Le gouvernement a déjà pris ce mois-ci deux séries de mesures sociales, dont l'augmentation des traitements des fonctionnaires et des retraités de 28 dollars par mois, le gel ou la baisse de certains prix ou encore des créations d'emplois. Par ailleurs, le roi a effectué « des visites discrètes dans les zones les plus démunies du royaume pour évaluer leurs besoins », a indiqué son entourage.
Le mouvement de contestation a démarré spontanément il y a deux semaines lorsque des Jordaniens, sans affiliation politique particulière, ont voulu exprimer un ras-le-bol devant la hausse des prix et leurs difficultés quotidiennes. L'opposition, notamment le puissant Front de l'action islamique (FAI), soutenu par les syndicats professionnels et les partis de gauche, a pris le relais de la contestation, organisant des manifestations et des sit-in pour réclamer notamment la démission du gouvernement.
« Le roi n'est pas dupe. Il sait qu'en demandant la démission du Premier ministre, le peuple conteste en fait sa gestion du pays, puisque c'est lui qui nomme et renvoie le Premier ministre », a déclaré à l'AFP un ancien ministre qui a requis l'anonymat. « Pour la première fois, les tribus, épine dorsale du régime, l'opposition et les groupuscules sociaux sont sur la même longueur d'onde et veulent le changement », a-t-il ajouté.
Le FAI, principal parti d'opposition, a réclamé un « amendement de la Constitution » pour limiter les pouvoirs du roi. « Nous demandons que le chef de la majorité au Parlement devienne de facto Premier ministre, ou que le chef de l'exécutif soit élu directement par le peuple », avait affirmé mardi dernier à l'AFP Zaki ben Rsheid, membre exécutif du FAI.
La Constitution jordanienne, adoptée en 1952, donne au roi la prérogative exclusive de nommer ou limoger le Premier ministre de son choix. « Nous poursuivrons notre mouvement jusqu'à l'obtention de nos revendications », a renchéri hier le secrétaire général du FAI, Hamzeh Mansour. « La crise économique aiguë et la crise sociale au bord de l'explosion sont le résultat d'une crise politique qui nécessite des réformes politiques immédiates », a-t-il dit à l'AFP. « Le gouvernement actuel qui a perdu toute crédibilité ne peut pas mener de telles réformes, c'est pourquoi nous voulons un gouvernement intérimaire qui inspire confiance au peuple », a-t-il ajouté.

