Rechercher
Rechercher

Liban - Éclairage

Les efforts syro-saoudiens et l’imbroglio libanais...

Depuis quelque temps, la cacophonie la plus totale règne dans les milieux politiques au sujet de ce que l'on appelle communément « les efforts syro-saoudiens ». Alors que l'opposition ne cesse de répéter qu'ils sont sur le point d'aboutir à des résultats positifs, le camp du 14 Mars minimise leur importance et certains de ses représentants vont parfois jusqu'à nier leur existence. De même, alors que certains médias proches de l'opposition ont publié les principaux points de l'accord auquel auraient abouti les dirigeants syriens et saoudiens, d'autres, au sein du même courant politique, affirment que seules deux personnes sont au courant du contenu réel du document : le roi Abdallah d'Arabie et le président syrien Bachar el-Assad, et tout ce qui circule dans les médias s'inscrirait ainsi dans le cadre des spéculations journalistiques.
Le débat autour de ces fameux contacts syro-saoudiens, entamés après le sommet tripartite du 30 juillet 2010 à Baabda, serait donc devenu un véritable casse-tête... sans les dernières déclarations du Premier ministre. Dans un entretien accordé au quotidien al-Hayat, Saad Hariri a ainsi affirmé que l'accord syro-saoudien a été conclu depuis longtemps. Cette petite phrase lève ainsi le suspense sur l'issue « des efforts » entrepris par les dirigeants des deux pays et confirme ainsi les thèses développées par l'opposition et en particulier par le président de la Chambre Nabih Berry, qui n'a cessé de miser sur l'équation dite « S-S » (Syriens et Saoudiens). D'ailleurs, en cherchant à analyser le contenu de l'interview du Premier ministre, les milieux de l'opposition ont commencé par saluer le fait qu'il a enfin reconnu l'existence d'un accord syro-saoudien, et qu'il a même ajouté que celui-ci a été conclu depuis longtemps. Ce qui rejoint les affirmations de M. Berry selon lesquelles l'accord aurait été conclu à la veille de la maladie du roi et de son départ précipité pour New York. Selon les déclarations du président de la Chambre à l'époque (fin novembre), il ne restait plus qu'à mettre au point les derniers détails concernant le volet purement libanais, ainsi que le scénario de l'annonce de la conclusion de l'accord qui devrait être plus ou moins solennel et se faire en présence de représentants du Qatar, de l'Iran et de la Turquie pour lui donner une dimension régionale.
Le roi est toutefois tombé malade et l'accord a été placé avec lui aux soins intensifs. Selon l'opposition, les Américains sont alors entrés dans le jeu et ont commencé à semer le doute dans les esprits et dans les milieux politiques. Une source du 8 Mars va même jusqu'à confier qu'un ministre du 14 Mars lui aurait affirmé qu'un responsable américain a déclaré devant lui que l'accord syro-saoudien connaîtra le même sort que celui de La Mecque entre l'OLP et le Hamas, conclu sous l'égide du roi Abdallah et qui n'a jamais pu être appliqué. Le ton était ainsi donné et alors que l'opposition insistait sur l'existence d'un accord presque conclu, le 14 Mars, lui, parlait d'idées vagues. Il a fallu que le roi Abdallah entre en période de convalescence et parle longuement au téléphone au président syrien pour que l'accord revienne de nouveau sur le tapis.
Saad Hariri s'est donc rendu à New York pour s'enquérir de la santé du roi et s'informer des derniers développements, mais les personnalités du 14 Mars ont continué à démentir l'existence d'un accord quasiment conclu. À ce sujet, un membre du bloc « Liban d'abord » précise que les proches du Premier ministre se divisent en trois camps : il y a celui des très proches, auquel il confie tous les éléments en sa possession. Ce camp reste généralement très discret et silencieux. Le second connaît les grandes lignes et y est opposé, ce qui lui permet de faire des déclarations hostiles, et le troisième ne sait rien et agit sur base de ce qu'il croit être la direction prise par les événements...
Il a donc fallu la dernière déclaration de Saad Hariri au quotidien al-Hayat pour que ce fameux accord soit officiellement reconnu. Par contre, le Premier ministre n'en est pas resté là et au même quotidien, il a déclaré que c'est l'autre camp qui n'a pas tenu ses promesses et accompli ce qu'il devait faire, tout en posant ses conditions : pas de changement de gouvernement et pas de renonciation à ses alliés.
La question qui se pose donc aujourd'hui est la suivante : si l'accord syro-saoudien est réellement conclu, pourquoi le débat se poursuit-il au Liban et comment des parties libanaises pourraient-elles l'entraver et poser encore des conditions ?
Une source proche des contacts syro-saoudiens précise à cet égard que l'entente syro-saoudienne porte sur deux points : la neutralisation des effets de l'acte d'accusation du TSL, par le rejet officiel de toute accusation contre des membres du Hezbollah, et la garantie du maintien de Saad Hariri au pouvoir, tout en lui donnant la possibilité de gouverner réellement à travers l'application des accords de Taëf et de Doha.
Le reste relèverait donc des Libanais et c'est là que le bazar commence. C'est d'ailleurs dans ce contexte qu'il faut placer les déclarations de Nabih Berry sur la nécessité de saisir la chance qui s'offre actuellement aux Libanais.
Selon l'opposition, Saad Hariri voudrait ainsi ajouter des points strictement internes en guise d'annexe au document essentiel. Ses déclarations au quotidien al-Hayat sur le fait que l'autre camp n'a pas tenu ses promesses sont interprétées par l'opposition comme une volonté de sa part de toucher à l'avance les dividendes de son acceptation de l'accord. On parle ainsi pêle-mêle des nominations administratives, sécuritaires et judiciaires, du retrait des mandats d'arrêt émis par la justice syrienne à l'encontre de 33 personnalités libanaises, dont la plupart font partie de ses proches, du refus de céder le ministère des Finances à la communauté chiite (qui souhaiterait, dit-on, avoir une signature sur les dépenses aux côtés des signatures du président chrétien et du Premier ministre sunnite), de la fermeture du dossier des 11 milliards de dollars dépensés sans justification officielle, selon le 8 Mars, au cours des dernières années, bref le règlement de tous les dossiers en suspens, pour pouvoir ouvrir une nouvelle page dans les relations internes et la gestion du pays. Certaines sources de l'opposition vont même jusqu'à dire que Saad Hariri, qui estime que le pas qu'il est prêt à franchir par souci de préserver le Liban est énorme et mérite de grandes concessions de la part de l'opposition, souhaiterait aussi des garanties sur les armes du Hezbollah.
Que les questions évoquées soient vraies ou fausses, il est certain qu'avec la dernière déclaration du Premier ministre, les tractations pour régler la crise dite de l'acte d'accusation (qui, il faut le rappeler, ne comportent pas une renonciation au TSL) sont entrées dans une nouvelle phase, plus locale et détaillée.
Aboutira-t-elle à une entente qui permettra enfin au pays de sortir de l'immobilisme actuel ? Les parties internes n'ont pas souvent fait preuve de sagesse et de capacité à conclure des compromis. Si les tractations internes n'aboutissent pas, soit l'accord sera imposé de l'extérieur, soit il sera neutralisé par de nouvelles interventions étrangères et placé dans le sillage des enjeux régionaux et internationaux. La nouvelle visite de Saad Hariri à New York pourrait en tout cas être déterminante...
Depuis quelque temps, la cacophonie la plus totale règne dans les milieux politiques au sujet de ce que l'on appelle communément « les efforts syro-saoudiens ». Alors que l'opposition ne cesse de répéter qu'ils sont sur le point d'aboutir à des résultats positifs, le camp du 14 Mars minimise leur importance et certains de ses représentants vont parfois jusqu'à nier leur existence. De même, alors que certains médias proches de l'opposition ont publié les principaux points de l'accord auquel auraient abouti les dirigeants syriens et saoudiens, d'autres, au sein du même courant politique, affirment que seules deux personnes sont au courant du contenu réel du document : le roi Abdallah d'Arabie et le président syrien Bachar el-Assad, et tout ce qui circule dans les médias s'inscrirait ainsi dans le cadre des spéculations...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut