Dans le monde de la voile internationale, la « Volvo » est (avec la Coupe de l'America) le rendez-vous ultime, celui qui rassemble - toutes nationalités confondues - les skippers les plus talentueux et les meilleurs équipages sur des monocoques d'une vingtaine de mètres de long, nec plus ultra de la course au large. La Volvo s'appelait autrefois Whitbread. Elle a déjà été courue à dix reprises depuis la première édition, en 1973, et les Français ne se sont imposés qu'une seule fois : c'était en 1986, avec L'Esprit d'équipe, skippé par Lionel Péan. L'exploit n'a pas été réédité. Le départ de la prochaine Volvo sera donné le 5 novembre d'Alicante (Espagne) et la course s'achèvera en juillet 2012 à Galway (Irlande), au terme de 9 escales en Afrique du Sud, à Abou Dhabi, en Chine, en Nouvelle-Zélande, au Brésil, aux États-Unis, au Portugal et en France (Lorient, Morbihan). À ce jour, une demi-douzaine d'équipes sont inscrites, selon Pedro Galvan Paris, responsable de la communication de la course. Fort du soutien de son parraineur Groupama, qui consacrera à l'aventure 17 millions d'euros par an jusqu'en 2015, Franck Cammas - déjà le skipper le plus rapide (48 jours 07 heures et 44 minutes/trophée Jules Verne) autour du monde en équipage avec le maxitrimaran Groupama 3 -, se lance à son tour dans la quête du Graal.
Pour cela, il a rassemblé quelques-uns des équipiers les plus recherchés de la planète voile et dispose pour s'entraîner du voilier vainqueur de la dernière édition, l'ancien Ericsson 4.
Un nouveau bateau, dessiné par l'architecte franco-argentin Juan Kouyoumdjian, est en cours de construction chez Multiplast, à Vannes (Morbihan), et sera mis à l'eau fin avril. Ces deux derniers mois, Cammas a élu domicile sur l'île de Lanzarote, aux Canaries, où une base rassemblant une cinquantaine de personnes a été installée dans la marina de Puerto Calero. Voilerie, atelier, bureau, cafétéria... Le choix de Lanzarote ne s'est pas fait au hasard. C'est là qu'Ericsson 4 avait établi ses quartiers avant la dernière Volvo, et le fait d'être basé sur une île atlantique présente de nombreux avantages. « Les conditions sont idéales, confie Franck Cammas. On a une météo agréable, les alizés et, parce qu'on est sur une île, on trouve tout de suite les conditions de navigation du large, avec de la mer et des vents soutenus. » À la fin de cette semaine, Groupama quittera définitivement les Canaries pour Lorient, via les Açores, « pour essayer de trouver des conditions de navigation un peu plus musclées ». À bord du monocoque tout carbone, sans aucune concession au confort, onze marins de cinq nationalités (Français, Irlandais, Suédois, Australien, Néo-Zélandais) vont coexister pendant de longs mois de course. La langue de travail est l'anglais, ce qui ne semble pas poser de problèmes.
La cohabitation entre les deux cultures maritimes (les Français plus tournés vers les courses en solitaire, les Anglo-Saxons et les Scandinaves vers celles en équipage) est harmonieuse. L'Irlandais Damian Foxhall, barreur/régleur et bosco (maître d'équipage) du bord, estime d'ailleurs qu'« opposer Francos et Anglos tient un peu du cliché ». « On est des pros et on va chercher les meilleurs, souligne-t-il. Pour réussir, il faut chercher des compétences complémentaires », où qu'elles soient. « L'important, résume le tacticien Jean-Luc Nélias, c'est que le skipper ait la confiance de tout le monde. C'est le cas avec Franck Cammas, un vrai leader qui a toutes les qualités pour mener un tel projet. »

