« Le Premier ministre Saad Hariri a formé son cabinet après avoir obtenu la majorité lors des dernières élections législatives, du fait même de sa position de leader de la majorité parlementaire, et plus précisément de la majorité écrasante. Cette réalité est garantie par la Constitution libanaise, les usages nationaux en cours au sein du régime parlementaire libanais depuis l'indépendance », a indiqué le Conseil des muftis dans un communiqué publié à l'issue de la réunion.
« Le cabinet Hariri a été formé après l'accord de Doha, à travers lequel les forces politiques qui y participaient se sont engagées à ne pas bloquer l'action du cabinet et à ne pas démissionner. Ce qui s'est produit, cependant, était plus grave et plus dangereux, dans la mesure où cela a conduit à une violation des accords, des engagements et des usages. Les fondements sur lesquels reposent les relations entre les communautés libanaises à l'intérieur du système ont été violés, ce qui met en péril les fondements de la coexistence », poursuit le communiqué.
« Le gouvernement est tombé par la démission d'une partie sur base d'une lutte autour de la justice et du tribunal, dans le cadre d'une tentative obscure de les outrepasser ou de les annuler. Or les assassinats qui se sont produits durant les années écoulées ont visé une seule partie politique, et la chute du cabinet sur cette même base porte atteinte à une grande partie nationale, ainsi qu'à une communauté fondatrice de l'entité libanaise. Cela n'a qu'un seul sens : il s'agit d'un ciblage prémédité, et une persistance d'une volonté de suprématie, de mainmise et d'oppression, ce que nous ne pouvons accepter et ce sur quoi nous ne pouvons nous taire. Cela se produit malgré le fait que le Premier ministre, les parents des martyrs et tous les gens honorables dans ce pays ont toujours insisté sur leur volonté de dialoguer, de s'entendre, d'éviter la discorde, de s'en remettre nécessairement à l'État et aux institutions, et de déployer les efforts pour dissiper les craintes de toutes les parties, pour consolider l'unité nationale et la coexistence, éloigner la discorde et préserver la stabilité du pays et la sécurité de la population », ajoute-t-il.
« Le Conseil des muftis au Liban insiste sur son attachement à la coexistence, l'entente nationale, la paix civile et aux promesses pour la réalisation desquelles les martyrs ont sacrifié leur vie, et met en garde contre le fait d'ignorer les aspirations de la majorité sunnite et de la majorité parlementaire, et d'outrepasser les fondements constitutionnels et les équations nationales et consensuelles qui sont liées aux droits constitutionnels de la volonté de cette majorité parlementaire. Le Conseil met également en garde contre le danger constitué par un gouvernement imposé par le recours à la force, la pression et la contrainte », précise le communiqué.
Le Conseil a ensuite exprimé son inquiétude vis-à-vis « des tentatives d'établissement d'une hégémonie, d'une domination, d'une oppression et d'un arbitraire, hors de l'esprit du pacte national et de la Constitution ». Aussi a-t-il appelé « le président de la République, garant de la Constitution, de l'unité du pays et des constantes sur lesquelles le Liban a été édifié, à ne pas permettre aux personnes vindicatives de mener à bien leurs desseins, à faire face à leurs tentatives désespérées et à tenir tête à ceux qui cherchent à créer des tensions absurdes entre les communautés libanaises, afin de préserver la stabilité et la sécurité du Liban ».
« Dans ces conditions historiques que le Liban traverse, tous ceux qui parient sur la discorde ou qui tentent de semer cette dernière sont perdants et sont des traîtres vis-à-vis de leur patrie, le Liban, qui a été édifiée sur la concorde entre les différentes communautés et parties, quelles que soient les divergences d'opinion entre elles », a ajouté le Conseil, appelant les Libanais « à ne pas se laisser entraîner dans la discorde, pour laquelle œuvrent ceux qui ne veulent ni sécurité, ni paix, ni stabilité au Liban ».
Le Conseil a enfin renouvelé son attachement à « la justice sans laquelle aucun système ne peut être édifié et dans l'ignorance de laquelle aucune vie ne peut perdurer ». « C'est elle qui réalise la stabilité et la sécurité chez les gens », a-t-il ajouté, en proclamant également son attachement à Taëf comme référence légale et constitutionnelle.
De son côté, le Conseil supérieur chérié, également réuni à l'appel du mufti Kabbani, a dénoncé « toutes les atteintes contre nos symboles politiques et religieux », proclamant « sa confiance en le Premier ministre Saad Hariri comme l'un des symboles politiques islamiques qui représentent la communauté et préservent ses droits et sa dignité, qui bénéficie du soutien populaire et parlementaire le plus large ».
Le Conseil a exprimé son soutien au communiqué rendu public par Saad Hariri jeudi, dans lequel ce dernier a laissé le processus politique et constitutionnel suivre son cours conformément à la Constitution et à l'accord de Taëf. « Si l'action politique au Liban a été fondée sur l'équilibre confessionnel, l'entente nationale est la colonne vertébrale de cet équilibre. Lorsqu'il y a déséquilibre injuste en faveur d'une partie, cela menace l'unité du pays », ajoute le communiqué.

