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Liban - La Situation

Sombres pronostics pour une crise appelée à durer

Quelles sont encore les chances d'un succès des efforts diplomatiques arabes engagés dans l'espoir d'un règlement de la crise libanaise ? Les pronostics étaient plutôt sombres hier à la suite notamment de la déclaration alarmiste du chef de la diplomatie saoudienne, Saoud el-Fayçal, à la chaîne satellitaire al-Arabiya et des informations très peu optimistes sur un éventuel aboutissement de la médiation turco-qatarie.
Pour de nombreux observateurs, c'est une course contre la montre qui est actuellement engagée entre la diplomatie et la rue qui semble prête à exploser, pour peu qu'un feu vert en ce sens soit donné.
L'émir Saoud el-Fayçal qui a officiellement sonné le glas de l'initiative syro-saoudite a d'ailleurs qualifié la situation dans le pays de dangereuse et mis en garde contre une partition du Liban. Mais ses propos ont sutout mis en évidence la profondeur du conflit avec Damas autour du dossier libanais, à l'heure où le 8 Mars accuse les États-Unis et le Premier ministre Saad Hariri d'être à l'origine de l'échec de la médiation syro-saoudite. Ils recelaient aussi une accusation indirecte de manque de coopération, adressée à Damas.
L'émir Saoud a ainsi expliqué sans autre forme de procès que le roi Abdallah avait tenté par des contacts directs avec le président syrien Bachar el-Assad de « parvenir à une solution globale au problème libanais », mais que ses efforts n'avaient « pas abouti » et que le roi s'était par conséquent « retiré de ces efforts de médiation ».
Ses propos ont été mal acueillis dans les milieux du 8 Mars et notamment par le président de la Chambre, Nabih Berry. Cité par ses visiteurs, M. Berry a reproché à Riyad d'avoir suspendu ses efforts pour le Liban et pris ses distances par rapport à la médiation turco-qatarie. Selon lui, les ministres des Affaires étrangères de la Turquie, Ahmet Davutoglu, et du Qatar, Hamad ben Jassem ben Jaber al-Thani, ne sont venus au Liban qu'« après avoir pris contact avec le souverain wahhabite et obtenu sa bénédiction ». Même étonnement dans les rangs du Hezbollah : « Personne ne nous a annoncé la suspension des efforts de médiation », a déclaré le ministre démissionnaire, Mohammad Fneich, alors que le député du Baas, Kassem Hachem, relevait que l'initiative turco-qatarie est née de la médiation syro-saoudite.
Mais le ministre saoudien, avec qui M. Hariri a pris contact hier, devait assurer que son pays « soutient tout effort visant à fournir des facteurs de stabilité au Liban ».

Le ministre qatari des AE à Paris
À l'heure actuelle, ces facteurs restent cependant hors de portée. Pour une fois, l'opposition et la majorité tombent d'accord sur un même point : la situation est on ne peut plus nébuleuse. La médiation turco-qatarie semble piétiner, voire elle aurait pris fin en queue de poisson, même si un nouveau round de contacts est prévu. Le ministre turc a regagné Ankara, pour y accuellir le chef de la diplomatie russe, mais son homologue qatari est resté à Beyrouth et doit prendre l'avion pour Paris afin de se concerter avec le président Nicolas Sarkozy des résultats des consultations des derniers jours à Beyrouth.
Selon des sources diplomatiques citées par notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, Ankara et Doha essaient principalement de régler le problème au niveau du Premier ministre sortant et du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avec qui ils ont eu un entretien, mardi soir. En gros, ils essaient de convaincre le Hezbollah d'accepter la nomination de M. Hariri à la tête du nouveau gouvernement, de ne pas exiger une abrogation du protocole conclu entre le Liban et l'ONU au sujet du TSL du moment que le Liban est membre non permanent du Conseil de sécurité et qu'il a des engagements vis-à-vis de la communauté internationale, et d'attendre la parution de l'acte d'accusation dans l'affaire Hariri avant de prendre position.
De sources informées, on indique que Hassan Nasrallah exige que le Premier ministre sortant s'engage à former un gouvernement d'union nationale au sein duquel l'opposition détiendra une minorité de blocage et que ce gouvernement abroge le protocole signé avec l'ONU. Inutile de préciser que les deux parties n'ont pas accepté ce qui leur a été proposé. Alors que M. Hariri estime qu'il a donné suffisamment d'assurances à l'opposition sur sa bonne foi, au cours des derniers mois, alors que celle-ci n'a rien montré en retour, le Hezbollah juge que la donne a changé avec le dépôt de l'acte d'accusation auprès du juge de la mise en état et qu'il a besoin de nouvelles garanties.
Parce que la confiance fait défaut entre les deux hommes, chacun exige que l'autre fasse le premier pas, au moment où les deux ministres turc et qatari s'efforçaient d'obtenir une initiative concomitante des deux. Pour les observateurs, cette méfiance n'est, encore une fois, que le reflet du conflit syro-saoudien et syro-américain autour du dossier libanais.
Les craintes que ce conflit ne se transpose sur le terrain s'accroissent, d'autant que les sources proches du Hezbollah, dont la chaîne al-Manar, assurent que le secrétaire général du Hezbollah a fait savoir à ses deux visiteurs que la Résistance a « une nouvelle approche de la situation dans le pays » après la remise de l'acte d'accusation au juge Daniel Fransen. Selon ces sources, ses combattants ont été tous mobilisés et sont en état d'alerte, c'est-à-dire prêts à « passer à l'acte ».
La question qui se pose est de savoir si en cas de recours à la rue, l'armée interviendra. Reçu mardi à Damas, le commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi, a effectué hier une tournée auprès des présidents de la République, de la Chambre et du Conseil, pour leur rendre compte des résultats de ses entretiens dans la capitale syrienne. Il serait intéressant de noter qu'à l'heure où diverses interprétations étaient données au sujet de l'entretien Kahwagi-Assad, de sources informées, on précise que cette visite s'inscrit en réalité dans le cadre d'une tournée que le chef des forces régulières a entamé il y a quelque temps auprès de certains capitales arabes, dont la Jordanie et l'Égypte. Ce n'est que maintenant que Damas lui a donné rendez-vous. Le timing de ce rendez-vous sollicité pourtant depuis des semaines et le message qu'il comporte s'adressent essentiellement aux adversaires des alliés de la Syrie.
Mais ces derniers ont semble-t-il fait également transmettre à qui de droit le message selon lesquels ils ne garderaient pas les bras croisés si l'opposition fait monter les enchères et accentuer la pression. Le communiqué publié hier par le secrétariat général du 14 Mars va dans ce sens.
Quelles sont encore les chances d'un succès des efforts diplomatiques arabes engagés dans l'espoir d'un règlement de la crise libanaise ? Les pronostics étaient plutôt sombres hier à la suite notamment de la déclaration alarmiste du chef de la diplomatie saoudienne, Saoud el-Fayçal, à la chaîne satellitaire al-Arabiya et des informations très peu optimistes sur un éventuel aboutissement de la médiation turco-qatarie.Pour de nombreux observateurs, c'est une course contre la montre qui est actuellement engagée entre la diplomatie et la rue qui semble prête à exploser, pour peu qu'un feu vert en ce sens soit donné.L'émir Saoud el-Fayçal qui a officiellement sonné le glas de l'initiative syro-saoudite a d'ailleurs qualifié la situation dans le pays de dangereuse et mis en garde contre une partition du Liban. Mais ses...
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