Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde

À Tripoli, un régime usé qui mise sur la force

Ex-Etat paria devenu incontournable, la Libye du colonel Kadhafi est en proie à la contestation sans précédent d'un pouvoir usé mais fort de ses ressources pétrolières, alors que des soulèvements populaires viennent d'abattre les régimes autoritaires voisins en Tunisie et en Égypte.

Au pouvoir depuis 1969, Mouammar Kadhafi est le plus ancien des dictateurs arabes./

"Les Libyens ont vécu en temps réel les événements qui se sont déroulés à leurs frontières. Il ne faut pas oublier qu'il y a des milliers de Tunisiens qui travaillent en Libye", explique Denis Bauchard, conseiller à l'Institut français des relations internationales (IFRI) et ancien diplomate français.
Régimes musclés, corruption massive, élections truquées : les trois pays avaient beaucoup en commun jusqu'à la chute de Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier et celle de Hosni Moubarak le 11 février.
"Au pouvoir depuis 1969, Mouammar Kadhafi est le plus ancien des dictateurs arabes", rappelle le chercheur.
"Guide de la grande révolution", "Roi des rois traditionnels d'Afrique", le colonel Kadhafi, 68 ans, mis au ban de la communauté internationale pour son soutien au terrorisme dans les années 1980, est redevenu fréquentable en se présentant comme un rempart contre l'islamisme et l'immigration clandestine.
Mais si le dictateur mégalomane, protégé par ses Amazones, garde personnelle constituée de femmes, qui ne se déplace pas à l'étranger sans sa tente bédouine, a survécu aux missiles américains en 1986, c'est dans les rues de son propre pays que le danger le guette aujourd'hui.
"Les Libyens sont usés par 42 années de révolution qui ne leur ont jamais apporté le bien-être. Ils vivent dans un émirat pétrolier sans bénéficier des infrastructures, de la santé, de l'éducation et des perspectives d'avenir qu'ils devraient avoir. Ils n'ont aucune liberté d'expression", souligne Antoine Basbous, de l'Observatoire des pays arabes.
"Kadhafi a financé toutes les révolutions, dilapidé l'argent du pays en cherchant à fédérer autour de lui (échec des unions avec Égypte, Syrie, Tunisie, Tchad, Maroc, ndlr), à se voir reconnu comme le grand roi d'Afrique", avec son projet fédéral des "États-Unis d'Afrique", poursuit-il.
"Et il s'est racheté à coups de milliards après les attentats", versant 2,7 milliards de dollars de compensations aux victimes de l'attentat de Lockerbie (270 morts dans l'explosion en vol d'un Boeing en Écosse en 1988), juge Antoine Basbous.
Face à la colère de la population, le régime dispose il est vrai d'une marge de manoeuvre financière, fondée sur les revenus du pétrole, qui font de la Libye, grande comme trois fois la France mais désertique à 93% et habitée par seulement 6,3 millions d'habitants, un des pays les plus riches d'Afrique.
Il a d'ailleurs déjà annoncé des mesures de subventions pour des produits de première nécessité.
"Kadhafi dispose d'une cagnotte pétrolière considérable, de l'ordre de 40 à 50 milliards de dollars par an, qui lui permet de désamorcer des troubles sociaux à coup de subventions. Mais pour le moment, il a montré que la seule réponse à la contestation était une répression violente", remarque Denis Bauchard, alors que l'organisation Human Rights Watch fait état de 84 morts depuis mardi.
Jusqu'à présent, l'armée, qui a joué un rôle clé dans les "révolutions" tunisienne et égyptienne, n'est pas intervenue en Libye. Aux côtés des forces de l'ordre, le régime a placé en première ligne les "comités révolutionnaires", piliers du système.
Mais avec un Kadhafi "fortement déstabilisé", selon Antoine Basbous, et si la révolte qui a débuté à Benghazi, deuxième ville du pays en Cyrénaïque, foyer traditionnel de contestation et de troubles islamistes, s'étend dans les faubourgs de la capitale, l'attitude de l'armée (76 000 hommes) peut faire la différence.
"Aujourd'hui le seuil de chute d'un régime est établi à 300 morts. Est-il prêt à aller jusque-là ou au-delà?", se demande Antoine Basbous.
"Les Libyens ont vécu en temps réel les événements qui se sont déroulés à leurs frontières. Il ne faut pas oublier qu'il y a des milliers de Tunisiens qui travaillent en Libye", explique Denis Bauchard, conseiller à l'Institut français des relations internationales (IFRI) et ancien diplomate français.Régimes musclés, corruption massive, élections truquées : les trois pays avaient beaucoup en commun jusqu'à la chute de Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier et celle de Hosni Moubarak le 11 février."Au pouvoir depuis 1969, Mouammar Kadhafi est le plus ancien des dictateurs arabes", rappelle le chercheur."Guide de la grande révolution", "Roi des rois traditionnels d'Afrique", le colonel Kadhafi, 68 ans, mis au ban de la communauté internationale pour son soutien au terrorisme dans les années 1980, est redevenu...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut