La recherche, ce sont 3 000 pages, sept tomes, depuis Du côté de chez Swann, publié à compte d'auteur chez Grasset en 1913, au Temps retrouvé, paru en 1927, en passant par À l'ombre des jeunes filles en fleurs (Gallimard), prix Goncourt en 1919.
Les trois derniers volumes sont d'ailleurs parus après la mort de l'écrivain.
C'est surtout un style incomparable, avec de longues phrases ciselées, une construction complexe, un héros-narrateur, des dizaines de personnages, un texte qui entrelace narration et réflexion sans être esclave de la chronologie.
Comment transposer à l'écran une œuvre aussi monumentale sans la trahir ou tomber dans la caricature de la madeleine ou de la préciosité? Les télespectateurs pourront juger de la tentative de Nina Companeez avec deux séries de 110 minutes chacune.
Impossible d'embrasser toutes les facettes de ce chef-d'œuvre foisonnant et rebelle aux résumés. Il fallait prendre un parti pris. La réalisatrice a choisi de s'attacher particulièrement aux touches d'humour du roman, en espérant, dit-elle, «transmettre intactes les émotions suscitées» par la prose de cet immense
écrivain.
Avant elle, nombreux ont été les scénaristes et réalisateurs, pour la plupart étrangers, à tenter d'adapter La Recherche.
«Proust aurait bien ri si on lui avait demandé un synopsis de son roman», relevait Volker Schlöndorff lors de la sortie de son film Un amour de Swann, en 1984, avec Jeremy Irons et Ornella Muti.
Le cinéaste allemand avait concentré tout le récit en une seule journée et un seul lieu, Paris. Ce fut un échec
cuisant.
Auparavant, Harold Pinter avait écrit en 1972 un scénario pour un film de Joseph Losey, resté sans lendemain.
Proust disait de son œuvre qu'elle était «un tout très composé». C'est pourquoi Pinter voulait en garder la structure d'ensemble, tisser des liens entre des scènes et des personnages tirés des divers volumes. Le film devait durer cinq heures et demie. Être «fidèle» à l'œuvre. Il ne s'est jamais fait.
Projet tout aussi ambitieux, et lui aussi avorté, celui de Luchino Visconti et Suso Cecchi D'Amico, qui avaient choisi de privilégier les liens entre les personnages.
Dans Le temps retrouvé, en 1999, avec Catherine Deneuve, Emmanuelle Béart et John Malkovich, le réalisateur franco-chilien Raoul Ruiz accumulait lui les contresens, selon les spécialistes de l'auteur, qui n'ont pas digéré son adaptation. Le public la boudera aussi.
Ruiz y opte pour une sélection arbitraire de scènes, ne garde que quelques phrases sorties de leur contexte, comme par exemple un dîner chez les Verdurin, que le cinéaste transpose de façon littérale alors que Proust l'écrivait au second degré, comme un
pastiche.
Autre film, La Captive de Chantal Akerman, en 2000, recèle des similitudes frappantes avec La prisonnière, l'un des volumes de La Recherche, mais ne se présente pas comme une adaptation de Proust.
Quant à Véronique Aubouy, dans le Baiser de la Matrice, elle a tenté une expérience en faisant lire l'intégralité du cycle romanesque par des
internautes.
Marcel Proust aurait-il apprécié qu'Albertine ou Odette fassent des bulles? La Recherche a été aussi adaptée en bande dessinée par Stéphane Heuet, en 5 volumes parus chez Delcourt.

