L'accord prévoit une coopération entre le groupe pétrolier britannique et le premier producteur d'hydrocarbures de Russie, Rosneft, en vue de prospecter et d'exploiter une zone qui présenterait des ressources comparable à la mer du Nord britannique. /
Cet accord a été scellé plus tôt dans la journée lors d'un entretien entre le premier ministre russe Vladimir Poutine et le directeur général de BP Robert Dudley. "Le gouvernement russe va soutenir votre travail en commun (...) et créer le climat fiscal et administratif le plus favorable pour que ce projet se réalise", a déclaré M. Poutine, cité par les agences russes.
L'accord porte sur une région immense recouvrant le plateau continental de la mer de Kara, limitrophe de l'Océan Arctique, pour laquelle Rosneft avait décroché des permis d'exploitation en octobre.
Cette zone, d'une superficie totale de 125 000 km2, représente selon les Russes l'équivalent, en taille et en potentiel, de la mer du Nord britannique, et les ressources qu'elle contient sont évaluées à cinq milliards de tonnes de pétrole et 3 000 milliards de mètres cubes de gaz.
"Ce sont des chiffres importants. Ils ont besoin d'être confirmés, mais ils sont tout à fait réalistes", a jugé M. Poutine.
Cet accord s'accompagnera d'un échange de participations croisées entre les deux compagnies, au terme duquel Rosneft détiendra 5% du capital de BP, et BP 9,5% de celui de Rosneft. La transaction représentera près de 16 milliards de dollars au total, d'après les cours respectifs des deux groupes.
Cette alliance conforte les efforts de BP pour se relancer après la marée noire de l'an dernier, qui avait paru un temps menacer sa survie. Il va lui permettre de mettre un pied dans la région inexplorée la plus prometteuse du monde.
Mais il va aussi réduire à terme le poids relatif des États-Unis dans ses activités, et risque de dégrader encore un peu plus ses relations avec les autorités américaines, déjà au plus mal depuis la marée noire ayant souillé l'an dernier les côtes du golfe du Mexique.
Un parlementaire américain influent, le démocrate Ed Markey, a déjà critiqué sévèrement cette alliance dans un communiqué. "BP signifiait autrefois British Petroleum. Avec cet accord, cela veut désormais dire Bolshoï Petroleum", a-t-il raillé.
Des critiques balayées par Bob Dudley. "Je pense que c'est un moment historique pour BP, pour notre secteur, pour la Russie et pour le monde de l'énergie", a-t-il défendu lors d'une conférence de presse à Londres, avec les dirigeants de Rosneft et des responsables russes et britanniques.
Par ailleurs, le fait que BP se lance ainsi à la conquête de l'Arctique ne manquera pas d'attiser l'inquiétude des défenseurs de l'environnement, qui condamnent une multiplication de projets visant à exploiter les ressources de cet écosystème fragile et menacé par le changement climatique.
Une autre compagnie pétrolière britannique, Cairn Energy, a déjà soulevé de telles critiques l'an dernier, pour avoir lancé une campagne de prospection pétrolière au large du Groenland.

