La commission mondiale sur l'environnement et les développements a défini comme suit, dans les années 80 et dans le rapport Brundtland, la notion de développement durable : « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».
Jusqu'à cette année, le Maghreb/Moyen-Orient était le laboratoire in vivo d'un certain développement durable. 23 années durant, le Tunisien Ben Ali s'est employé à répondre aux besoins des générations du présent (au sein de sa famille élargie), tout en préservant les capacités des générations futures à répondre aux leurs (transmission du pouvoir et du business de père en fils, filles, cousins, neveux, gendres...).
Il a fallu qu'un Mohammad décide de rejoindre Allah prématurément pour que ce durable engrenage se grippe. Se grippe et menace la région tout entière.
Au Yémen, le président Ali Abdallah Saleh s'emploie depuis 32 ans à répondre aux besoins des générations du présent (qui votent pour lui). Et voilà qu'aujourd'hui, des Yéménites manifestent (fait rare) contre lui (fait interdit) à coups de slogans visant directement le côté durable du développement à la sauce Saleh, à savoir : répondre aux besoins de pouvoir du fiston Ahmad, déjà confortablement installé à la tête de la garde républicaine.
Idem avec les Égyptiens. Depuis 30 ans, le président Hosni Moubarak, maître de l'oxymore en forme (d'état) d'urgence qui dure, s'emploie à répondre aux besoins des générations du présent (celles qui ne s'opposent pas à lui), en pensant aux besoins des générations du futur (surtout quand elles s'appellent Gamal Moubarak). Et voilà qu'aujourd'hui, parce qu'ils ont sniffé du jasmin, les Égyptiens estiment que 30 ans ça suffit. 30 ans... Mais qu'est-ce que 30 ans à l'aune de ces plus de quarante siècles qui, du haut des pyramides, contemplent ces Égyptiens (et leurs 2 dollars par jour) ?
En remettant en cause les chantres d'un développement très durable, les Tunisiens, les Égyptiens, les Yéménites (les Algériens ? les Syriens ? les Jordaniens ?...) s'attaquent à ceux-là mêmes qui sont des remparts contre la fin sinon du monde, du moins d'un monde. Inconscients protestataires au poing levé ! En s'attaquant aux chantres de ce développement trop durable, c'est la liberté et la dignité qui risquent de leur arriver !


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