« Les mécanismes financiers de défense d'aujourd'hui sont les plus solides dans l'histoire du Liban », affirme de son côté Marwan Barakat, chef du département économique à la Bank Audi.
« La Banque du Liban (BDL) a des avoirs en devises de plus de 30 milliards de dollars, qui couvrent 78 % des déposants en livre libanaise (...). Même si ces 78 % convertissent en dollar, on est couvert », explique l'expert.
Les banques, dont le poids est trois fois supérieur au PIB, continuent d'engranger les bénéfices, parfois supérieurs à 20 %. « La liquidité primaire des banques représente 48 % des dépôts, l'un des ratios les plus élevés au monde. Elles sont bien préparées pour faire face aux pressions », précise M. Barakat.
Les transferts des expatriés (8,2 milliards de dollars en 2010) reste aussi une bouffée d'oxygène pour l'économie, puisqu'ils représentent 21 % du PIB, l'un des ratios les plus élevés au monde.
Le profil de Nagib Mikati, vilipendé au départ comme « le candidat du Hezbollah », semble inspirer confiance : magnat des télécoms, il figure dans le classement du magazine Forbes qui estime sa fortune à 2,5 milliards de dollars.
« La nomination de M. Mikati est de nature à rassurer les milieux économiques parce qu'il est l'un des leurs », indique le banquier suisse, toujours cité par l'AFP.
Mais beaucoup craignent que son gouvernement ne parvienne pas à mettre en œuvre des réformes-clés, notamment celle de l'électricité, dont le déficit représente 3 % du PIB.
« Cela fait 10 ans qu'on parle de réformes et rien n'est fait », dit Nassib Ghobril, chef du département de recherche à la Byblos Bank.
Le principal souci reste la croissance, avec des prévisions d'un ralentissement à 5 % en raison des tensions qui ont provoqué un ralentissement de l'immobilier et des annulations dans les hôtels.
Les experts craignent également pour le chômage, déjà à 20 % selon des estimations non officielles.
Selon M. Ghobril, « le ralentissement de l'activité économique signifierait une baisse des taxes perçues par l'État et une augmentation du déficit public » (7,5 % du PIB fin 2010, en hausse de 9 % par rapport à 2009).
Dans une interview à l'AFP en janvier, le gouverneur de la Banque centrale avait averti qu'une prolongation de la crise aurait un impact négatif sur le ratio dette/PIB, qui est passé de 180 % en 2006 à 135 % fin 2010. Le Liban ploie sous une dette de plus de 50 milliards de dollars cumulée depuis la fin de la guerre civile.

