Face à la répression sanglante des manifestations, des diplomates libyens en poste à l'étranger ont commencé à faire défection en Inde, en Chine et auprès de la Ligue arabe./
Depuis moins d'une semaine, la Libye est le théâtre d'une répression très violente critiquée par les États-Unis, les Européens et l'ONU. Le bilan des manifestations ne cesse de s'alourdir et dépasse désormais les 230 morts en moins d'une semaine, selon Human Rights Watch (HRW).
Alors que le colonel Mouammar Kadhafi - qui exerce depuis 42 ans un pouvoir sans partage - reste silencieux, son fils, Seïf Al-Islam, a estimé dimanche soir que le pays était au bord de la "guerre civile" et a avancé le chiffre de 84 morts.
À Benghazi, deuxième ville du pays et centre de la révolte depuis six jours, 60 personnes ont été tuées pour la seule journée de dimanche, selon HRW. Mais les manifestations ont aussi gagné la capitale dimanche.
Selon des témoins contactés lundi par l'AFP, le siège d'une télévision et d'une radio publiques ont ainsi été saccagés dans la soirée par des manifestants à Tripoli et des postes de police et des locaux des comités révolutionnaires ont été incendiés.
La "salle du peuple", un bâtiment situé près du centre-ville et où sont souvent organisées des manifestations et des réunions officielles, a été également incendiée, selon un Tripolitain résidant à proximité.
Des tirs nourris ont été entendus dans plusieurs quartiers de la capitale et des affrontements entre opposants et sympathisants du numéro un libyen ont notamment eu lieu sur la Place verte de Tripoli, selon des témoins.
Face à la répression sanglante des manifestations, des diplomates libyens en poste à l'étranger ont commencé à faire défection en Inde, en Chine et auprès de la Ligue arabe.
Les révoltes populaires en Tunisie et en Égypte vont avoir une "influence énorme" sur le monde arabe, a par ailleurs reconnu l'Égyptien Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe. "Des vents de changement soufflent sur le monde arabe et le Proche-Orient. L'influence de la grande révolution égyptienne et de la révolution initiale en Tunisie va être énorme", a déclaré M. Moussa.
Plusieurs pays occidentaux se préparaient à évacuer leurs ressortissants. "Nous sommes extrêmement préoccupés, nous coordonnons l'évacuation éventuelle des citoyens de l'Union européenne de Libye, en particulier de Benghazi", a déclaré lundi la ministre espagnole des Affaires étrangères Trinidad Jimenez, en marge d'une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles.
Des entreprises, comme le géant pétrolier BP, le groupe italien d'aéronautique et de défense Finmeccanica et la compagnie pétrolière norvégienne Statoil, ont elles commencé à rapatrier leurs salariés.
Conséquence directe de la situation en Libye - membre de l'Opep et 4e producteur de pétrole en Afrique -, le pétrole a grimpé lundi au-dessus de 105 dollars le baril à Londres, un niveau plus vu depuis fin septembre 2008.
Au Yémen, la rue a également donné de la voix avec le début d'un sit-in pour exiger le départ du président Ali Abdallah Saleh.
Des milliers de manifestants - étudiants mais également des députés de l'opposition et des militants - se sont massés sur une place devant l'Université de Sanaa, foyer de la contestation dans la capitale, qu'ils ont rebaptisée "place Tahrir" (place de la Liberté), en référence au soulèvement en Égypte.
Ce sit-in intervient au lendemain de la décision de l'opposition parlementaire de se joindre au mouvement de contestation du régime, mené jusqu'à présent principalement par des étudiants.
Lundi matin, un manifestant a été tué par les forces de sécurité à Aden, portant à 12 le nombre de morts dans cette ville en moins d'une semaine.
M. Saleh, au pouvoir depuis 32 ans dans ce pays pauvre de la péninsule arabique, a déclaré qu'il ne partirait "que par les urnes".
Pour leur part, les ulémas du Yémen ont prohibé le recours à la force contre les manifestants, dans un communiqué publié à l'issue d'une réunion extraordinaire.
La contestation prend aussi de l'ampleur à Manama, la capitale du petit royaume de Bahreïn stratégique pour la Ve Flotte américaine.
L'opposant chiite en exil Hassan Machaimaa, actuellement jugé par contumace pour terrorisme, a annoncé à l'AFP depuis Londres qu'il rentrerait mardi à Bahreïn.
Les protestataires ont passé une nouvelle nuit sur la place de la Perle, dans le centre de Manama, reconquise après le retrait samedi de l'armée et de la police.


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