Derek Lam automne-hiver 2011-2012. Photo Pixelformula
Alors qu'il a encore neigé ce week-end sur la ville, qui a battu en janvier des records de précipitations neigeuses inégalés depuis 125 ans, fourrure et doudounes ont envahi les collections, de Calvin Klein-hommes à la Française Catherine Malandrino ou l'Américano-Thaïlandais Thakoon Panichgul.
Samedi dernier, les mannequins très « guerrières » d'Alexander Wang avaient donné le ton : leurs ponchos noirs étaient matelassés et des jambières couvraient bas et collants. Et le froid s'est tellement imposé cet hiver que certaines tenues de soirée commencent par du cachemire pour tenir chaud au cœur et se terminent en lambeaux de satin qui découvrent les jambes, séduction oblige.
« J'aime mélanger le tricot, le cuir et la soie, j'aime que des pulls évoluent en robes chatoyantes, et j'ai aimé cette saison mélanger tous ces genres de manteaux, les anoraks, les parkas, les capes », a déclaré Alexander Wang aux journalistes en coulisse après le défilé.
La tendance s'est encore accentuée dimanche. Dès le matin, Derek Lam montrait des manteaux de flanelle aux manches en fourrure, omniprésente cette saison, qu'il s'agisse d'astrakan, de vison, de renard ou de poulain.
Lui emboîtant le pas, Calvin Klein a présenté une collection homme qui devrait permettre aux jeunes financiers de Wall Street d'affronter le quartier le plus venteux de New York sans crainte : doudounes bleu électrique à porter sur son costume, manteaux épais en cuir et fourrure, gros blousons d'aviateurs, la panoplie est là pour lutter contre le froid, même les costumes-cravate sont plus amples et rembourrés aux épaules.
« Après presque une décennie de costumes-alumettes, le temps est venu d'introduire de nouvelles formes dans l'habillement masculin », écrit le New York Times. Et le directeur artistique de la ligne homme de CK, Italo Zucchelli, de renchérir : « Je suis intéressé par l'idée de la protection » du froid.
Chez Catherine Malandrino, les désormais traditionnelles nostalgies de l'Hexagone sont là, et la collection oscille entre le romantisme et l'excentricité de la Rive Gauche à Paris et le rythme new-yorkais. Mais la styliste française, installée à New York depuis une dizaine d'années, n'oublie pas non plus qu'il fait froid, et la fourrure est là pour parer au plus pressé : dans des manteaux en cuir avec appliques de vison, des vestes ceinturées en poulain aux cols et poignets en renard, ou dans des boléros en bandes transversales de chinchilla.
Chez Thakoon, un des enfants chéris de la nouvelle vague américaine, les doudounes ont été soigneusement revisitées et composent l'essentiel de la garde-robe, puisqu'il ne s'agit plus de pardessus, mais de robes en duvet, cintrées, fraîches, traitées comme s'il s'agissait de vivre en hiver comme en été.
La robe à l'imprimé écossais saumon et bleu lavande peut être portée en hiver, elle est matelassée. Comme l'est la tenue chinoise traditionnelle fendue sur le côté, moulante et à petit col montant, que le créateur a recréée en bronze et or, portée avec d'impeccables petites vestes ou boléros fleuris.
Dans un hiver aussi froid, Donna Karan a elle aussi pensé essentiellement aux manteaux, qu'elle a voulus très graphiques, noir et blanc, assez sévères, mais accompagnant des mini-robes noires aux cols Claudine.
Marc Jacobs n'est plus un enfant, mais il est toujours terrible
Lundi 14 février en soirée, embouteillages de limousines, people, gardes du corps, batailles à l'entrée : à presque 48 ans, le créateur américain Marc Jacobs n'est plus un enfant, mais il est toujours terrible. Le mélange savant de talent, d'originalité et d'humour du chouchou des fashionistas a encore opéré à New York, dans l'ancienne armurerie du sud de Manhattan où il organise ses défilés, loin du Lincoln Center, centre officiel de la Semaine de la mode automne-hiver 2011.
Marc Jacobs se moque de la tendance, qui veut que cette saison new-yorkaise soit dominée par la fourrure, les épaisseurs et le rouge. Dans un décor tout en miroirs, où plus d'un spectateur a chuté en ratant une marche, il a fait défiler une soixantaine d'extraterrestres superbement habillées, dans des tailleurs moulants et impeccables, aux jupes crayon juste au-dessous du genou.
À pois, scintillant, noir et blanc ou marron glacé, le tout très « années 40 », mais venu de la planète Mars avec une rage de dents en prime, à moins que les jugulaires - en cachemire - n'aient simplement été destinées à maintenir en place les tout petits bérets à pompon que portaient crânement les mannequins. Les bottes en vinyle à semelles compensées, elles, étaient sans doute destinées à aider les belles à fouler des sols nouveaux.
Iconoclaste, le créateur a joué avec les légendes accompagnant la description des modèles du défilé : « pantalon en caoutchouc », « robe en caoutchouc ressemblant à des paillettes », « béret en vinyle sur jugulaire en cachemire », « paillettes ressemblant à de la fourrure », « chemise en cellophane », le délire était au rendez-vous des rédactrices de mode, un peu interloquées et qui mettaient plus de temps que d'ordinaire à réagir sur les blogs, les sites ou les réseaux sociaux.
À moins que la barrière n'ait été à nouveau érigée par l'entourage médiatique du créateur, qui semble refuser pour l'instant la diffusion en temps réel de ses défilés, contrevenant à une tendance croissante à New York. Des images étaient cependant annoncées sur le site Style.com.
Moins originale, la journée précédant le défilé de Marc Jacobs a tout de même été marquée par des collections impeccables et inspirées. Le Brésilien Carlos Miele, toujours plus perfectionniste, était dans la ligne générale avec beaucoup de fourrures, avec ou sans manches, en capes ou en manteaux, ceinturées ou non, accompagnées de cagoules de soie noire.
La Philippine Monique Lhuillier a présenté avec succès une collection visiblement destinée aux Oscars, avec de somptueuses robes de dentelle noire, à l'empiècement et aux manches transparentes, qui ont conquis. La collection comporte aussi des pantalons cigarette, des chemisiers rouge feu, des robes en plumes ceinturées de noir, la panoplie nécessaire pour se pavaner en temps voulu.
Donna Karan est également revenue à la charge lundi, avec une collection parallèle très élégante où le beige dominait. Couvrant leurs coudes de fourrure, les mannequins avaient également la tête ornée de mantilles des temps modernes, mi-burka, mi-voile de mariée.

