Bouchra el-Turk.
La pianiste Christine Marchais et le saxophoniste Marc Sieffert, depuis bientôt un an maintenant, portent le flambeau de cette musique classique libanaise à travers la France. Ils font ainsi savoir au public mélomane français qu'il existe une véritable musique savante libanaise et qu'elle tout à fait digne des plus grands courants musicaux qu'ils soient occidentaux ou orientaux. Ces deux musiciens virtuoses ont donné, à une semaine d'intervalle, deux concerts de musique classique libanaise, l'un au Conservatoire à rayonnement régional de Rouen et l'autre à l'église luthérienne du Bon-Secours à Paris.
À Rouen, le concert était précédé d'une conférence sur le thème de «l'identité libanaise», donnée par Bahjat Rizk, écrivain et attaché culturel à la Délégation du Liban près l'Unesco. Devant un public nombreux et très attentif, Bahjat Rizk a développé, de façon très claire et très synthétique, sa vision de l'identité pluriculturelle libanaise, en s'appuyant sur les paramètres développés au Ve siècle avant Jésus-Christ par le 1er philosophe grec Hérodote et qui, tant d'années plus tard, sont toujours d'actualité.
Puis, place à cette musique libanaise qui fait si bien dialoguer l'Orient et l'Occident avec des œuvres de Toufic Succar, Violaine Prince, Zad Moultaka, Karim Haddad, Bushra el-Turk et un bel hommage au père Louis Hage. La mezzo-soprano Roula Safar fait aussi partie de ce programme rouennais. De sa voix chaude et veloutée, elle interprète, outre des chants basés sur des textes antiques en sumérien et assyrien, quelques très jolies mélodies de sa composition, sur des poèmes de Nadia Tuéni, Georges Schéhadé et Vénus Khoury Ghatta.
À Paris, l'église du Bon-Secours est pleine à craquer. Le public est venu nombreux, curieux de découvrir ce répertoire libanais dont on commence à beaucoup entendre parler. Le programme est aussi varié et représentatif de la musique libanaise, allant de Toufic Succar (né en 1922) et présent dans la salle, à Bushra el-Turk (née en 1982), en passant par Rita Ghosn et Violaine Prince, les compositrices libanaises n'ayant rien à envier à leurs collègues masculins et faisant preuve de beaucoup d'originalité et de créativité. Un hommage particulier est rendu à Toufic Succar à travers l'interprétation inédite de Mélancolie et Habanera, deux œuvres transcrites pour saxophone et piano, ainsi que la création française, par l'ensemble vocal (français) «La Petite Suite», sous la direction précise et sensible d'Olivier Plaisant, de trois chansons populaires en arabe dialectal, merveilleusement harmonisées à quatre voix a cappella.
Encore et toujours, on peut constater que le Liban, envers et contre tout, joue son rôle de médiateur culturel et de fédérateur représentatif des différents courants musicaux qui ont traversé les deux derniers siècles.
Zeina SALEH KAYALI
Chargée de mission
Délégation du Liban
près l'Unesco

