L’armée avait bloqué l’accès à la place de la Perle, hier à Manama, avant de tirer sur la foule qui tentait de s’y rendre. Joseph Eid/AFP
Les tirs sont survenus alors que le prince héritier, Salman ben Hamad al-Khalifa, s'exprimait sur la télévision d'État pour promettre un dialogue avec l'opposition une fois le calme revenu. « Je ne fais aucune différence entre un Bahreïni et un autre, et ce qui se passe actuellement est inacceptable », a déclaré le prince Salman. « Bahreïn n'a jamais été un État policier », a-t-il ajouté, soulignant : « Je ne mens pas. Tous ces gens sont mes concitoyens et la phase que nous traversons est délicate et requiert qu'on soit tous responsables. » « Il faut que notre dialogue se passe dans un calme global », a-t-il affirmé, assurant « qu'aucun sujet ne peut être exclu de ce dialogue ». « Bahreïn connaît aujourd'hui un état de division, et c'est inacceptable », a encore martelé le prince, notant que de « nombreux pays ont connu un tel état mais que leurs sages ont fini par dialoguer de tout dans le calme ». Le roi, Hamad ben Issa al-Khalifa, a ensuite décidé de charger le prince héritier du « dialogue avec toutes les parties sans exception », y compris l'opposition, en lui accordant pour cela « les prérogatives nécessaires », selon la télévision d'État. Par une coopération « sincère », « Bahreïn s'en sortira plus fort », a-t-il assuré.
Bahreïn, un petit royaume peuplé majoritairement de chiites, est gouverné depuis le XVIIIe siècle par une dynastie sunnite.
Alors que les chiites enterraient hier quatre des leurs tués lors de la répression d'un sit-in réclamant des réformes démocratiques, réprimé par la force jeudi avant l'aube, des milliers de sunnites ont défilé dans Manama pour exprimer leur soutien au roi Hamad ben Salman al-Khalifa. L'opposition a réclamé la démission du gouvernement après la dispersion par la force d'un rassemblement pacifique, a déclaré jeudi à l'AFP le chef du mouvement chiite al-Wefaq, cheikh Ali Salmane. Le Premier ministre, cheikh Khalifa ben Salman al-Khalifa, oncle du roi, est à ce poste depuis l'indépendance de Bahreïn en 1971. En raison des tensions persistantes, les groupes de l'opposition ont décidé de reporter à mardi une marche prévue initialement aujourd'hui. À l'initiative de sept groupes de l'opposition, cette marche devait converger vers la place de la Perle.
Obama condamne
Bahreïn est d'une importance stratégique pour Washington, qui y a installé le quartier général de sa Ve Flotte, chargée de surveiller les routes maritimes empruntées par les pétroliers, de soutenir les opérations en Afghanistan et de contrer une éventuelle menace iranienne. Le président américain Barack Obama a « condamné » le recours à la violence contre les manifestants à Bahreïn, de même qu'en Libye et au Yémen, et appelé au respect de leur liberté d'expression. « Les États-Unis exhortent les gouvernements de Bahreïn, de la Libye et du Yémen à faire preuve de retenue face aux manifestants pacifiques et à respecter les droits de leurs peuples », a-t-il dit.


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