Le prince Albert II de Monaco.
Cette première visite officielle au Liban, du prince Albert II de Monaco, fait suite à plusieurs voyages dans ce pays qu'il affectionne et avec qui, tout comme son père, le prince Rainier III, il tisse des liens privilégiés, qu'ils soient culturels, économiques ou personnels.
Accompagné d'une délégation de la Chambre de développement économique monégasque, le prince signera plusieurs accords dans ce domaine ainsi que des accords de coopération écotouristiques et sociaux. Il sera reçu par le président de la République, Michel Sleiman, et s'octroiera deux jours de tourisme. Mais, auparavant, il a tenu, avec son amabilité légendaire, à répondre à nos questions, comme il l'avait fait en septembre 2009, lors de son passage au Liban pour la 6e édition des Jeux de la francophonie.
Quelles ont été vos impressions suite à votre visite au Liban en 2009 ? Quel bilan faites-vous de sa francophonie ?
Je garde un souvenir fort de ces jeux. Tout d'abord, ce fut un spectacle exceptionnel qui a retracé l'histoire millénaire du Liban avec une mise en scène éblouissante. Ensuite, les VIes Jeux de la francophonie au Liban représentaient un symbole fort, avec une foule rassemblée et unie autour des mêmes valeurs. Je crois aussi que le message lancé par M. Abdou Diouf, secrétaire général de la francophonie, résumait parfaitement l'émotion ressentie : il rappelait en substance que l'organisation des Jeux à Beyrouth était « une victoire du dialogue sur l'intolérance, des urnes sur les armes ». Le président Sleiman et le peuple libanais peuvent être fiers de ce moment empreint d'une vraie fraternité.
À quand remonte cette amitié entre les Libanais et les Monégasques et où en est-elle aujourd'hui ?
Les Libanais ont toujours fait preuve d'un esprit d'ouverture associé à une grande capacité d'adaptation, qualité reconnue et appréciée partout dans le monde. Monaco, de par le nombre important de nationalités qui y cohabitent - environ 120 - est doté d'une population qui partage aussi cette mentalité. Ces deux pays étaient destinés à se reconnaître. Les relations d'amitié déjà affirmées depuis de nombreuses années ne cessent d'être confortées grâce à la politique de coopération internationale soutenue que j'ai mise en place depuis mon accession au trône, et aux échanges de plus en plus fréquents dans différents domaines.
Quel rôle joue la communauté libanaise à Monaco ?
Plus de 320 Libanais résident actuellement à Monaco et ils jouent un rôle très apprécié dans différents secteurs d'activités tout particulièrement dans l'hôtellerie, la finance, la promotion immobilière, l'import-export, le commerce, ainsi que dans un grand nombre de projets d'investissements d'envergure. À ce propos, je voudrais signaler que des réalisations comme le Centre Métropole ou des implantations récentes, celles de Façonnable et de la Bank Audi, témoignent de l'importance de cette présence libanaise en Principauté. Par ailleurs, depuis 2004, un prêtre libanais est présent aux côtés de la communauté libanaise à Monaco, il est détaché par l'archevêché maronite de Saïda au Liban pour une mission de trois ans à titre de vicaire auprès de l'église Sainte-Dévote de Monaco. Je me félicite de la place importante qu'occupe la communauté libanaise au sein de la population monégasque de par son dynamisme, sa joie de vivre et son implication dans la vie associative.
Cette visite officielle, qui est la première d'un souverain monégasque au Liban, va vous permettre de mieux vous imprégner de la politique locale. Quels sont les objectifs de votre visite ?
Cette première visite officielle au Liban, qui répond à l'invitation du président Sleiman, est avant tout pour moi l'occasion d'affirmer, une fois encore, les liens forts qui unissent nos deux pays. Je veux également rappeler à l'ensemble des interlocuteurs que je vais rencontrer, hommes politiques et principaux acteurs de la société civile, tout le respect et l'amitié que mon pays ressent pour le peuple libanais. Ce voyage, dans la période délicate, voire difficile que traverse le Liban, montre notre très grand attachement au pays du Cèdre. À ce propos, je voudrais, d'une part, saluer les efforts du président Sleiman qui, depuis son élection en 2008, œuvre sans relâche pour le maintien du dialogue entre Libanais et la relance des institutions de l'État ; et, d'autre part, rappeler le courage exemplaire dont fait preuve le Premier ministre Saad Hariri, dans une situation où sa tragédie personnelle est étroitement liée à la conduite politique de son pays.
Que pensez vous du rôle du président Sleiman dans le maintien de la stabilité du pays et l'édification de ses institutions. Que pensez-vous du Tribunal spécial pour le Liban ?
Je crois que nous ne pouvons que souscrire aux propos tenus par le président Sleiman à l'occasion des fêtes de Noël, qui souhaite que 2011 soit l'année de la stabilité et de la prospérité économique au Liban. Le président fait preuve de sagesse en s'efforçant de rassembler. Quant au Tribunal spécial pour le Liban, je pense qu'il faut en avoir confiance et respecter les institutions internationales. Ce tribunal a été créé par l'ONU dans le but d'avoir une justice indépendante, d'aider à régler les problèmes et non de les amplifier.
Quels sont vos projets économiques pour l'année à venir, à Monaco, et au Liban, s'il y en a ? Qu'en est-il au niveau des investissements monégasques dans notre pays et des investissements libanais à Monaco ?
L'État monégasque n'est pas endetté, ce qui nous permet de mieux résister à la crise économique internationale, mais nous nous efforçons d'être imaginatifs afin de soutenir notre économie. Je vous rappelle que notre développement économique s'appuie sur les technologies les plus innovantes et que notre croissance est fondée sur des activités diversifiées telles que le tourisme haut de gamme, la recherche, les activités industrielles propres à forte valeur ajoutée, les nanotechnologies...
Quant à la coopération économique entre nos deux pays, nous avons instauré depuis plusieurs années de nombreuses passerelles.
Une délégation de la Chambre de développement économique monégasque, la CDE, m'accompagne. De nombreux contacts ont été pris, des accords nouveaux vont être signés. Monaco pourra ainsi recevoir quelques chaînes de télévision libanaises à travers le câble monégasque suite à un accord passé avec Monaco Telecom.
Deux autres accords de coopération seront signés (Unrwa et PNUD). Nous étudions également une possibilité de coopération bilatérale avec le gouvernement libanais en 2011 relative à l'écotourisme dans la zone de Jaj où un programme de reboisement a été financé par la Principauté entre 1997 et 2008. Aussi, lors de notre dernière rencontre à Beyrouth, le président Sleiman a émis le souhait de voir la coopération étendue au domaine de la sécurité civile, à la formation des personnels et à la prévention de la lutte contre les incendies dans les immeubles de grande hauteur. Cette demande va dans le sens de notre volonté de renforcer la coopération avec le Liban, pays prioritaire.
Les principales actions menées jusqu'alors portaient sur l'accès aux services de santé, avec notamment le projet Art Gold du PNUD, et un programme d'appui social des ONG en faveur de l'enfance avec l'association Tahaddi, la Fondation du Père Osseiran et la Fondation d'Auteuil.
Quels sont vos projets en matière de sport pour l'année à venir ?
Vous savez la place qu'occupe le sport en Principauté et je suis fier de pouvoir affirmer que Monaco est reconnu comme une des capitales du sport dans le monde. L'actualité sportive est intense tout au long de l'année. De grands événements tels que le Grand Prix de formule 1, le Master de tennis, le Jumping International attirent un public toujours plus nombreux. En 2009, nous avons accueilli le départ du Tour de France et nous réfléchissons à la création de nouveaux événements.
Pour l'année 2011 et au-delà, je souhaite que la pratique du sport soit sans cesse encouragée tout particulièrement auprès des jeunes. Nous connaissons tous aujourd'hui les bienfaits du sport et ses vertus sociétales. À ce propos, je voudrais rappeler le rôle de l'association Peace and Sport, créée il y a 4 ans à Monaco, et dont l'action se déploie dans des pays tels que la Palestine, Haïti, le Burundi, la Côte d'Ivoire, la Colombie. Cette association promeut la pratique du sport auprès de jeunes générations comme un instrument d'éducation, de rapprochement et de dialogue entre les communautés. Elle intervient dans des zones rendues vulnérables par la pauvreté, les séquelles des conflits ou l'absence de cohésion sociale. Je souhaite que son action puisse continuer à aider une jeunesse qui se trouve trop souvent dans des situations de grande détresse.
Quel bilan à l'international dressez-vous face à un monde qui change ?
Nous observons tous les évolutions et les changements qui se passent au plan international, bien souvent avec inquiétude même si nous avons le devoir de rester optimiste. Mais pour moi ce qui est indispensable et urgent dans un monde en proie à des difficultés majeures, c'est de faire preuve de toujours plus de solidarité et de générosité. Je crois que dans ce domaine, nos deux pays déploient beaucoup d'efforts, que ce soit au travers d'une politique de coopération internationale soutenue comme je vous l'ai expliquée, soit grâce aux actions menées par les associations et les ONG. Je souhaite que nous poursuivions sans relâche ce travail.
Lors de notre dernière rencontre, lorsque j'ai abordé le sujet de votre éventuel mariage, vous m'aviez répondu : « Lorsque le moment arrivera, laissez-moi l'annoncer aux Monégasques d'abord ! Ce moment n'est pas d'actualité. » Aujourd'hui, tous les projecteurs sont braqués sur cet événement. Comment le vivez-vous ?
Comme vous le savez peut-être, la famille princière entretient avec la population monégasque des liens très étroits. Aussi, je souhaite que ce moment heureux soit prioritairement partagé avec l'ensemble de la population. Je souhaite également que ce mariage allie la modernité au respect des traditions ainsi que la simplicité dans le respect des institutions.

