Plus d’un million de personnes ont manifesté hier contre le raïs à travers l’Égypte. Les centaines de milliers de manifestants réunis place Tahrir au Caire ont explosé de joie à l’annonce du départ de Hosni Moubarak. « Le peuple a fait tomber le régime ! » scandait une foule en délire. Les manifestants hurlaient de joie et agitaient des drapeaux égyptiens. Certains se sont évanouis sous le coup de l’émotion. Khaled Desouki/AFP
Quelques heures plus tard, la puissante armée égyptienne a assuré qu'elle ne souhaitait pas se substituer à « la légitimité voulue par le peuple », dans un communiqué du Conseil suprême des forces armées lu par un militaire à la télévision d'État. L'institution militaire « salue le président Mohammad Hosni Moubarak pour ce qu'il a donné à la nation en temps de guerre et en temps de paix et pour son attitude patriotique qui a fait prévaloir les intérêts supérieurs de la nation », indique encore le communiqué. « Tenant compte des revendications de notre grand peuple qui souhaite des changements radicaux, le Conseil suprême des forces armées étudie (ces revendications) et publiera plus tard des communiqués qui préciseront les mesures qui vont être prises », conclut le texte. Pourtant, hier matin, au désespoir des manifestants, le conseil a donné le sentiment de soutenir M. Moubarak dans sa volonté de rester en place jusqu'à la fin de son mandat en septembre.
Un peu plus tôt, le Parti national démocrate de M. Moubarak avait indiqué que le chef de l'État avait quitté Le Caire pour Charm el-Cheikh, dans le Sinaï, où il dispose d'une résidence.
L'ampleur des manifestations monstres, et peut-être aussi des pressions internationales de plus en plus fortes, notamment américaines, ont manifestement amené l'armée à accepter le départ de M. Moubarak.
L'annonce de la démission du président est intervenue alors que plus d'un million de personnes manifestaient contre le raïs à travers l'Égypte. Les centaines de milliers de manifestants réunis place Tahrir au Caire ont explosé de joie à l'annonce du départ du président. « Le peuple a fait tomber le régime ! » scandait une foule en délire sur cette place devenue symbole du mouvement de contestation déclenché le 25 janvier et qui a fait au moins 300 morts, selon l'ONU et Human Rights Watch. Les manifestants hurlaient de joie et agitaient des drapeaux égyptiens. Certains se sont évanouis sous le coup de l'émotion. « Félicitations à l'Égypte, le criminel a quitté le palais », a souligné de son côté sur Twitter Waël Ghonim, un cybermilitant devenu icône du soulèvement. « Je pleure parce que je suis heureuse », a lancé une manifestante, Loubna Darwiche, 24 ans, tout en tempérant : « Il reste beaucoup à faire. Nous aimons l'armée, mais c'est le peuple qui a mené cette révolution et c'est lui qui doit la contrôler. »
Encore sur Twitter, la figure la plus en vue de l'opposition, Mohammad el-Baradei, a déclaré que « l'Égypte d'aujourd'hui est une nation libre et fière. Que Dieu la bénisse ». « La vie recommence pour nous (...) Mon message au peuple égyptien est que vous avez gagné la liberté (...) Faisons-en le meilleur usage », avait-il déclaré un peu plus tôt sur la chaîne al-Jazira. Pour sa part, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, ancien ministre égyptien des Affaires étrangères, a salué le « changement historique » en Égypte et appelé au « consensus national », selon l'agence officielle MENA. M. Moussa pourrait être un éventuel candidat à la présidence.
Toutefois, l'incertitude règne sur la manière dont l'institution militaire, adepte du culte du secret, s'y prendra pour gérer le pays. Pour l'instant, elle ne s'est exprimée que par deux brefs communiqués lus à la télévision d'État. Appréciée - à l'inverse de la police - par la population qui a souvent fraternisé avec la troupe lors des manifestations, l'armée n'a pas dit non plus quel type de processus concret elle comptait instituer pour réformer un système dont elle est l'épine dorsale. Elle n'a pas non plus fait savoir si elle comptait poursuivre l'ébauche de dialogue engagé par le pouvoir finissant de M. Moubarak avec le puissant mouvement des Frères musulmans, bête noire du régime.
Ces derniers, principale force de l'opposition en Égypte, ont néanmoins félicité l'armée. « Nous saluons le grand peuple d'Égypte et son combat (...) nous saluons l'armée qui a tenu ses promesses », a indiqué à l'AFP Issam el-Aryane, haut responsable et porte-parole de la puissante confrérie. « Nous célébrons ce moment avec le peuple égyptien et nous poursuivrons le chemin », a-t-il indiqué, refusant d'évoquer sa stratégie pour la suite. Les Frères musulmans ont assuré à plusieurs reprises qu'ils ne recherchaient pas le pouvoir. Cette force d'opposition, la mieux structurée, a tenté de garder profil bas au sein du mouvement de révolte sans précédent qui secouait l'Égypte depuis le 25 janvier. Elle suscite la crainte des Occidentaux, qui redoutent l'instauration d'un régime islamique après le départ de M. Moubarak, mais les Frères musulmans disent qu'ils ne sont pas en faveur d'un État religieux.

