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Moyen Orient et Monde - Reportage

Sur la place Tahrir, les Égyptiens font l’histoire

Sur la place de la Liberté hier, des manifestants solidaires et déterminés. « Il ne nous entend pas au quoi ? » crie un homme au milieu de la masse humaine en ce mardi matin au milieu de la place Tahrir qui vibre au rythme des slogans des manifestants.

Plus d’un million d’Égyptiens ont manifesté hier à travers le pays pour réclamer le départ du président Hosni Moubarak, selon des sources au sein des services de sécurité. Marco LONGARI / AFP

À l'entrée de la place, des vagues humaines viennent s'agglutiner aux passages gérés par les comités populaires. À droite, les femmes et les enfants, à gauche les hommes. Tout le monde est prié de sortir sa carte d'identité puis de passer à la fouille. « Nous nous excusons, mais nous devons faire attention, lance une jeune fille. Depuis ce matin, nous en avons vu de toutes les couleurs. Nous avons confisqué des petites bombes de spray défensif. » Une femme qui refuse la fouille est poliment sommée de s'exécuter. Une autre qui fait part de sa crainte de se voir attaquer par des « baltaji », des voyous, se voit rétorquer par des gens dans la queue : « Si tu as peur, rebrousse chemin. Ici, on n'a pas peur. » La peur du voyou a été largement utilisée, lundi, par les télévisions publiques qui ont tout fait pour dissuader la population de manifester. La peur de la journée aura effectivement été que des personnes s'infiltrent au milieu de la foule pour provoquer la pagaille. D'où la consigne générale : ne répondre à aucune provocation.
Foule oblige, les gens avancent lentement vers la place et les discussions vont bon train. Un homme lance du haut du trottoir : « Je vous le jure, mon cousin qui vit aux États-Unis m'a dit que le gouvernement lui assure l'eau froide et chaude gratuitement. Et dans tous les pays arabes, l'électricité est subventionnée. » Une femme lui répond : « Les États-Unis sont un pays développé. » « Nous aussi devons l'être », réagit un autre homme. « C'est la liberté qu'on veut, c'est pour cela que nous sommes là, pas pour le sucre ni l'huile », répond une femme à une autre qui a commencé à parler de la cherté de la vie.
Les militaires sont postés sur leurs chars autour de la place. Désormais, ils font partie du décor. Ils ne se chargent aucunement de l'organisation de l'entrée et de la sortie de la place. Une place noire de monde, une place hérissée de banderoles et de slogans : « Nos enfants protègent nos maisons, et nous, nous libérons notre Égypte » ; « Ton crédit est épuisé, pars, merci » en référence à une pub de téléphonie mobile, « Jugez Moubarak le traître, et le ministre de l'Intérieur le sanguinaire, et les médias égyptiens espions » ; « I love l'armée ». Une femme de condition modeste a accroché sur sa poitrine une affichette sur laquelle on peut lire : « Je veux la justice. »

Un grand bonheur
Chacun passe et repasse à travers la masse humaine, comme le font les mannequins sur un podium de mode, se laissant photographier allégrement par les autres qui avec appareils photo ou téléphones portables cristallisent ce moment. « C'est un grand bonheur de vivre ce moment historique, tu raconteras cela à tes enfants », dit un intellectuel à un garçon de 12 ans accompagné de sa mère. Un groupe de jeunes sont montés sur les rebords de la bouche de métro et ont accroché sur sa pancarte : « Station du 25 janvier », au lieu de « Station Tharir » comme l'appellent les Cairotes, ou « Station Sadate » son nom officiel. « C'est comme si on avait empêché quelqu'un de rire pendant trente ans et tout à coup, il se lâche. » C'est ainsi que Mohammad, jeune informaticien, décrit l'ambiance.
Au milieu de la foule, des jeunes gens de toutes classes sociales vont et viennent avec des sacs poubelle pour ramasser les ordures. Après 8 jours de manifestations, la place est constamment nettoyée par les manifestants eux-mêmes. D'autres personnes viennent avec de la nourriture et des bouteilles d'eau qu'elles distribuent gratuitement. « Hier, je suis venu avec 15 kilos de bananes », lance un ingénieur. À côté de lui, un homme distribue des jus. Lui est arrivé avec une fourgonnette pleine de boissons et de biscuits. Sur le chemin, un jeune demande de l'aide pour aller récupérer 100 boîtes de kochari et des bouteilles d'eau.
La solidarité bat son plein. « J'ai l'impression de redécouvrir mon peuple, dit Soumaya, fonctionnaire. À son mari qui lui téléphone pour qu'elle vienne s'occuper de leur fille malade, elle répond sur un ton catégorique : "Non, je reste là". »
Le couvre-feu est déjà passé d'une demi-heure, et cela n'inquiète personne. Partout, des femmes, des hommes, certains avec leur sac de couchage. La station de métro déverse encore des arrivants une heure après le couvre-feu.
La nuit est tombée sur un Caire désormais différent. Des rumeurs circulent sur un probable départ du président vendredi. En attendant, les denrées alimentaires se font rares. Quelques voitures de citoyens sillonnent les rues pour appeler les commerçants à ne pas hausser les prix. On pense déjà à l'après-Moubarak. « Quoi qu'il advienne, les choses ne seront plus pareilles ! Nous avons goûté à la place Tahrir. Désormais, on connaît le chemin quand les choses ne nous plaisent pas », lance un professeur.
La place qui se prépare à une autre nuit de sit-in n'a jamais aussi bien porté son nom : la place de la Liberté.
À l'entrée de la place, des vagues humaines viennent s'agglutiner aux passages gérés par les comités populaires. À droite, les femmes et les enfants, à gauche les hommes. Tout le monde est prié de sortir sa carte d'identité puis de passer à la fouille. « Nous nous excusons, mais nous devons faire attention, lance une jeune fille. Depuis ce matin, nous en avons vu de toutes les couleurs. Nous avons confisqué des petites bombes de spray défensif. » Une femme qui refuse la fouille est poliment sommée de s'exécuter. Une autre qui fait part de sa crainte de se voir attaquer par des « baltaji », des voyous, se voit rétorquer par des gens dans la queue : « Si tu as peur, rebrousse chemin. Ici, on n'a pas peur. » La peur du voyou a été largement utilisée, lundi, par les télévisions publiques qui ont tout fait...
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