Le mufti de la République, cheikh Rachid Kabbani, entouré de MM. Hariri et Mikati.Photos Nasser Traboulsi
En somme, il était possible hier, à l'issue de la réunion, de résumer ainsi la situation : les chefs et les représentants spirituels et temporels sunnites libanais ont tous - à quelques exceptions près - invité M. Mikati à être l'alter ego politique du Premier ministre sortant à la tête du cabinet qu'il compte former.
De fait, le succès de Saad Hariri lors de ces assises semblait d'autant plus grand que M. Mikati est allé, dans une déclaration à la presse, jusqu'à se dire « satisfait » des résultats des discussions alors même que le communiqué final rendait un jugement très sévère sur les circonstances qui ont entouré sa désignation.
Il est vrai que le Premier ministre désigné avait obtenu, dès avant la réunion, une petite modification dans le paragraphe le concernant directement. Selon ses milieux, la phrase initiale appelait M. Mikati à « réviser » ses positions. On s'est contenté en fin de compte de lui demander de les « bien penser ».
Outre cette concession purement formelle, le reste du texte est un plaidoyer pour les constantes du 14 Mars, et en particulier le tribunal international, et un réquisitoire contre les armes du Hezbollah et les pratiques politiques du 8 Mars tout au long de ces dernières années.
La sévérité du texte à l'égard du Hezbollah est particulièrement forte, non seulement dans ce qui y est dit, mais aussi dans ce qui ne l'est pas, comme par exemple l'absence, dans le passage consacré au conflit avec Israël, de toute mention de l'action de la « résistance ».
Seuls deux participants aux assises, les députés Kassem Hachem (Baas prosyrien) et Walid Succariyé (bloc du Hezbollah), ont formellement protesté contre le communiqué.
Outre l'ensemble des dignitaires religieux sunnites et MM. Mikati et Hariri, l'ex-Premier ministre Fouad Siniora était également présent, ainsi que, notamment, la quasi-totalité des députés de la communauté. Des autres anciens chefs de gouvernement, Omar Karamé a boycotté la réunion, alors que Salim Hoss et Rachid Solh s'y sont absentés pour des raisons de santé.
M. Hariri devait par la suite offrir un banquet à sa résidence du centre-ville en l'honneur de tous les participants. M. Mikati, flanqué de ses alliés Mohammad Safadi et Ahmad Karamé, s'y sont rendus, ce qui a fait dire à des observateurs que, sur le plan personnel au moins, la glace a été rompue entre le Premier ministre sortant et son successeur.

