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Liban - La Situation

Le Liban s’engage dans la crise totale...

« L'homme est entre les mains de la nature comme l'argile entre celles du potier », écrivait le déterministe Spinoza. Si la démission hier des dix ministres du 8 Mars et du ministre d'État Adnane Sayyed Hussein, proche du président de la République, était une éventualité retenue depuis longtemps pour provoquer la chute du cabinet Hariri peu avant la parution de l'acte d'accusation du Tribunal spécial pour le Liban chargé de juger les assassins de Rafic Hariri et ses compagnons, elle est néanmoins, depuis hier, une réalité. Comme quoi, les événements ne peuvent parfois pas dévier des trajectoires qui leur sont en effet tracées. Et cette trajectoire-là mène immanquablement à la crise ouverte...
C'est du domicile du chef du Courant patriotique libre, Michel Aoun, et par la voix du ministre aouniste Gebran Bassil que les ministres du 8 Mars ont choisi de claquer la porte du cabinet, à l'instant même où le Premier ministre Saad Hariri était reçu par le président des États-Unis, Barack Obama. Une coïncidence qui n'en était pas une, comme l'a fait comprendre le ministre Bassil, en appelant les Libanais à choisir « entre Beyrouth et Washington », l'objectif étant de porter un coup psychologique et politique au chef du gouvernement au moment de sa rencontre avec M. Obama, en le délégitimant, en le dénudant de son titre de Premier ministre d'un cabinet d'union. Les ministres du 8 Mars ont été suivis, moins d'une heure plus tard, par le ministre d'État Adnane Sayyed Hussein, en dépit d'un engagement préalable de ce dernier auprès du chef de l'État de ne pas emboîter le pas à l'opposition.
Le tiers du gouvernement ayant donc claqué la porte, ce dernier a donc cessé d'exister, conformément à la Constitution. Cependant, il convient de constater que les dix ministres de l'opposition ont créé un précédent en démissionnant à la télévision, loin des usages en vigueur qui voudraient qu'ils présentent une note écrite dans ce sens au chef de l'État. Le ministre d'État proche du président, lui, a respecté les formes en présentant sa démission au président de la République à Baabda.
La réponse locale à la démarche du 8 Mars est venue de Koraytem, où Boutros Harb, qui avait rejoint avec d'autres personnalités du 14 Mars la réunion du bloc parlementaire du Courant du futur, a lancé un appel au dialogue, tout en proclamant, comme le secrétariat général du 14 Mars plus tôt dans la journée, l'attachement de son camp à la justice, au tribunal international et à la stabilité du Liban.

Responsabilités
Les deux camps se sont mutuellement renvoyé la responsabilité de l'implosion du gouvernement. Pour le 8 Mars, Saad Hariri a rejeté la proposition qui lui était faite de convoquer au plus vite une séance du Conseil des ministres pour traiter de la question du tribunal et des « faux témoins ». Selon le 14 Mars, il n'en est rien, et Saad Hariri est resté positif jusqu'au bout, affirmant qu'il était favorable à une telle initiative, mais qu'il ne le ferait pas sous la pression, mais une fois rentré au Liban, à l'issue de ses entretiens. Une autre grille de lecture complémentaire fait de l'éruption de la crise le corollaire naturel de la fin de l'initiative syro-saoudienne. Laquelle n'aurait pas débouché, in fine, sur ce que le 8 Mars en attendait, c'est-à-dire des pressions saoudiennes supplémentaires pour pousser Saad Hariri à prendre position contre le tribunal. C'est donc la résilience de M. Hariri, soutenu par la communauté internationale, qui aurait donc placé le 8 Mars dans la perspective de l'escalade, la seule encore possible dans la logique du Hezbollah à l'heure où, selon des sources concordantes, l'acte d'accusation serait délivré par le TSL la semaine prochaine.
Des sources proches de la présidence de la République affirment que le chef de l'État était resté en contact avec le Premier ministre pour tenter de donner corps à la proposition du 8 Mars de convoquer le Conseil des ministres en séance extraordinaire. Ces sources précisent que le Premier ministre est resté ouvert à une solution et que le ministre Gebran Bassil, lors de sa visite à Baabda dans la journée, avait tiré des conclusions négatives de la position de M. Hariri et transmis au chef de l'État la volonté ferme des ministres du 8 Mars de démissionner.

Joumblatt ou Sayyed Hussein ?
Les sources proches de Baabda ajoutent que le chef de l'État était contre la démission des ministres de l'opposition et qu'il ne voulait pas précipiter l'effondrement du cabinet, de même que le député Walid Joumblatt, pour qui une démission des ministres du Rassemblement démocratique était inenvisageable. Le chef de l'État a tout fait pour empêcher la crise, précisent ces sources, et la bloquer au stade de la paralysie du gouvernement, sans plus, en s'engageant à préserver lui-même le statu quo jusqu'au mûrissement d'une solution. Dans cette optique, le président était défavorable à la démission du ministre d'État Adnane Sayyed Hussein, ajoutent ces sources, mais ce dernier « était aux abonnés absents, ne réapparaissant que pour confirmer sa démission à l'issue d'un entretien avec le président ». L'on indique aussi de mêmes sources que Adnane Sayyed Hussein a été contraint de prendre sa décision à la suite d'un appel du conseiller politique du secrétaire général du Hezbollah, Hussein Khalil, qui « lui a transmis les salutations du secrétaire général », avant de l'inviter à « faire un examen de conscience » et à « prendre la décision opportune face à cette situation de crise ».
En soirée, d'autres sources bien informées indiquaient que des pressions étaient exercées par le 8 Mars sur le camp politique du chef de l'État pour tenter de le pousser à pencher plutôt du côté des thèses de l'opposition que de celui de la majorité.

Contact Sarkozy-Assad
La démission du 8 Mars et la chute du gouvernement ont provoqué un tollé de réactions dans le monde entier. Aussi bien l'ONU, par la voix de son secrétaire général, Ban Ki-moon, que les États-Unis, par l'intermédiaire de Barack Obama et Hillary Clinton, la France, avec l'annonce d'une initiative pour « assistance à pays en danger », que Nicolas Sarkozy lancerait dès aujourd'hui lors de sa rencontre avec Saad Hariri, le Foreign Office de Londres, Ankara, Le Caire, Doha, Riyad... tout le monde a appelé les parties libanaises à la retenue pour éviter l'escalade et préserver la stabilité.
Si Hillary Clinton a insisté sur la volonté de Washington d'assurer un consensus international sur le TSL, Nicolas Sarkozy a réaffirmé en soirée « son soutien aux autorités et aux institutions libanaises », lors d'un entretien téléphonique avec le président syrien Bachar el-Assad, selon un communiqué de l'Élysée.
Le chef de l'État français a « souhaité que la concertation internationale contribue à aider les Libanais à surmonter cette phase délicate dans le plein respect des institutions démocratiques libanaises, de l'indépendance du Liban et de ses engagements internationaux », précise le communiqué.
La démarche de Nicolas Sarkozy vient rejoindre celle de plusieurs autres pôles - dont Ankara, puisque le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu aurait transmis avec insistance le même message hier à son homologue syrien Walid Moallem en Turquie -, incitant Damas à contenir la crise dans le cadre institutionnel, sans la laisser déborder dans la rue (ou pire), là où le Hezbollah et ses alliés pourraient vouloir la transposer.
L'ouverture de la crise s'est donc jouée hier. Le 8 Mars, qui s'est réuni hier en présence de Nabih Berry chez Hassan Nasrallah, devrait annoncer son plan d'action au début de la semaine prochaine après une nouvelle réunion vendredi. L'on murmure aussi que les pôles de l'opposition auraient tous été appelés à se rendre à Damas dans les jours à venir. Le 14 Mars tiendra lui aussi incessamment des assises élargies pour étudier la riposte. En attendant, toutes les parties se retrouveront aujourd'hui à Baabda comme si de rien n'était pour le déjeuner organisé à l'occasion de la visite du prince Albert de Monaco.
En pleine crise, le Liban réuni... par Monaco. Le comble du glamour !
« L'homme est entre les mains de la nature comme l'argile entre celles du potier », écrivait le déterministe Spinoza. Si la démission hier des dix ministres du 8 Mars et du ministre d'État Adnane Sayyed Hussein, proche du président de la République, était une éventualité retenue depuis longtemps pour provoquer la chute du cabinet Hariri peu avant la parution de l'acte d'accusation du Tribunal spécial pour le Liban chargé de juger les assassins de Rafic Hariri et ses compagnons, elle est néanmoins, depuis hier, une réalité. Comme quoi, les événements ne peuvent parfois pas dévier des trajectoires qui leur sont en effet tracées. Et cette trajectoire-là mène immanquablement à la crise ouverte...C'est du domicile du chef du Courant patriotique libre, Michel Aoun, et par la voix du ministre aouniste Gebran Bassil que...
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