La Grèce, qui cherche à jouer une carte, a reçu pendant trois jours cette semaine le ministre israélien des Affaires étrangères.
Les champs gaziers offshore, dont le plus important Leviathan a un potentiel estimé à 450 milliards de mètres cubes de gaz, ont déjà produit un résultat diplomatique inespéré entre Israël et Chypre qui sont parvenus à délimiter ensemble leurs frontières maritimes, facilitant toute future activité d'exploration gazière.
« La découverte de Leviathan accélère les discussions, les cartes sont rebattues », a dit à l'AFP Thanos Dokas, directeur général du centre de réflexion grec Eliamep.
Mais, selon lui, de vifs débats sont à prévoir entre les cinq pays concernés : Israël, Chypre, Turquie, Liban et Grèce.
L'accord de délimitation signé en décembre entre Israël et Chypre, allié d'Athènes, a irrité la Turquie qui ne reconnaît pas le gouvernement grec chypriote et reconnaît seulement la partie nord de l'île.
Les relations entre Ankara et Israël s'étaient de toute façon fortement détériorées depuis l'assaut mené le 31 mai par des commandos de marine israéliens contre le ferry turc Mavi Marmara, navire amiral d'une flottille humanitaire qui se dirigeait vers Gaza, sous blocus israélien. Neuf Turcs avaient été tués.
Par ailleurs, le Liban remet en question les droits maritimes d'Israël dans la zone. Les frontières maritimes entre les deux États ne sont pas officiellement délimitées.
Chypre de son côté a signé des accords de délimitation de ses frontières maritimes avec l'Égypte et le Liban, qui sont d'accord pour une exploitation conjointe d'éventuels dépôts d'hydrocarbures.
La Grèce espère quant à elle devenir une voie de passage du gaz vers le continent européen. Ses relations avec Israël, dont les activités d'exploration sont soutenues par des groupes américains, se sont considérablement améliorées au cours des derniers mois.
En état de quasi-faillite au printemps, la Grèce cherche par ailleurs des investisseurs étrangers pour tenter de faire redémarrer une économie en récession pour la deuxième année consécutive.
Depuis l'accord entre Chypre et Israël, des voix en Grèce demandent le démarrage de missions d'exploration pétrolière.
« Certains ont le sentiment qu'un trésor repose au large de la Crète », déclare Theodore Tsakiris, analyste spécialisé dans l'énergie, qui dirige le Centre Hellène d'études européennes (EKEM).
Le gouvernement grec a nourri les spéculations en accélérant le projet de création d'un régulateur chargé de l'exploration en hydrocarbures d'ici à l'an prochain.
Le mois dernier, le secrétaire d'État à l'Énergie a indiqué que des explorations préliminaires avaient permis de localiser des réserves en hydrocarbures à Kavala, Epanimi (nord-est du pays), à Katakolo (ouest du Péloponnèse), dans la mer Ionienne, et au sud de la Crète.
Mais Athènes reste prudent. « Les rumeurs qui transforment la Grèce en Qatar sont fausses », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Dimitri Droutsas lundi.
« La délimitation des zones maritimes (...) est un enjeu central et stratégique pour ce gouvernement », a dit M. Droutsas sur la radio Real.
La Grèce a des discussions « en cours » avec la Libye, l'Égypte, et a pris des « contacts exploratoires » avec la Turquie, a précisé le ministre.
La semaine dernière, le Premier ministre grec Georges Papandréou a été reçu en Turquie par son homologue Recep Tayyip Erdogan. Peu de choses ont filtré de leurs entretiens.
« Nous sommes en contact avec les pays voisins (...) mais tout cela n'a pas besoin d'être fait en public », a ajouté M. Droutsas.

