Mahmoud Wagdy, nommé par M. Moubarak dans les premiers jours de la contestation.
Certains agents de police affectés à la circulation ont certes fait leur retour dans les rues du Caire. Mais d'importantes forces de police manquent toujours à l'appel. Et l'objectif assigné n'est pas simple à atteindre. Il va falloir d'abord remettre en état les nombreux commissariats et postes de police détruits lors des dix-huit journées révolutionnaires qui ont eu raison de Hosni Moubarak. Il faudra aussi rétablir les liens entre la population égyptienne et sa police. Les forces du ministère de l'Intérieur, dont les effectifs dépasseraient le million d'hommes, ont concentré la colère et la haine des manifestants. Ce sont les policiers qui ont durement réprimé les premiers jours de la contestation (l'ONU parle d'au moins 300 morts). Ce sont eux aussi qui ont été pendant des années l'instrument de la répression au service du régime.
Il faudra enfin régler le malaise social de policiers qui, à l'image d'autres catégories professionnelles, ont entamé un mouvement de grève. Hier, plusieurs centaines d'entre eux ont manifesté près du ministère de l'Intérieur pour réclamer une augmentation de leurs salaires. Des incidents ont eu lieu avec les soldats présents, qui ont tiré des coups de semonce en l'air, et un policier a eu des dents cassées dans les échauffourées.
À présent que leurs hauts dirigeants ont quitté la scène, les policiers craignent aussi de devenir des boucs émissaires. « Nous n'avons pas de droits, pas de primes, rien. Nous ne sommes pas traités comme des êtres humains. Nous travaillons douze heures ou vingt-quatre heures d'affilée et si cela ne nous plaît pas, on passe en procès », se lamente Yasser Ferghali. « Je travaille depuis douze ans et mon salaire est de 678 livres (85 euros) », déplore Ayman, un de ses collègues. « Que voulez-vous qu'on fasse ? Ce type (l'ancien ministre de l'Intérieur, Habib al-Adli) nous a appris à être des lâches. »
Habib al-Adli dirigeait le ministère de l'Intérieur depuis treize ans. Sa tête a été l'une des premières à rouler, M. Moubarak le limogeant dès le 29 janvier. Il fait aujourd'hui l'objet d'une enquête sur des faits présumés de corruption et est interdit de sortie du territoire. Les militaires qui détiennent les rênes du pays pourraient être tentés de poursuivre la purge parmi les unités les plus détestées de la police, comme la police secrète ou le renseignement d'État. « La chute du régime est un tournant parce que, peut-être pour la première fois, il va être possible de restructurer l'appareil de sécurité », note Safouat al-Zayyat, ancien officier de l'armée aujourd'hui spécialiste des questions de sécurité.
Une absence prolongée des forces de police aurait aussi des conséquences potentiellement graves sur la sécurité et l'ordre public. Certes, les Égyptiens s'enorgueillissent d'avoir su maintenir la sûreté publique tout au long des journées révolutionnaires. Des comités de défense se sont très vite formés dans les quartiers pour stopper les pillards qui tentaient de mettre à profit le vide. Mais combien de temps cette situation peut-elle durer ? « Vendredi, au Caire, souligne Safouat al-Zayyat, il y avait près de 10 millions de personnes dans les rues pour célébrer (la chute de Moubarak) sans aucune force de police pour régler la circulation, sans présence de forces de sécurité intérieure. »


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