du commandant d'un avion maltais, Philip Apap Bologna.
(Sources : agences)

