« Il faut rompre avec les nationalisations, qui étaient nécessaires pendant la crise, mais seulement pendant la crise », a affirmé hier Michael Fuchs, porte-parole des Unions chrétiennes (CDU/CSU) de la chancelière Angela Merkel, au quotidien Berliner Zeitung. Et, selon lui, EADS ne justifie pas de rompre avec ce principe.
Cette mise au point est motivée par des informations de presse selon lesquelles le constructeur automobile Daimler, qui détient 15 % du capital d'EADS, a proposé à l'État fédéral allemand la moitié de sa part.
De quoi remettre en jeu l'équilibre franco-allemand inscrit dans les statuts du groupe : Daimler contrôle 22,5 % des droits de vote d'EADS et 15 % du capital, le solde étant détenu par des investisseurs privés et publics régionaux en Allemagne. Côté français, le groupe Lagardère et l'État contrôlent aussi 22,5 %.
Officiellement, Daimler se contente d'indiquer qu'il faudra « discuter » de l'actionnariat d'EADS.
Les rumeurs d'un désengagement de l'industriel allemand, tout comme d'ailleurs de son pendant français Lagardère, sont récurrentes depuis des années, mais selon certains analystes les jeux sont faits.
Le retrait de Daimler se fera « dans l'année », estime Jürgen Pieper, de Bank Metzler, qui imagine bien le constructeur vendre « la moitié de ses parts maintenant et la dernière moitié l'an prochain ».
« Les actionnaires ne comprennent pas pourquoi Daimler garde cette participation », affirme l'analyste, pour qui le groupe souhaiterait plutôt investir dans les nouvelles technologies de l'automobile.
Franck Schwope, de NordLB, rappelle, lui, que le constructeur a fait « beaucoup de tri » ces dernières années, se séparant notamment de Chrysler et de Mitsubishi Motors. Et réduisant déjà sa part dans EADS.
Berlin a peu goûté d'être « mis sous pression », selon une source gouvernementale citée vendredi par le quotidien Süddeutsche Zeitung. Mme Merkel a convoqué plusieurs ministres le 23 février pour évoquer le sujet.
« La situation est difficile » pour le gouvernement allemand, juge pour l'AFP Christian Mölling, spécialiste des questions de sécurité internationale de l'institut SWP.
« En Allemagne, on considère que l'État est un mauvais entrepreneur. En France et en Espagne, c'est différent », juge-t-il pour expliquer les réticences de Berlin à se substituer à Daimler.
« Mais les contribuables allemands ont beaucoup payé pour créer EADS, et ensuite pour financer des commandes militaires, le gouvernement ne peut pas laisser tomber l'entreprise », sans compter que l'Allemagne tient « à maintenir les structures industrielles » liées à EADS sur son sol, fait valoir M. Mölling.
Il juge que Berlin pourrait décider de faire reprendre la part de Daimler par sa banque d'investissement publique KfW, ce qui serait une nationalisation partielle déguisée.
Car l'Allemagne manque de plan B : le scénario un temps évoqué par la presse de l'entrée au capital d'EADS de sous-traitants semble abandonné, faute de ressources financières suffisantes de ces entreprises.
De plus EADS se retrouverait alors « avec un actionnariat éclaté rendant la prise de décisions encore plus difficile », au sein d'un groupe à la gestion déjà rendue chaotique par les interventions des gouvernements, selon M. Mölling.


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