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Moyen Orient et Monde - Le Point

Les sirènes de la droite

Les traîtres ne seront jamais gens fréquentables. Depuis hier, Ehud Barak est la vivante illustration de cet axiome, lui qui vient de quitter les rangs du Parti travailliste pour embarquer dans la galère Netanyahu, s'attirant aussitôt les foudres de ses anciens camarades sans pour autant gagner les sympathies de ses nouveaux alliés. Aryeh Eldad, du Parti national religieux : « L'éclatement du Labour représente la moitié de la bataille. L'autre moitié sera gagnée lorsqu'il mettra fin à sa carrière et du coup à nos malheurs. » Shelly Yachimovich, collègue jusqu'à hier, est plus sévère encore : « Il ne nous a apporté que tragédies, divisions et ruptures. Sa manière d'annoncer son départ est celle d'un homme corrompu, d'un opportuniste. »
Tacticien plutôt que stratège, le militaire le plus décoré du pays n'ignorait rien des efforts entrepris depuis des semaines pour le chasser de la tête de son parti. Il a choisi de prendre les devants ce qui, au vu des dégâts occasionnés dans les deux principaux camps, passerait difficilement pour une preuve d'habileté. Sa manœuvre a entraîné le départ des trois autres ministres travaillistes - Binyamin Eliezer, Yitzhak Herzog, Avishaï Braverman -, raidi les positions des uns et des autres et déclenché les premières mesures d'un profond bouleversement du paysage politique. Difficile désormais de prétendre œuvrer à relancer un processus de paix avec les Palestiniens, en panne depuis des mois, quand les partants du cabinet dénoncent l'impasse dans les négociations et la présence au sein de l'équipe dirigeante d'un Avigdor Lieberman et de son parti (Yisrael Beiteinu), « avec leur inacceptable discours raciste qui menace notre démocratie ».
L'intéressé se défend en prétendant être conséquent avec lui-même. Lors d'une conférence de presse pour annoncer sa décision, il a déclaré, entouré de Shalom Simhon, Einat Wilf, Matan Vilnai et Orit Noked, les quatre parlementaires qui ont choisi de le suivre dans sa dissidence : « Nous allons retrouver notre indépendance. Nous créons un mouvement, plus tard peut-être une formation politique qui sera centriste, sioniste et démocratique. Notre priorité première sera l'État, notre parti, enfin nous-mêmes. » Plutôt vague, on en conviendra, comme programme d'action. À la présidence du Conseil, préalablement informée de la décision - à laquelle, dit-on, elle aurait activement participé à travers un émissaire dûment mandaté, Nathan Eshel, directeur du cabinet du chef du gouvernement -, on ne prend même pas la peine de cacher sa satisfaction. « Enfin un îlot de stabilité, affirme un proche du Premier ministre sur le site Ynet. Eh, bien sûr ? L'équipe au pouvoir, qui jouissait à la Knesset d'une confortable majorité de 74 députés voit celle-ci réduite désormais à 66 voix. » Déjà l'ancienne chef de la diplomatie Tzipi Livni s'est prononcée pour des élections anticipées et parle d'« un triste jour pour la vie politique en Israël ». L'opération elle-même est loin de susciter des réactions admiratives, sauf peut-être au sein du Likoud où l'on évoque une campagne « digne d'un maître ès-manœuvres »
Tout débute il y a deux semaines. Les ministres travaillistes déclenchent un tir nourri contre Ehud Barak, accusé d'avoir provoqué l'ire d'une administration Obama déçue par la sinuosité de ses positions sur le dialogue de paix avec Mahmoud Abbas. Dix-huit mois durant, fulminait-on à Washington, il nous a leurrés en nous faisant croire qu'il était en mesure d'amener « Bibi » à de meilleurs sentiments, et même carrément à un accord avec la partie palestinienne. « Son monde s'est effondré alors et il était devenu d'une humeur maussade », indique-t-on du côté de la droite. On n'est pas près d'oublier qu'il fut l'unique député à s'abstenir de prendre position lors du vote sur les négociations, que durant son mandat à la tête du cabinet la paix était entrée en hibernation mais aussi qu'il fut, soyons objectifs, l'un des rares dirigeants à se dire favorable à la restitution de certains territoires occupés en échange d'un accord avec la partie arabe.
Grand vainqueur de cette étrange journée des dupes, Netanyahu, plus arrogant que jamais, pouvait se permettre en soirée d'affirmer : « Le monde entier sait, et les Palestiniens savent que notre gouvernement sera
en place pour des années à venir ; c'est avec lui qu'il faudra négocier. » Le message, on l'aura compris, s'adresse essentiellement à l'Amérique, première victime de cette intransigeance, ayant déjà perdu, il y a quelques mois, un précédent bras de fer et qui ne peut se permettre de céder une fois de plus. Du moins on l'espère.
Les traîtres ne seront jamais gens fréquentables. Depuis hier, Ehud Barak est la vivante illustration de cet axiome, lui qui vient de quitter les rangs du Parti travailliste pour embarquer dans la galère Netanyahu, s'attirant aussitôt les foudres de ses anciens camarades sans pour autant gagner les sympathies de ses nouveaux alliés. Aryeh Eldad, du Parti national religieux : « L'éclatement du Labour représente la moitié de la bataille. L'autre moitié sera gagnée lorsqu'il mettra fin à sa carrière et du coup à nos malheurs. » Shelly Yachimovich, collègue jusqu'à hier, est plus sévère encore : « Il ne nous a apporté que tragédies, divisions et ruptures. Sa manière d'annoncer son départ est celle d'un homme corrompu, d'un opportuniste. »Tacticien plutôt que stratège, le militaire le plus décoré du pays...
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