Ou, plus exactement, puisque cette suppression ne dépend que de l'ONU, le rejet par avance de tous ses actes. La donne a été clairement annoncée par le numéro un de l'ex-opposition, le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, dans ce qu'il a qualifié de cahier des charges présenté au Premier ministre désigné. Autre diktat du Hezb : l'armement est absolument tabou, on ne peut en parler ni en Conseil des ministres ni même au sein du comité de dialogue. Pourtant re-formé à cette fin !
Le sayyed ne fait qu'une concession : il confirme son attachement à l'équation armée-peuple-résistance, chère au régime. Mais il se hâte de marteler que la résistance ne recherche la protection de personne, car elle sait se protéger elle-même. Pour laisser entendre ensuite que le 14 Mars doit se voir forcé d'adopter le projet du 8 Mars, le sien propre étant définitivement battu. Il lui faut donc se rallier aux réformes proposées par la nouvelle majorité, pour combattre la corruption, les pourris et les corrupteurs, en entamant le procès des faux témoins.
La nouvelle majorité a refusé la proposition de réciprocité présentée par la nouvelle opposition au sujet du tiers de blocage et de la représentation proportionnelle. C'est sur cette base, on le sait, que le général Michel Aoun avait discuté de la participation de son mouvement au précédent gouvernement Hariri. Assez plaisamment, il relève aujourd'hui que l'exercice du blocage avait donné de trop beaux fruits naguère pour qu'il accepte que le pouvoir soit paralysé derechef, maintenant qu'il va lui-même le cueillir.
Le 8 Mars a même précisé qu'il n'est pas question non plus de prévoir un total d'un tiers des sièges pour toute les autres forces agglomérées. C'est-à-dire pour le 14 Mars, ou les Kataëb-FL si le Courant du futur se met de côté, le président Sleiman et le président Mikati, ensemble. Il ne veut dès lors que d'un cabinet monochrome, portant sa seule couleur. Bien que ce terme même se mette toujours au pluriel quand il se veut symbole...
Blocage
Des sources informées indiquent que dans ses échanges avec le président Mikati, le président Gemayel a traité du programme politique du gouvernement à venir, sans aborder la question de la répartition des portefeuilles et encore moins celle des noms. Pour lui, en effet, seule la teneur et le fond de la déclaration ministérielle conditionnent, par leur importance capitale, l'adhésion du front dont il est l'un des pôles.
Tout comme son interlocuteur, l'ancien chef de l'État estime que le gouvernement peut se défausser des problèmes les plus saillants, l'armement et le TSL, sur le comité de dialogue national. Or, mettant cartes sur table, le Hezbollah et ses alliés ne veulent même plus que ce comité, qu'ils ont saboté ces derniers mois, se réunisse de nouveau. Il n'est donc pas étonnant d'entendre les souverainistes accuser l'ex-opposition de poursuivre une action de sédition contre les fondements de la République, la démocratie, les libertés et Taëf. En vue d'un nouveau système dont les contours ne sont pas encore précisés. Mais qui se baserait sur un partage à trois et non plus à deux : deux parts pour les musulmans, sunnites et chiites, et une part pour les chrétiens. Comme le proposent depuis longtemps les théoriciens du Hezb. Un projet fermement rejeté par Hariri, par Dar el-Fatwa tout comme, antérieurement, par le regretté cheikh Chamseddine, président du Conseil supérieur chiite.
Un détail : le CPL s'oppose fermement à ce que, dans l'éventualité d'un cabinet panaché, les ministres du président Sleiman soient originaires de Jbeil, du Metn ou du Kesrouan. Car ces sièges doivent être réservés au Courant, puisqu'il a remporté les élections dans ces régions.
L'on entre, par cette petite porte, dans le vif du sujet. Car le président Michel Sleiman, approuvé par le président Nagib Mikati, récuse fermement tout cabinet monochrome. Il faudra donc, si le 8 Mars ne veut pas du 14 Mars, qu'il y ait des ministres pour les deux présidents. Ou, encore mieux, une équipe de technocrates qu'ils choisiraient à leur guise. Et c'est-à-dire qu'alors tout le pouvoir politique de l'exécutif se retrouverait entre leurs quatre mains.
Signalons enfin qu'indisposé par les tracasseries et les exigences excessives, le président Mikati déclare en privé : « Conformément à la Constitution, c'est moi qui forme le gouvernement, en consultation avec le président de la République qui signe les décrets. Je ne cèderai pas un pouce de ces prérogatives devant aucune partie. Les instances intéressées peuvent me communiquer une liste de ministrables et de portefeuilles. Je verrai qui choisir de manière adéquate et comment distribuer les maroquins. Je ne permettrai à personne, je le répète, de transgresser mes prérogatives. » Il indique cependant qu'en ce qui concerne le président Sleiman, « je prendrai connaissance favorablement des portefeuilles et des noms qu'il souhaite, ou suggère ».

