Les frères Chiloian dans leur élément. Photo Carla Henoud
Cet intérêt remonte au grand-père - comme toujours, lorsqu'il s'agit d'une passion qui se mêle à un savoir-faire - Khachadour Terzian, qui a quitté la Turquie pour la Syrie puis a débarqué au Liban. Il se fait des amis « dans le domaine », explore, conseille, vend, achète, revend. Et transmet toutes sa flamme aux petits-fils.
« Il a toujours été mon mentor », confie Patrick Chiloian, qui a vite ressenti un intérêt pour l'objet de nombreux désirs. Il achève ses études de business puis s'envole pour les États-Unis. « J'avais commencé une importante collection de tapis antiques décoratifs et arméniens, confie-t-il avec un accent américain, en même temps que j'apprenais la réparation des tapis anciens. » Un travail de fourmi qu'il maîtrise et qui est un mélange de délicatesse, de tact, avec un brin d'art pour savoir faire les choix de couleurs, de tons, des choix fidèles à l'œuvre originale.
Patrick voyage aux quatre coins du monde, il le fait encore pour saisir une opportunité, trouver la perle rare, acquérir un beau tapis à revendre ou garder. En 1979, il ouvre une salle d'exposition à Beverly Hills et se positionne parmi « les grands collectionneurs de ces tapis anciens et parmi les meilleurs restaurateurs de la région ». Ses clients sont des célébrités. Il cite Madonna, Jane Fonda « une voisine et amie », des artistes et des passionnés. L'année dernière, il prend la décision de fermer boutique et de revenir au Liban offrir son expertise à ses compatriotes. Il inaugure un atelier, où travaillent, comme des abeilles dans une ruche, un groupe d'artisans qu'il a formés à l'art de la restauration, et une salle qui prend des airs de galerie, les tapis exposés ressemblant parfois à des toiles de maître.
Lorsqu'il parle d'eux, il pourrait le faire pendant des heures. Il aime décrire les genres, déroulant à chaque fois un tapis d'une région ou d'une période spécifique, en ajoutant : « Aucune pièce ne ressemble à l'autre. » Plongé dans cette odeur particulière, qui est pour lui un parfum, il souligne, convaincu : « C'est comme si chaque tapis dialoguait avec l'autre. »
Le dialogue se poursuit avec le visiteur, acheteur potentiel ou simple amateur, avec une visite guidée dans le monde merveilleux des tapis, volants ou pas...


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