Conçue pour une population de 70 000 habitants, Delhi compte aujourd’hui au moins 16 millions d’habitants. Quatrième ville la plus polluée au monde, selon l’Organisation mondiale de la santé, New Delhi tente pourtant de soigner ses maux. Située sur une zone sismique, la ville n’a pas pris de mesures de précaution en cas de catastrophe. Photo AFP
Plusieurs fois capitale de l'Inde antique entre le XIIe et le XIXe siècle, Delhi fut notamment la capitale du fastueux empire moghol avant d'être délaissée pour la bouillonnante Calcutta, dans l'est du pays. Mais en décembre 1911, le roi George V décide de déplacer de nouveau la capitale à Delhi, chargeant l'architecte britannique Edwin Lutyens de construire le quartier administratif et politique, baptisé « New Delhi ». Après son indépendance de l'administration britannique en 1947, New Delhi devient la capitale fédérale de l'Union indienne.
Les plans britanniques étaient conçus pour une population de 70 000 habitants. Aujourd'hui, Delhi compte au moins 16 millions d'habitants, dont seuls 3 % à 4 % vivent dans des zones prévues pour l'urbanisation, selon Miloon Kothari, directeur de Housing and Land Rights Network (HLRN), une organisation qui défend le droit à un hébergement décent. « Le programme de développement ne repose pas sur les besoins de la population. La majorité des habitants ne vit pas dans la dignité », dénonce auprès de l'AFP cet ancien rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme de l'ONU sur le thème du logement.
En cent ans, l'arrivée massive de migrants en quête d'emploi, la multiplication des bidonvilles et l'explosion du trafic automobile ont bouleversé les traits de la capitale. On compte à Delhi 6,5 millions de voitures, soit le nombre cumulé de voitures à Calcutta, Bombay et Madras. À l'automne dernier, des travaux d'embellissement et l'expulsion de pauvres et de mendiants du centre-ville, à l'occasion des Jeux du Commonwealth, censés être la vitrine de l'Inde moderne, ont accentué les différences. « Nous sommes en train de créer une ville à deux visages, dont l'une prend les traits d'une cité apartheid d'où les pauvres sont exclus », dit M. Kothari.
New Delhi avait été choisie comme siège du gouvernement pour deux motifs topographiques, rappelle l'ONG environnementale Delhi Greens : la rivière Yamuna et une arête dorsale le long de laquelle des zones de forêts se sont développées, en faisant le « poumon vert » de la ville. Mais l'élargissement des routes, l'urbanisation galopante et les déversements d'ordures ont détruit une partie des ressources naturelles. En de nombreux endroits, la rivière Yamuna n'est plus qu'un égout à ciel ouvert.
Quatrième ville la plus polluée au monde, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), New Delhi tente pourtant de soigner ses maux : un programme pilote a été lancé en octobre pour analyser en temps réel et prévoir 48 heures à l'avance la qualité de l'air. Censé réduire l'engorgement du trafic, un métro a été construit à grands frais, entraînant la construction de dizaines de ponts en béton qui enlaidissent davantage le paysage urbain. « New Delhi souffre d'une crise d'identité. À cause de sa croissance rapide, il n'y pas de lien entre la population alors que la ville est l'une des plus vieilles au monde », juge Govind Singh, de l'ONG Delhi Greens.
La ville, située sur une zone sismique, n'a pas non plus pris de mesures de précaution en cas de catastrophe. En mai dernier, le gouvernement de Delhi estimait qu'il était urgent d'évaluer les risques en matière de construction, tout en reconnaissant : « Le plus gros défi repose peut-être sur la difficulté d'attirer l'attention des dirigeants politiques quand la ville fait face à de nombreux autres problèmes urgents. »

