D'autre part, l'Union européenne a insisté hier pour que l'Égypte engage sans délai des changements politiques et a promis de revoir sa politique avec le monde arabe en liant davantage son aide à la démocratie, après avoir été accusée de complaisance avec les régimes autoritaires. Au cours d'un sommet à Bruxelles, les dirigeants des 27 pays du bloc ont estimé que « le processus de transition devait démarrer maintenant ». Les autorités égyptiennes doivent « répondre aux aspirations du peuple égyptien par la réforme politique et non la répression », ont-ils souligné dans une déclaration commune. « Franchement, les mesures prises jusqu'ici n'ont pas répondu aux aspirations de la population égyptienne », a résumé le Premier ministre britannique, David Cameron, estimant que si les violences contre les protestataires se poursuivent, le régime perdra « le reste de crédibilité et de soutien dont il dispose ». La chancelière allemande Angela Merkel a estimé, quant à elle, que les autorités égyptiennes doivent garantir des manifestations « libres et pacifiques ».
De manière voilée, l'UE a aussi laissé planer la menace d'une remise en cause de son aide économique à ce pays, prévue pour atteindre 449 millions d'euros entre 2011 et 2013, si les « engagements » pris par Le Caire en matière de respect des libertés publiques ne sont pas tenus. Il s'agit néanmoins du seul moyen de pression potentiel de l'Europe sur l'Égypte, où elle apparaît depuis le début à la traîne des États-Unis, seuls à même d'influer sur la position du raïs.
Pour ne rien arranger, des voix discordantes se font entendre en son sein. Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a ainsi détoné à Bruxelles en plaidant en faveur « d'une transition démocratique sans rupture avec un président comme Moubarak » qui est « un homme sage ». Le Premier ministre belge Yves Leterme s'est ému, pour sa part, de voir les grands pays de l'UE multiplier les déclarations sur l'Égypte en occultant la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, censée parler au nom de tous. Déjà peu visible, la haute représentante essuie un feu roulant de critiques pour son manque de réactivité sur le dossier. Hier, elle s'est contentée de juger « absolument essentiel » que les autorités égyptiennes démarrent sans tarder le dialogue avec l'opposition.
À l'ONU, le secrétaire général Ban Ki-moon a dit espérer que les manifestations en cours au Caire se déroulent sans violences. « Il est temps d'entamer un processus de transition pacifique et ordonnée menant à des élections libres et honnêtes », a-t-il réaffirmé. Le processus de transition doit démarrer « aussitôt que possible », a souligné M. Ban, ajoutant : « Le plus tôt sera le mieux. » Pour la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, le changement est en « cours en Égypte comme il est venu en Tunisie ». « Les gouvernements doivent écouter leur population et mettre en pratique leurs obligations concernant les droits de l'homme », a-t-elle expliqué.
Enfin, la Russie a exprimé sur l'Égypte son hostilité de principe à toute solution « importée » par les Occidentaux, mais elle s'inquiète tout autant que l'Europe et les États-Unis d'une déstabilisation du monde arabe qui pourrait profiter aux islamistes. Le président Dmitri Medvedev a appelé à « un règlement pacifique et dans le cadre du droit ».


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