Alors que la polémique au sujet du TSL se poursuit au Liban, non sans de lassantes redites, les observateurs avaient hier les yeux braqués sur le ballet diplomatique qui se déroule à New York, où se trouve le Premier ministre. Après avoir vu Ban Ki-moon, Saad Hariri s'apprêtait à rencontrer le chef de l'État français, Nicolas Sarkozy, et Abdallah d'Arabie saoudite. Il pourrait même retrouver le président Obama, attendu à New York aux chevets du souverain wahhabite convalescent.
Qu'ont pu se dire, au sujet du Liban, les présidents Obama et Sarkozy hier ? « Avec la France, l'Arabie saoudite et l'Égypte, nous formons un bloc solide pour soutenir le Liban et Saad Hariri », a affirmé Hillary Clinton, en route pour les Émirats arabes unis. Le dialogue de la Syrie et de l'Arabie saoudite s'est-il donc transformé en monologue ? Pas exactement, assure-t-on de source informée, dans la mesure où Nicolas Sarkozy se considère comme « un honnête courtier », qui tient compte des intérêts bien compris de toutes les parties, plutôt que l'homme d'un seul camp.
Comme de juste, les milieux politiques plaçaient hier leurs espoirs dans les démarches diplomatiques que doivent effectuer, chacune pour sa part, la Syrie et la France. Selon certaines sources, en effet, Damas s'apprête à convoquer pour consultation quelques figures de l'opposition, alors que la France doit recevoir successivement le chef des Forces libanaises (le 24 janvier), l'ancien président Amine Gemayel (le 28) et l'ancien Premier ministre, Nagib Mikati, à une date qui n'a pas encore été fixée. Des rencontres avec Walid Joumblatt et Sleiman Frangié ne sont pas non plus exclues. Ces contacts devraient conduire à un assouplissement des positions, propice à la mise en œuvre d'une entente-cadre déjà mise au point par la Syrie et l'Arabie saoudite, avec le consentement de Téhéran et Washington, comme le soulignait hier Farès Boueiz à Bkerké.
Ces contacts se font avec, en toile de fond, la parution, estimée prochaine, de l'acte d'accusation de Daniel Bellemare, dans l'affaire de l'assassinat de Rafic Hariri. Rentré à La Haye de son congé des fêtes, celui-ci ne saurait plus tarder longtemps à remettre ses conclusions au juge de la mise en état, encore que ce dernier a le droit de ne se prononcer sur le document que dans un délai de deux mois, et pourrait même renvoyer l'acte d'accusation à son auteur, s'il le juge insuffisamment étayé. L'attente pour devenir plus concrète n'est donc pas encore terminée.
Le temps ainsi « gagné » joue à fond en faveur de l'opposition, qui s'apprête à profiter de ce nouveau délai pour faire pression sur le gouvernement, et indirectement sur la majorité, en faisant bouger la rue. Noyautée par l'opposition, la CGTL a en effet lancé un mot d'ordre de grève pour le 10 février. Mais d'ores et déjà, onze fédérations ont annoncé qu'elles feront scission si les élections partielles au conseil exécutif de la centrale annoncées pour le 17 janvier n'étaient pas reportées.
Mais préserver le Liban des secousses n'est pas facile, dans un environnement où l'exécutif est paralysé. Sur la MTV, Boutros Harb a brillamment défendu hier son projet d'interdiction de tout tri démographique et confessionnel rampant, sous prétexte de respect de la convivialité. À quoi bon, serait-on tenté de dire, si par ailleurs le mercantilisme triomphe et que l'on s'apprête à livrer le palais Bustros aux démolisseurs ?

