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Moyen Orient et Monde - Le Point

Au nom de la violence

Christina Green faisait partie du comité des élèves du cycle élémentaire de son école. Sa mère Roxanna, désireuse de lui donner l'occasion de voir à l'œuvre un élu de l'État, l'avait autorisée à accompagner une amie, Susan Hileman, au parking d'un supermarché proche de la maison familiale où se tenait une réunion avec, comme vedette, Gabrielle Giffords, membre démocrate de la Chambre des représentants. Christina a été mortellement atteinte, ainsi que six autres personnes, par les balles du revolver Glock 19 (en vente libre dans les magasins spécialisés pour 500 dollars, 30 balles par chargeur) de Jared Lee Loughner, 22 ans, un raté, lecteur du Manifeste du Parti communiste et de Mein Kampf d'un certain Adolf Hitler. Elle était née un certain 11 septembre 2001, tout comme 49 autres bébés, devenus depuis « Faces of Hope », ces icônes représentant les 50 États, enrôlées dans une campagne de collecte de fonds au profit des personnes mortes ce jour-là.
Et voici l'Amérique appelée une fois de plus à s'interroger sur une violence qui, de plus en plus, fait partie de son effarant autant qu'inquiétant quotidien. Des chiffres : il existe dans le pays, écrit Albert R. Hunt dans le New York Times, 300 millions d'armes à feu dont 100 millions entre les mains des citoyens, soit la plus forte concentration du monde. Le taux d'homicides, 3,5 pour 100 000 habitants, est le plus élevé des nations industrialisées. Chaque jour, il se vend en moyenne 37 500 revolvers et/ou fusils d'assaut, sans parler des vols d'armes qui se commettent d'un bout à l'autre de la fédération. Des noms : depuis 1865, quatre présidents ont été abattus (Abraham Lincoln, James Garfield, William McKinley et John F. Kennedy) ainsi qu'au moins deux figures de proue de la vie publique, Robert Kennedy et Martin Luther King. Quatre présidents ont été visés par des tirs : Andrew Jackson, Harry S. Truman, Gerald Ford et Ronald Reagan, un candidat à la présidence, Theodore Roosevelt, ayant été blessé lors de la campagne électorale de 1912, et Franklin Delano Roosevelt ayant fait l'objet d'une tentative manquée, le 15 février 1933, au moment où il prononçait un discours à Miami.
Il ne faut pas croire que la violence soit le triste apanage de la vie politique. Elle est présente dans les établissements d'enseignement (écoles, universités), dans les hôpitaux et les cliniques, dans les foyers domestiques. Trente-sept pour cent des étudiants ont signalé la présence de gangs sur le campus ; en 2000, 2,5 millions d'adolescents de 12-18 ans ont eu à subir la loi des voyous et constituent le double des personnes exposées à des crimes. « Nous vivons dans une société violente, affirme en préambule la déclaration d'Alternatives to Violence Project/USA (AVP), une association qui lutte pour une meilleure société et qui relève qu'aux États-Unis, on court deux fois plus de risques d'être assassiné qu'ailleurs en Occident, que des détecteurs de métaux existent désormais dans les établissements d'enseignement et que le triste record du nombre de prisonniers est détenu par l'Amérique.
En 1981, au lendemain de l'attentat contre Reagan - un blessé grave, l'attaché de presse de la Maison-Blanche Jim Brady, gravement handicapé - une loi Brady avait été votée par le Congrès limitant les facilités pour l'acquisition d'une arme. Depuis, de nombreux élus s'agitent dans tous les sens pour vider ce texte de toute substance et pour ramener les 300 millions d'Américains à l'époque du Far West. Au motif que la possession, et donc l'utilisation un jour ou l'autre, d'une arme à feu fait partie de la « culture nationale » (sic). L'infortunée élue de l'Arizona elle-même est un ardent défenseur de cette théorie dont elle vient de subir le contrecoup. À l'opposé, des congressmen, des sénateurs ont perdu leur siège, dans un passé relativement récent, pour s'être prononcés en faveur de cette législation. Et l'on a observé que Barack Obama, tout au long de sa campagne électorale, n'avait mentionné que rarement la question des armes à feu.
Il existe une raison à cela : la National Rifle Association (NRA), née en 1871, représente, avec ses quatre millions d'adhérents, le lobby le plus puissant de Washington, avec pour objectif avoué la défense du 2e amendement qui protège, selon elle, le droit à détenir des armes à feu et donc les droits des citoyens eux-mêmes. Preuve éclatante de l'intérêt profond qu'elle porte aux Américains et de son incommensurable compassion, la déclaration qui suit, publiée hier par les médias US : « Nos pensées et nos prières, en ces moments difficiles, vont aux victimes de cette tragédie insensée. Nous nous joignons au reste du pays dans les prières pour la guérison des blessés. » Le communiqué porte la signature de Wayne LaPierre, vice-président exécutif de la NRA. Cela ne s'invente pas ; on est en Amérique.
Christina Green faisait partie du comité des élèves du cycle élémentaire de son école. Sa mère Roxanna, désireuse de lui donner l'occasion de voir à l'œuvre un élu de l'État, l'avait autorisée à accompagner une amie, Susan Hileman, au parking d'un supermarché proche de la maison familiale où se tenait une réunion avec, comme vedette, Gabrielle Giffords, membre démocrate de la Chambre des représentants. Christina a été mortellement atteinte, ainsi que six autres personnes, par les balles du revolver Glock 19 (en vente libre dans les magasins spécialisés pour 500 dollars, 30 balles par chargeur) de Jared Lee Loughner, 22 ans, un raté, lecteur du Manifeste du Parti communiste et de Mein Kampf d'un certain Adolf Hitler. Elle était née un certain 11 septembre 2001, tout comme 49 autres bébés, devenus depuis...
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