Dans leur communiqué mercredi, les deux opérateurs n'ont parlé que de « fusion ». Mais ils ont précisé que les actionnaires de Deutsche Börse seraient majoritaires de la nouvelle entité, avec 59 % à 60 % des parts.
Une telle répartition semble logique vu leur capitalisation boursière, de plus de 11 milliards d'euros pour le groupe allemand, contre environ sept milliards pour NYSE Euronext, la plateforme transatlantique qui chapeaute pourtant les Bourses de New York, Paris, Bruxelles, Lisbonne et Amsterdam.
Mais elle a fait grincer des dents. Le Wall Street Journal annonçait jeudi que les « Allemands » sont en discussion pour racheter l'institution. Sa chronique « Heard on the Street » s'est transformée en « Heard on the Strasse ».
Pour le quotidien financier, un tel accord serait un « symbole du rôle diminué de New York dans la finance ».
Ce constat est partagé par l'économiste Peter Morici, pour qui « le NYSE, symbole du capitalisme américain, va être détenu par l'étranger ».
« La Bourse de New York sera toujours le premier lieu de cotation des titres américains, et les marchés de capitaux américains sont toujours un objet d'envie dans le monde », observe Charles Jones, professeur de finance et d'économie à l'École de gestion de l'Université de Columbia.
« Mais la concurrence est féroce et les États-Unis doivent réaliser que nous ne sommes plus aussi dominateurs dans la finance mondiale que nous ne l'étions », ajoute-t-il.
New York est confrontée à l'importance grandissante d'autres places financières, notamment dans les pays asiatiques ou au Proche-Orient.
« Le gâteau est devenu plus gros », reconnaît Mace Blicksilver, du gestionnaire d'actifs Marblehead Asset Management.
Le New York Stock Exchange, fondé il y a presque deux siècles, fait aussi face à une concurrence acharnée aux États-Unis. En 1971, l'apparition de la Bourse électronique Nasdaq a porté un premier coup à sa domination.
Depuis, avec l'informatisation des échanges financiers, les plateformes d'échanges d'actions se sont multipliées.
Selon Charles Geisst, historien de Wall Street, le déclin du NYSE a commencé quand « la technologie est devenue plus importante que l'espace physique des échanges ». « Il y a des jours où il y a plus d'actions échangées dans le New Jersey (un État voisin de New York) ou à Kansas City (centre des États-Unis) que sur le parquet de la Bourse de New York », souligne Mace Blicksilver.
Depuis son faîte atteint en novembre 2006, l'action du groupe a perdu plus de 60 % de sa valeur.
Dans le milieu politique aussi, la nouvelle inquiète.
« De la même manière que nous ne changerions pas le nom de la statue de la Liberté, du mont Rushmore ou du Golden Gate Bridge, un nouveau propriétaire, qu'il soit étranger ou américain, ne doit pas être autorisé à changer le nom du New York Stock Exchange », a prévenu le représentant démocrate Tom Deutch.
Mais le maire de New York, Michael Bloomberg, reste positif.
« Cela va nous donner accès à l'Europe, et à eux l'accès aux États-Unis, d'une façon que certains de nos concurrents, comme Londres, n'ont pas », a assuré M. Bloomberg lors d'une conférence de presse jeudi.«
Cela va apporter des emplois supplémentaires parce que plus le New York Stock Exchange est fort dans ce monde mondialisé, mieux nous nous portons », a ajouté le maire.

