Toujours est-il que les organisations de la jeunesse au sein du 14 Mars ont mis sur pied un plan d'action pour protester contre la tournure prise par les événements ces dernières semaines. Dans ces milieux, on relève que les ministres de l'opposition ont démissionné du gouvernement en violation de l'accord de Doha, puis les consultations parlementaires ont été hâtées à la demande du 8 Mars, avant d'être reportées afin d'ouvrir la voie au repositionnement du chef du PSP, Walid Joumblatt, aux côtés de l'opposition, et au recours à la candidature de Nagib Mikati lorsqu'il est apparu que le 8 Mars était incapable de conduire à la présidence du Conseil un homme issu de ses rangs, comme Omar Karamé.
Pour ces milieux, tous ces développements s'inscrivent dans le cadre d'un ordre du jour irano-syrien, mis en œuvre sous la pression des armes et visant à écarter Saad Hariri de la troisième présidence.
Les organisations de la jeunesse s'apprêtent donc à affronter le projet syro-iranien au Liban par le biais de manifestations pacifiques et d'un sit-in ouvert, place des Martyrs, à l'instar de ce qui s'était passé en 2005.
Mais ces forces n'ont pas pris en compte la réaction des capitales arabes et occidentales au « coup d'État » survenu au Liban, réactions à la fois prudentes, centrées sur la nécessité de maintenir la stabilité et le calme et mettant en garde contre toute mainmise du Hezbollah sur le prochain gouvernement.
En outre, des observateurs relèvent que les propos tenus mardi par le Premier ministre désigné étaient plutôt rassurants, d'autant qu'il a adopté une attitude jugée positive au sujet des dossiers litigieux dans le pays. Il reste que cela n'a pas suffi à convaincre certaines parties au sein du 14 Mars qui préfèrent attendre, avant de juger, pour voir la composition du gouvernement et la teneur de sa déclaration ministérielle, ainsi que son comportement à l'égard du Tribunal spécial pour le Liban.
Pour l'instant, il semble que M. Mikati s'oriente, dans le cas où le 14 Mars déciderait de ne pas prendre part au gouvernement, vers la formation d'un cabinet de 14 ou de 24 ministres au grand maximum, mais en grande majorité extraparlementaire.
Le cas échéant, il se pourrait que le président de la République, Michel Sleiman, se saisisse de l'occasion pour obtenir le tiers de blocage en sa faveur, ainsi que le prévoit l'accord de Taëf.
De source proche de M. Mikati, on s'efforce encore d'ôter l'étiquette Hezbollah du gouvernement que le Premier ministre désigné s'apprête à former. Il fera en sorte que le gouvernement soit à son image authentique, autrement dit que personne ne soit marginalisé ou ignoré, qu'il n'y ait pas d'esprit revanchard et qu'il réaffirme ses engagements de justice et de vérité, affirment ces sources. Celles-ci relèvent qu'il ne faudrait pas oublier la politique qu'avait suivie le premier gouvernement Mikati, en 2005.
Un diplomate occidental souligne qu'en tout état de cause, rien n'a changé pour ce qui est de la position des Arabes et de l'Occident au sujet du TSL. À leurs yeux, le tribunal est une constante en tant qu'instance indépendante du fait qu'il a été formé sur la base d'une résolution internationale et personne n'est en mesure de le supprimer. Le Liban ne saurait donc renier ses engagements internationaux, d'autant qu'il est membre fondateur des Nations unies, et il ne saurait non plus se mettre en confrontation avec la communauté internationale.
En attendant que le nouveau gouvernement réponde aux nombreuses questions posées actuellement, un député du 14 Mars affirme que la nouvelle opposition ne participerait pas au gouvernement, mais qu'elle s'apprête à jouer un rôle actif au sein des institutions et attend du gouvernement Mikati une position au sujet de trois constantes essentielles : 1 - la nature des relations libano-syriennes et le respect par Damas de ses engagements antérieurs, notamment le tracé de la frontière ;
2 - le TSL ;
3 - la stabilité et la sécurité par le biais de l'application de la loi de manière équitable et impartiale, la mise en œuvre des résolutions du dialogue, et le règlement du dossier des armes du Hezbollah dans le cadre de la table de dialogue.

