Les souverainistes ne participeront pas au gouvernement. Leurs pourparlers avec le président Nagib Mikati n'ont rien donné. Et ils n'ont pu en obtenir, à les en croire, aucune réponse claire concernant le Tribunal spécial pour le Liban chargé de découvrir la vérité sur l'assassinat du président Rafic Hariri et de ses compagnons de destin. Comme, il ne faut pas l'oublier, sur la kyrielle d'attentats à la bombe ou de meurtres qui a précédé et suivi ce crime, jusqu'en 2008.
Les libanistes ajoutent qu'ils n'ont pas été en mesure, non plus, de décrocher des assurances au sujet de deux éléments capitaux en termes d'État souverain, les armes miliciennes, c'est-à-dire principalement du Hezbollah, et les bases palestiniennes, d'obédience syrienne, hors des camps.
C'est naturellement au président du Conseil sortant qu'est revenu le droit, lors du rassemblement du BIEL, de tracer la route à suivre. En s'inspirant largement aussi bien des recommandations des autres pôles du 14 Mars que de l'autocritique pointue des orateurs concernant les erreurs de trajectoire commises depuis la révolution du Cèdre. Le discours de Hariri lui-même souligne la nécessité d'une action de redressement. Fondée sur trois principes de protection de la Constitution, du TSL et de la vie publique. Avec appel à une lutte de résistance « pour empêcher les chemises noires de parachever leur putsch. » Et de promettre que « les velléités de rétablir la tutelle (syrienne) vont susciter une infinité de révolutions du Cèdre, le mal devant être extirpé à la racine. » Virulent, Hariri lance « un non définitif à la falsification de la volonté des électeurs, à la trahison de l'esprit de la coexistence, à la cession de la décision nationale. Et non à la tutelle interne armée. » Il précise cependant que le 14 Mars n'aura jamais recours à des moyens illégaux ou violents et que son opposition s'exprimera uniquement par les voies constitutionnelles démocratiques.
Les dés sont donc jetés. Mais, à dire vrai, on savait à quoi s'en tenir dès la clôture du rassemblement sunnite à Dar el-Fatwa. Le manifeste publié alors, et approuvé par le président du Conseil désigné, était clairement souverainiste. En insistant sur l'appui à la justice internationale pour identifier les coupables de l'assassinat du président Rafic Hariri et des attentats qui ont fauché tant de victimes innocentes. Et en condamnant l'armement illégal dirigé contre la poitrine des Libanais.
Au stade actuel, Nagib Mikati est dans une position difficile, sinon en porte-à-faux. Il doit, d'abord, tenter de tenir compte des déclarations de Damas dont le ministre des AE, Walid Moallem, prône un nouveau cabinet libanais d'union. Premier écueil de taille après l'échec de ses négociations avec le 14 Mars. Il doit ensuite donner un sens concret à son approbation du manifeste de Dar el-Fatwa. Et c'est là le plus délicat : il ne peut pas s'engager à soutenir à fond le TSL, dans le cadre de sa future déclaration ministérielle ; tout comme il ne peut pas se dresser ouvertement contre le Hezbollah à propos de son armement. Mais il ne peut pas, non plus, devenir le féal docile du Hezbollah. On est donc curieux de voir comment il va s'en sortir.

