Aux cris de « Dégagez vermine ! », des centaines de jeunes opposants ont dispersé dans le centre de Tunis une manifestation de soutien au « gouvernement d'union nationale », lors du premier face-à-face violent entre partisans et adversaires du cabinet de transition. Les antigouvernementaux, parmi lesquels des supporteurs de football, ont arraché à leurs rivaux banderoles et pancartes où était écrit : « Oui à la démocratie, non au chaos », « La politique du tout ou rien ne mène nulle part ». « Oui, oui au gouvernement d'union nationale ! », « Non à la vacance du pouvoir ! », scandaient les manifestants progouvernementaux avant les échauffourées. Parmi la foule des hésitants, les commentaires allaient bon train : « Je ne pense pas qu'on va s'en sortir comme ça et je crains que l'armée finisse par prendre les choses en main », murmurait un homme d'âge mûr.
Dans la matinée, l'opposant tunisien historique Moncef Marzouki, de la gauche laïque, a été vivement pris à partie par un groupe de manifestants sur l'esplanade de la Kasbah, près des bureaux du Premier minsistre. Assailli, insulté, il avait dû fuir les lieux dans les ruelles de la médina où d'autres manifestants se sont interposés pour le protéger. Les manifestants devant l'esplanade de la Kasbah étaient encore plus nombreux que la veille, environ 4 000 selon un militaire. Des centaines s'apprêtaient de nouveau à y camper pour la troisième nuit consécutive, au mépris du couvre-feu en vigueur. « La bataille se jouera à Tunis. C'est pour cela que nous sommes venus. Il faut faire tomber le gouvernement. Ils sont comme un cancer, il faut tout nettoyer », lançait Lotsi Abbes, un pharmacien du sud du pays, ajoutant : « On ne se satisfera pas d'un remaniement. »
Lundi, le porte-parole du gouvernement et ministre de l'Éducation, Taieb Baccouch, avait annoncé qu'un remaniement était imminent tout en se prononçant pour le maintien des ministres de Ben Ali au nom de « la continuité de l'État ». Selon plusieurs sources ayant requis l'anonymat, d'intenses tractations se tenaient encore en début de soirée. Le ministre des Affaires étrangères, Kamel Morjane, qui occupait cette même fonction sous le régime Ben Ali, s'est dit « prêt à partir à n'importe quel moment » dans l'intérêt du pays, dans une interview à un journal tunisien.
La section régionale de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) de Sfax, deuxième ville du pays à forte activité économique, a appelé à une « grève générale » aujourd'hui, pour la démission du gouvernement et la dissolution de l'ex-parti au pouvoir. Parallèlement, le syndicat des enseignants du primaire a appelé hier à la fin aujourd'hui de sa « grève illimitée » visant à obtenir la démission du contesté gouvernement de transition, après deux jours d'un mouvement qu'il a qualifié de « grand succès ». Il a précisé que les enseignants s'engageaient à rattraper le retard et à terminer les programmes en travaillant pendant les prochaines vacances et souligné l'adhésion des enseignants à la « révolution du peuple ».

