Le patriarche maronite, hier, s’entretenant avec Mme Moawad à Bkerké. Photo Emile Eid
Le terme de « coup d'État » pour qualifier le processus en cours depuis la désignation de Nagib Mikati à l'issue des consultations parlementaires a en effet été utilisé hier par la quasi-totalité des politiques du 14 Mars.
L'ancienne ministre Nayla Moawad, qui a été reçue hier à Bkerké par le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, a dénoncé de son côté les pressions et les menaces sur les députés qui ont entaché les consultations parlementaires, ce qui est, a-t-elle souligné, le résultat de la présence des armes illégales.
Pour le député de Batroun Antoine Zahra, Nagib Mikati a été dupé par l'axe Damas-Téhéran, qui lui a fait croire qu'il bénéficiait d'une couverture arabe et internationale, ce qui n'est pas le cas. M. Zahra a dénoncé un « coup d'État en progression, dont le prochain objectif est de renverser le président de la République ». Mettant en doute la participation du 14 Mars au cabinet, il a appelé le Premier ministre désigné à profiter du soutien obtenu à Dar el-Fatwa pour consolider sa position face aux insurgés et refuser de donner naissance à un cabinet non consensuel qui mettrait en péril l'ensemble de la formule libanaise.
Le député Ahmad Fatfat a également regretté la volonté du 8 Mars d'imposer un cabinet de « voyous » et d'exclure le 14 Mars. « Nous ne sommes pas candidats à une participation au sein d'un cabinet de voyous », a-t-il souligné. L'option du cabinet monochrome a également été dénoncée conjointement par le député Élie Marouni et le chef du Courant du changement, Élie Mahfoud, lequel a estimé qu'il s'agirait d'un « suicide politique » pour Nagib Mikati.
Le député Tammam Salam a lui aussi dénoncé la logique poursuivie par le 8 Mars au niveau de la formation du cabinet, notamment de la part de Sleimane Frangié et Michel Aoun, démentant les informations publiées par al-Akhbar et selon lesquelles il aurait accepté de prendre part au cabinet.
De son côté, le ministre sortant Boutros Harb a mis en garde contre la formation d'un cabinet monochrome et contre un « coup d'État », mais visant cette fois spécifiquement le Premier ministre désigné et ses prérogatives, ainsi que le président de la République et ses prérogatives. Une vision des choses partagées par les députés Serge TerSarkissian et Riad Rahhal, qui ont tous les deux publié un communiqué commun dans lequel ils ont mis en garde contre une volonté de marginaliser le président de la République, appelant ce dernier à consacrer définitivement la part de la présidence au sein du gouvernement.
Au niveau du Renouveau démocratique (RD), l'ancien député Misbah Ahdab a condamné la persistance de certaines forces à marginaliser la Constitution et les institutions, notamment dans le processus de formation du cabinet, et à travers l'atteinte aux prérogatives du président de la République et du Premier ministre. Cette dérive ne se limite pas à ces dommages-là, a-t-il précisé, mais vise à porter atteinte à l'essence de l'accord de Taëf, au pacte national et à l'équilibre minutieux entre les prérogatives des trois présidents. Un constat partagé par le secrétaire général du RD, Antoine Haddad, qui a dénoncé hier une tentative de changer « radicalement et arbitrairement » les règles du jeu politique libanais, en outrepassant « en même temps les accords de Taëf et de Doha ». Ce qui conduit inéluctablement à un grand vide qui place le pays face à la logique de la force et approfondit encore plus le fossé entre les Libanais, a-t-il ajouté. M. Haddad a également dénoncé l'ingérence syrienne dans les affaires libanaises, à travers notamment le communiqué de SANA sur la rencontre Assad-Aoun qui indique que les deux hommes ont évoqué la formation du cabinet - ce qui prouve que la Syrie joue de nouveau le rôle qu'elle jouait entre 1990 et 2005.
Quant au député Moustapha Allouche, il a estimé que Damas avait donné l'ordre de hâter la formation du cabinet au Liban, un cabinet monochrome qui « ne sera en fin de compte qu'un regroupement politique sous la abaya du Hezbollah ». Selon lui, le congrès du 14 février au BIEL donnera le coup d'envoi d'une nouvelle confrontation politique par tous les moyens, parlementaires et populaires, pour la justice et contre les armes illégales.

